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Cinq sevrages pour en finir avec les antidépresseurs

Il aimerait que les médecins renseignent mieux leurs patients

GEN - SÉBASTIEN FRASER
Photo Martin Alarie Sébastien Fraser, un Montréalais de 28 ans, a essayé pendant près de 10 ans d’arrêter ses antidépresseurs. Il a finalement réussi au terme d’un sevrage progressif qui a duré près d’une année.

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Après avoir eu besoin de cinq sevrages pour arrêter les antidépresseurs, un Montréalais invite les médecins à mieux expliquer à leurs patients ce qui risque de les attendre au moment de cesser leur médication. 

« Avoir su que c’était si difficile à arrêter, je n’aurais peut-être pas fait augmenter ma dose deux fois. Malheureusement, c’est aussi facile d’augmenter sa dose que de se faire prescrire de la vitamine C », confie Sébastien Fraser, aujourd’hui âgé de 28 ans. 

Ce dernier reconnaît que les antidépresseurs lui ont fait un grand bien pour surmonter la dépression dont il a souffert à la fin de son adolescence. Il juge toutefois que son médecin de famille de l’époque n’a pas assez insisté sur les effets incommodants du sevrage. 

Pleins d’autres histoires

« J’avais de la fièvre, de l’insomnie, des décharges électriques. Je bégayais, je n’avais plus les idées claires », relate Sébastien Fraser, dont la première tentative pour arrêter les antidépresseurs remonte à près d’une décennie. 

Grâce au soutien de son omnipraticien, il a finalement atteint son objectif en février, au terme d’un sevrage progressif qui s’est étalé sur près d’un an.

Des histoires comme celle de Sébastien Fraser, le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec dit en entendre régulièrement sur le terrain. 

« Peut-être que les gens doivent être mieux renseignés ? Il faut que les patients soient mis au courant des effets du sevrage au moment de la prescription », clame Dominic Dubois, agent de recherche pour ce groupe communautaire. 

Rarissime

Chez les professionnels de la santé, on tend toutefois à minimiser les désagréments du sevrage. 

On préfère d’ailleurs utiliser le terme « symptôme de retrait », puisque les antidépresseurs ne créent pas de dépendance physique en soi. 

« Le symptôme de retrait touche de 5 % à 10 % des personnes qui arrêtent un traitement de paroxétine ou de venlafaxine [le médicament que prenait Sébastien Fraser] », affirme le psychiatre Jean-François De la Sablonnière, ajoutant que ce phénomène est encore plus rarissime pour les autres familles d’antidépresseurs. 

Le Dr De la Sablonnière tient quand même à rappeler qu’aucun patient ne devrait cesser sa médication du jour au lendemain.  

Même son de cloche du côté des pharmaciens, qui admettent que les symptômes indésirables du sevrage ne font pas partie des premières choses que l’on mentionne aux patients. 

« On préfère le faire au moment où ça se présente. Il y a tellement de choses à retenir au début », justifie Bertrand Bolduc, président de l’Ordre des pharmaciens du Québec.