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L’intégrité, angle mort de Legault

coronavirus economie
Photo Agence QMI, Simon Clark Monsieur Legault a été aveugle devant l’inconduite de son ministre.

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Vous souvenez-vous, quand vous appreniez à conduire, que votre instructeur vous avertissait de faire attention à « l’angle mort » ? C’est le point que l’on ne voit pas entre le rétroviseur de l’auto et les miroirs de côté, et où un danger peut se cacher. 

L’angle mort dans la vision politique de François Legault, c’est l’intégrité gouvernementale. Il fonce droit devant, même quand la commissaire à l’éthique répète et répète que la loi s’applique à tout le monde, y compris à ses chums du conseil des ministres. 

DES EXCUSES POUR LES « CHUMS »

C’était hallucinant de l’entendre accepter, de reculons, la quatrième décision de la commissaire à l’éthique à l’égard de son ministre de l’économie, Pierre Fitzgibbon

Fitzgibbon détenait des actions dans une compagnie qui faisait affaire avec le gouvernement, et ça, pour un ministre, c’est illégal. Point à la ligne. 

La commissaire à l’éthique, rappelons-le, a été nommée par l’Assemblée nationale pour veiller au respect de l’ensemble des règles d’éthique par l’ensemble des élus, qu’ils soient simples députés d’arrière-ban ou ministre important. 

C’est la première chose qu’on sent lorsqu’on écoute les excuses de Legault à propos de Fitzgibbon : « C’est un homme riche, comme moi, tu ne veux pas qu’il perde un million pour obéir à une loi quand même... »

ARROGANCE

Ainsi Fitzgibbon a affiché une arrogance et une condescendance sans bornes dans ses échanges avec la commissaire à l’éthique. Ça se comprend, il était soutenu par son patron, le premier ministre du Québec. Selon eux, le défaut n’est pas l’inconduite de Fitzgibbon ; le problème c’est que la loi n’est pas bonne !

Pensez-y une seconde. Le même Pierre Fitzgibbon avait juré, au moment de prêter serment comme membre du conseil des ministres, de respecter, de maintenir et d’appliquer la loi... aux autres ! Il avait peut-être les doigts croisés, car il savait parfaitement qu’il y avait un problème. 

Comme beaucoup de gens riches, Fitzgibbon avait recours à des stratégies, par ailleurs légales, pour ses affaires personnelles. 

Pas étonnant, alors, qu’on ait appris qu’une des compagnies dont il refusait de vendre les parts était basée dans un paradis fiscal. Je ne connais pas beaucoup d’enseignants ou de chauffeuses d’autobus qui ont accès à des paradis fiscaux. 

LEGAULT VULNÉRABLE

C’est là où « l’affaire Fitzgibbon » a le potentiel de rattraper Legault. Il a défendu son ministre bec et ongles, en exposant du coup son double angle mort. 

Premièrement, si t’es riche, tu ne devrais pas être obligé d’obéir aux mêmes lois que tout le monde. 

Deuxièmement, contrairement aux nombreuses femmes limogées sans ménagement par Legault, si t’es un gars, t’as le droit à une deuxième et à une troisième chance... même lorsque ça fait suite à la preuve du non-respect d’une loi fondamentale qui gouverne l’éthique !

Legault a une capacité incomparable de parler avec monsieur et madame Tout-le-Monde. Ce n’est pas seulement un don de communication, c’est le reflet de ses propres racines plutôt modestes. 

Si monsieur Legault espère garder l’appui de l’électeur moyen, il ne devrait pas oublier d’où il vient. Quand ça sent les privilèges pour les riches et bien connectés, le monde ordinaire peut se révolter très rapidement.