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Il faut de la vraie relève en CPE

CPE du carrefour
Photo d'archives, Chantal Poirier

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Messieurs Legault et Lacombe,

Nous sommes des éducatrices qui travaillons dans un CPE extraordinaire. Plusieurs d’entre nous ont plus de 15 ans d’expérience et croyaient être éducatrices toute leur vie. Bien que les enfants nous apportent une dose quotidienne d’énergie, de spontanéité, de plaisir et d’amour, nous devons avouer avec regret que, pour plusieurs, la flamme pour ce merveilleux métier est en train de s’éteindre à petit feu ! Au cours de la dernière année, nous avons vu des collègues d’autres CPE quitter la profession. Aujourd’hui, certains d’entre nous y songent sérieusement.

Nous en avons assez du manque de considération du gouvernement à notre égard. Depuis un an, par passion et dévouement, nous sommes à la ligne de front au détriment de notre santé. Jour après jour, sans aucune distanciation, nous changeons des couches, essuyons des larmes, mouchons des nez et consolons les seules personnes de la société qui ne portent pas de masque, les enfants. Plusieurs de nos collègues ont contracté ce maudit virus; celles qui ont été épargnées ont continué d’être fidèles au poste avec le sourire aux lèvres, mais la boule dans l’estomac. 

Quand la majorité des domaines d’activités ont été mis sur pause, les CPE sont restés ouverts. Vous nous avez à quelques reprises remerciés et avez souligné à quel point notre travail est important. Cela a fait du bien, c’est certain, mais ce n’est qu’un simple pansement sur l’hémorragie...ça soulage temporairement, mais ça ne guérit rien ! Nous sommes des travailleuses essentielles avec des conditions de travail NON essentielles. Quand est venu le temps de donner des primes de risque aux travailleurs essentiels, nous avons à nouveau été oubliées. Voilà notre réalité. 

En raison de la pénurie d’éducatrices, il nous est impossible de prendre des congés ou des vacances sans craindre que notre absence entraîne un bris de service. Vous avez récemment annoncé la mise en place de programmes accélérés de formation, notamment pour la garde en milieu familial. Malgré les incitatifs financiers, le nombre d’inscriptions à ces programmes demeure très faible. Cette initiative permettra peut-être d’attirer de nouvelles éducatrices à court terme. Reste à savoir si ces nouvelles recrues seront toujours au poste dans un an, deux ans, cinq ans. Auront-elles aussi le goût de quitter le bateau lorsqu’elles réaliseront l’ampleur du défi, lorsqu’elles réaliseront qu’après 10, 15, 20 ans de carrière, elles auraient de meilleures conditions de travail en travaillant à la SAQ ? 

Pour les éducatrices qualifies d’expérience, cet appel général à devenir une éducatrice est insultant. D’un côté, on nous demande toujours plus d’année en année, on nous évalue pour s’assurer que nous respectons les hauts standards de qualité et de l’autre, on lance un appel général pour former en accélérer de nouvelles éducatrices. Jamais on ne ferait un tel appel pour d’autres travailleurs essentiels (policier, infirmière, ambulancier). Ce n’est pas en nivelant pas le bas qu’on règlera la pénurie de main-d’œuvre. Moins les nouvelles éducatrices seront prêtes à relever, plus la charge de travail des éducatrices déjà en poste sera lourde vers d’autres domaines importants. 

Chaque année, nous accueillons, plusieurs enfants à besoins particuliers. Recruter des éducatrices spécialisées s’avère également un défi considérant qu’elles sont rémunérées environ 15 000$ de moins annuellement en travaillant en CPE plutôt qu’en milieu scolaire ou dans d’autres organismes. 

Sans une réelle valorisation de notre profession, la pénurie de main-d’œuvre ne fera qu’empirer et la création de places de qualité pour les milliers d’enfants qui attendent une place ne pourra se faire. Sans de nouvelles places en service de garde, des milliers de parents essentiellement des femmes, ne pourront réintégrer le marché du travail. Sans de meilleures conditions de salariales pour les éducatrices et une RÉELLE reconnaissance, nous nous dirigeons vers une importante crise sociale. 

Nous vous lançons ce cri du cœur dans l’espoir que le message se rendra jusqu’à vous. 

Des éducatrices passionnées par la petite enfance...mais à bout de souffle.

 

Marie-Ève Moreau, Dina Moreau, Marie-Ève Vézina Godbout, Marilyne Filion et les 18 autres éducatrices du CPE Hippo-Plus

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