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Des nouvelles du Sud

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Photo d'archives, AFP

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Voilà plus de quatre mois déjà que Joe Biden est arrivé à la Maison Blanche pour soi-disant diriger différemment les États-Unis mais rien ne semble avoir changé dans les grandes lignes de la politique internationale, ou du moins dans ses relations avec les pays du Sud, seul le style grossier de son prédécesseur ayant fait place à des manières plus élégantes. Cuba n’est manifestement pas dans les priorités de l’empire qui semble très bien s’accommoder des deux cent quarante-trois mesures coercitives contre Cuba adoptées pendant les mille quatre cent soixante jours du gouvernement Trump, en plus du blocus économique et financier qui dure depuis près de soixante ans.

Si bien, durant le règne de Donald Trump, on laissait entendre qu’une intervention militaire directe du Commando Sud ou de ses alliés colombiens et brésiliens pourrait bien être envisagée pour venir à bout des pays récalcitrants comme le Venezuela et le Nicaragua, avec Biden la partie se jouera différemment. Ce sera plutôt à coups de millions de dollars et à l’aide d’une «armée parallèle», formée d’universitaires, d’artistes, de linguistes, de publicistes, de journalistes «indépendants», d’experts en guérilla informatique et en piratage que cette guerre d’un nouveau genre se livrera contre ces forces, gouvernements ou oppositions, qui refusent de se soumettre aux politiques de l’empire. Cette armée fantôme reçoit ses contrats et ses budgets à travers des organismes gouvernementaux, des fondations et d’ONG, comme la Banque interaméricaine de développement (BID), la National Endowment for Democracy (NED), la USAID, le Bureau des transmissions (radio et télé) pour Cuba, etc.

Il faut se rappeler que le budget militaire des États-Unis représente à lui seul 39 % de tous les budgets militaires de la planète et est de trois fois supérieur à celui de la Chine. Avec Biden, il sera diversifié mais non diminué. La valse des milliards va s’accentuer, en préférant la carotte au bâton, toujours dans le but, bien évidemment, de «promouvoir la démocratie et d’assurer le bien-être des populations». Le nouveau secrétaire d’État étatsunien, Anthony Blinken, l’a affirmé: «Notre sécurité nationale ne dépend pas seulement du pouvoir d’intervention de nos forces armées, mais aussi de notre habileté à mener avec efficacité la diplomatie et le développement.»

Le gouvernement de Joe Biden semble davantage préoccupé par l’influence grandissante de la Chine et de la Russie dans ce que l’empire considère comme son arrière-cour, sa chasse-gardée, son réservoir de ressources naturelles. On a même créé un fonds destiné à «contrecarrer l’influence malicieuse de la République populaire de Chine». Les quelques organisations d’unification des forces économiques et politiques à l’échelle régionale, comme l’UNASUR (Union des nations sud-américaines), la CELAC (Communauté des États latino-américains et des Caraïbes) et le MERCOSUR seront peut-être bientôt des coquilles vides parce que ces organisations progressistes ne sont pas inféodées aux politiques économiques et commerciales étatsuniennes.

Incidemment, ce dimanche, au Pérou, aura lieu le deuxième tour des élections présidentielles. Le candidat de la gauche, Pedro Castillo, un jeune professeur du primaire, est, selon les sondages, en avance sur sa rivale de droite, Keiko Fujimori, dont le père, Alberto Fujimori, ancien président de ce pays, est en prison pour des crimes de lèse-humanité. Mais compte tenu de ce qui s’est passé en Équateur où les sondages donnaient également la gauche gagnante mais où c’est finalement Guillermo Lasso, le banquier de droite, qui est arrivé vainqueur, il ne faut pas sous-estimer la campagne de peur dirigée actuellement contre le jeune professeur qu’on associe faussement à la guérilla sanguinaire du Sentier lumineux. À suivre, donc, ce dimanche.