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Le budget participatif: un outil de gouvernance qui fait son chemin

hôtel de ville de Montréal
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Dès le 11 juin prochain, les Montréalais seront appelés à se prononcer pour le premier budget participatif de la Ville. S’il s’agit d’une première pour la métropole, l’idée existe pourtant depuis quelques années dans d’autres municipalités de la province. 

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Le concept est relativement simple. Des citoyens soumettent des idées de projets qu’ils aimeraient voir dans leur ville. Ceux jugés comme étant recevables sont ensuite soumis à un vote du public, qui a ainsi son mot à dire dans la façon dont sont aménagés les espaces publics.

À Montréal, la Ville explique avoir reçu 620 idées de projet. Une liste finale de ceux pour lesquels le public pourra bientôt voter sera présentée publiquement au cours des prochains jours. La période de vote durera un mois, pour se terminer le 11 juillet.

Un budget de 10 millions $, provenant du budget corporatif d’immobilisations de la Ville, a déjà été mis en place pour financer les idées qui recevront l’aval du public.

«Chaque projet ayant une valeur comprise entre 500 000 $ et 3 millions $, le nombre de projets lauréats pourrait varier en fonction de la valeur des projets ayant reçu le plus grand nombre de votes», a expliqué par courriel Gonzalo Nunez, relationniste à la Ville de Montréal.

Il ajoute que les gagnants seront dévoilés au cours de l’été, et que la Ville s’engage à amorcer leur réalisation dans un échéancier de deux ans.

Si l’idée est nouvelle pour la Ville centre, plusieurs arrondissements avaient déjà pris l’initiative de leur côté. Depuis 2014, la plateforme Réalisons Montréal permet d’en faire le suivi.

«Cette initiative s'inscrit en complément des démarches semblables de budgets participatifs locaux qui existent dans certains arrondissements», a précisé M. Nunez, qui ajoute que ce sera la «première démarche à se dérouler à l'échelle de la Ville et des 19 arrondissements dans son ensemble».

Des municipalités pionnières

Il n'existe pas de chiffres pour mesurer la poussée des budgets participatifs au Québec, mais il est clair que cette formule gagne en popularité.

Cette innovation démocratique participative née en 1989 à Porto Alegre, au Brésil, s'est diffusée à travers le monde et a fait son apparition au Canada au début des années 2000.

En 2014, Saint-Basile-le-Grand, au sud de Montréal, fut la première ville au Québec à mettre sur pied un processus de budget participatif. Un montant de 200 000 $ avait été alloué à cet exercice. Puis ce furent Baie-Saint-Paul, Matane, Nicolet, Rimouski... Depuis, chaque année, de nouvelles villes s’inscrivent dans le cortège.

Dans Google.ca, si vous écrivez «municipalité budget participatif», Nicolet sera invariablement dans la première page. La petite ville du Centre-du-Québec a vite été convaincue qu'une municipalité ne se gérait pas comme une entreprise et qu'il fallait un intrant indispensable, en l’occurrence le budget citoyen.

Dès son élection, en 2016, la mairesse Geneviève Dubois a affirmé avoir un devoir de partage avec ses commettants et a mis en place un comité afin de mettre la table pour un budget participatif.

«En fait, quand je me suis présentée aux élections, c'était dans mon programme. Je voulais offrir aux citoyens une occasion de s'impliquer autrement que par le vote aux quatre ans», s’est rappelée la jeune mairesse, en entrevue. Depuis 2016, il y a eu quatre projets réalisés, notamment l'installation de nouveaux modules de jeux pour les enfants au parc Nicoterre.

Est-ce que la seule présence d'un budget participatif dans une ville lui accorde une aura plus démocratique? Pour la professeure en sciences politiques à l'UQAM Caroline Patsias, ce n'est pas certain.

«C'est un bel outil démocratique, mais ce n'est pas la panacée, a-t-elle dit. Il faut voir le contexte. Si vous avez un pouvoir autocratique toute l'année et qu'il propose un budget participatif, c'est un peu de la poudre aux yeux!»

La mairesse Dubois a bien compris cela. «Nous avons développé une culture citoyenne. On a le budget participatif, mais notre vision est plus large encore. L'implication citoyenne est difficile, l'appareil administratif peut être lourd, les règles complexes, alors on a mis beaucoup de comités consultatifs en place, en environnement, en culture, pour le volet jeunesse. Ça invite à la mobilisation, au dialogue et je crois que c'est sain dans une ville.»