/finance
Navigation

Fitzgibbon quitte le navire en pleine relance économique

Sa démission surprend et inquiète l’ensemble du monde des affaires québécois

Quebec
Photo Stevens LeBlanc En décembre 2020, le ministre Pierre Fitzgibbon (à gauche, au côté du premier ministre, François Legault) avait balayé du revers de la main les critiques de la commissaire à l’éthique. De toute évidence, cette fois-ci, la pression était trop forte.

Coup d'oeil sur cet article

Le premier ministre François Legault l’a admis lui-même. La démission de son ministre vedette Pierre Fitzgibbon arrive à un bien mauvais moment alors que s’amorce la relance économique post-pandémie, une inquiétude partagée par le milieu des affaires.

• À lire aussi: Éthique: Pierre Fitzgibbon quitte son poste de ministre

• À lire aussi: Éthique: Eric Girard remplace Pierre Fitzgibbon à l’Économie

« Tout le secteur est estomaqué. Le ministre Fitzgibbon a été extrêmement solide dans la tourmente. Il a compris les défis, les risques, a mis en place des programmes, des solutions et il a ajusté le tir au fil de la pandémie », a indiqué Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en entrevue avec Le Journal.   

  • Écoutez l'entrevue de Pierre Fitzgibbon avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:  

Selon lui, le ministre prenait « à cœur les enjeux de la compétitivité des entreprises, la productivité et l’investissement » et ne méritait pas un tel sort.  

« D’avoir l’impression qu’on avait exactement l’homme de la situation d’un point de vue économique et de voir que là, pour des raisons politiques alors que personne ne remet en cause son intégrité, qu’on va se priver de ces compétences-là... je vous le dis, le milieu n’en revient pas », a-t-il pesté.   

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:    

Les manufacturiers déçus

Même son de cloche pour les exportateurs et les manufacturiers qui s’inquiètent de ce changement en pleine relance économique. 

« Notre secteur apprécie avoir des gens d’affaires au gouvernement. On espère que la situation se règle le plus rapidement possible et que les dossiers continuent à avancer. Parce qu’on est en pleine relance, on a besoin d’avoir le support nécessaire », a estimé Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et Exportateurs. 

Pour le Conseil du patronat du Québec (CPQ), la démission de M. Fitzgibbon « n’est pas une bonne nouvelle » pour le secteur économique. « C’est dommage. Il faisait partie de ceux et celles sur lesquels on s’appuyait pour une relance économique forte », a estimé Karl Blackburn, président et chef de la direction du CPQ.   

À l’instar du premier ministre Legault, les acteurs économiques croient qu’un mécanisme doit être mis en place afin de permettre aux gens d’affaires de se lancer en politique même s’ils détiennent des actifs.  

« On doit penser à un outil qui permettrait de mettre en suspens leur rôle de dirigeant ou de propriétaire sans mener nécessairement à une vente de leurs actifs », croit Michel Leblanc.    

  • Écoutez la chronique de Caroline St-Hilaire à l’émission de Pierre Nantel sur QUB radio:    

Recrutement plus difficile

Même avis pour M. Blackburn qui craint maintenant un problème avec le recrutement de futures candidatures du monde des affaires.

« Si on veut seulement avoir des politiciens de carrière, c’est une chose, mais on a besoin de gens qui ont une expérience du secteur des affaires. Ce serait malheureux que de bonnes candidatures ne puissent pas faire de politique », s’est-il désolé. 

Un ministre au cœur de plusieurs dossiers cruciaux    

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation Fitzgibbon pilotait plusieurs dossiers très stratégiques, en plus de coordonner le plan de relance économique post-pandémie du gouvernement Legault. 

Lithium et électrification  

  • C’était l’un de ses grands dossiers alors que le Québec veut devenir le champion de l’électrification avec la batterie au lithium.    
  • Le gouvernement a prévu 1,4 milliard $ d’argent public pour stimuler ce secteur. « C’est un projet de société », avait dit le ministre au Journal.         

Aérospatiale  

  • Secteur névralgique de Montréal, l’aérospatiale est aussi considérée comme hautement stratégique par Québec avec ses 36 000 employés.     
  • M. Fitzgibbon avait récemment financé des initiatives devant mener à des avions plus écologiques et, au fil de son mandat, il avait sollicité l’aide du fédéral.         

Réforme d’Investissement Québec  

  • Le ministre avait lancé une vaste réforme pour que la société d’État devienne « avec audace » le vaisseau amiral du développement économique et de la relance.     
  • Il avait aussi défendu le salaire du grand patron Guy LeBlanc, un de ses amis intimes. « Pour aller chercher les meilleurs, il faut des salaires concurrentiels », avait-il tonné.        

Modernisation du secteur manufacturier et achat local  

  • Le secteur manufacturier, le développement régional, l’innovation... voici des mots qui étaient souvent utilisés par l’ex-ministre pour expliquer le plan de match de la relance.     
  • Il avait aussi de grandes espérances pour Le Panier Bleu, qui stimule l’achat local, et envisageait d’en faire un site transactionnel à l’instar des Amazon de ce monde.     
  • Écoutez la chronique économique d’Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal, sur QUB radio:   

À VOIR AUSSI: