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Non, Christian Dubé n'a pas utilisé de symbole suprémaciste blanc dans sa nouvelle publicité

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Christian Dubé s'explique mal que des internautes aient associé au mouvement suprémaciste blanc le symbole de la main qu'il effectue dans une récente publicité sur la vaccination. «Je suis surtout content que ça ait été viral», se réjouit-il.  

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Le ministre de la Santé et des Services sociaux est apparu ce matin dans une nouvelle vidéo gouvernementale pour inciter les jeunes à aller se faire vacciner. Dans l’extrait, qui a enflammé le web, l'élu forme un cercle avec son pouce et son index, la main le long de son corps. 

Ce signe, qui forme un «OK», fait directement référence au circle game ou «jeu du rond», fort populaire auprès des adolescents. Si le regard d’autrui est porté vers le signe à la hauteur des hanches, le «perdant» peut recevoir une «bine». «Si t’as regardé, je t’en dois une», peut-on lire dans la publication Twitter du ministre, sous-entendant que le vaccin ne fait pas plus mal qu’une bine. 

Le court extrait a fait jaser vendredi, mais pas seulement pour les bonnes raisons. Sur Twitter, nombre d’internautes ont reproché à Christian Dubé de faire indirectement référence à un symbole lié à... des suprémacistes blancs. C’est que depuis 2017, des groupes d’extrême-droite s'approprient le salut à leur sauce. 

«On a vérifié et pas du tout... C’est vraiment de la poutine québécoise, c’est un jeu québécois très clair», a lancé le ministre. 

En après-midi, la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, et la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, ont toutes deux imité M. Dubé dans leur propre version de la vidéo. Chacune s’est fait reprocher de véhiculer un symbole du white power

«Ceux qui ont compris, qu'ils aillent se faire vacciner», a conclu M. Dubé. 

Quel lien?

Contrairement au circle game, où les doigts pointent vers le sol, le symbole White Power est plutôt porté vers le ciel. Les trois doigts côte-à-côte forment un «W», pour White, et le cercle insinue la présence d’un «P», pour Power

En 2017, des utilisateurs de la plateforme 4chan, reconnue pour ses controverses en matière de désinformation, ont voulu lancer un mouvement appelé Opération O-KKK, faisant croire aux médias traditionnels que le signe jusque-là associé à «OK» était en réalité un symbole utilisé par des adeptes du pouvoir blanc. 

«Désormais, le symbole est employé de manière semi-ironique par de véritables suprémacistes blancs, mais aussi par une portion importante des membres de la “mème culture”, les consommateurs de mèmes virtuels», peut-on lire dans le Petit guide illustré de la haine au Québec, une initiative récente du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV). 

Les réactions à la vidéo du ministre Dubé rappellent l’importance de replacer tous les symboles dans leur contexte, selon Louis Audet Gosselin, directeur scientifique et stratégique au CPRMV. «Ce n’est pas parce que des symboles anodins sont adoptés par des groupes haineux qu’ils ne peuvent pas continuer à avoir une autre vie ailleurs», souligne l’expert, ajoutant que dans le doute, il vaut mieux se renseigner. 

Bien que le symbole soit fréquemment utilisé par des groupes suprémacistes, la réaction générée sur les réseaux sociaux surprend David Morin, titulaire à la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents. 

«Oui, ce symbole gestuel, comme bien d’autres, a été repris par certains suprémacistes blancs, mais on ne peut pas dissocier ce geste de la personne qui l’utilise ni faire abstraction du contexte. Je doute que le ministre soit même conscient de cette signification possible du “okay”», insiste l’expert.

Avec Marc-André Gagnon, Bureau parlementaire