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Coupables d’être femme

Catherine Clément
Photo courtoisie, Francesca Mantovani

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S’intéressant au sort des milliers de femmes qui ont été accusées de sorcellerie et envoyées au bûcher pour toutes sortes de raisons farfelues jusqu’au 17e siècle, l’écrivaine française Catherine Clément fait le point sur les croyances et les dérives de la société dans Le musée des sorcières. L’ouvrage, documenté et précis, souligne que ces prétendues « sorcières » ont été mises à mort parce qu’elles étaient coupables d’une chose : être femme.

À travers une passionnante histoire des sorcières à travers les âges, Catherine Clément raconte le destin épouvantable de ces guérisseuses qui pratiquaient l’herboristerie, qui dansaient la sarabande ou qui étaient soupçonnées de jeter des sorts. Elles ont été torturées et mises à mort par milliers, pour des futilités et des superstitions. 

 En étudiant les textes d’époque – entre autres le très édifiant Marteau des Sorcières, le manuel des inquisiteurs –, elle a mis en lumière des faits qui témoignent de la cruauté et de la barbarie du clergé et des dirigeants de l’époque.

Qu’est-ce qui la fascine chez les sorcières ? « D’abord, l’incroyable façon dont les hommes les ont traitées, en France, dans la période que je décris », répond-elle, d’entrée de jeu. 

« C’est quand même inouï de voir ces procès de sorcellerie quand on les regarde dans le détail et ce qu’on leur reproche est inouï. Pensez aux sorcières du Pays basque : en 1609, on leur reproche de manger des pommes, par exemple, de se baigner dans la mer, d’avoir les cheveux dénoués ou d’être seules à la maison. C’est vraiment n’importe quoi ! »

Des questions perverses

Les femmes différentes des autres étaient prises à partie. « Quand c’est devenu un système juridique, les questions qu’on pose aux sorcières pour les démasquer sont toutes simples. C’est : vous vous mettez en face de la sorcière, et vous lui ordonnez de pleurer. La formule exacte dans le livre, c’est “Si tu es innocente, pleure et si tu es sorcière, ne pleure pas.” On ne pleure pas sur commande... Ça ne marche pas, ce truc-là. »

L’autre question était aussi perverse, ajoute-t-elle : « Si tu es sorcière, tais-toi, si tu n’es pas sorcière, parle. » En général, la sorcière se tait, parce qu’elle a peur, parce qu’elle est effrayée, parce qu’elle ne comprend pas ce qu’on lui dit. En général, elle est analphabète. »

Une « hérésie de femme »

 Elle poursuit. « C’est devenu une affaire contre les femmes parce que deux papes s’en sont occupés. Le premier pape a dit que la sorcellerie était une hérésie et le deuxième, au 15e siècle, a dit que la sorcellerie était une hérésie de femme et qu’il fallait des inquisiteurs spéciaux pour les traquer. Là, ça devient : toutes les femmes. »

Catherine Clément a lu pour la dixième fois, dans le détail, Le Marteau des Sorcières, ouvrage publié au 15e siècle et utilisé pendant la chasse aux sorcières. « Le mot qui revient le plus souvent, partout, c’est “membre viril”. Donc, la sorcière, c’est avant tout, dans l’esprit des inquisiteurs, celle qui rend les hommes impuissants ! Dans mes lectures précédentes, je n’avais pas perçu cela à ce point. »

Prédiction étonnante

L’écrivaine raconte par ailleurs que sa propre mère, pharmacienne juive d’origine russe qui a perdu ses parents à Auschwitz, avait un penchant pour la voyance. 

« Elle a consulté un voyant en 1946. Et ce voyant a fait quelque chose de totalement interdit : il lui a annoncé le jour de sa mort, l’année de sa mort et l’heure de sa mort. Eh bien, elle est morte exactement comme ça, au jour prédit. C’est ce qu’on appelle des autoprophéties réalisatrices. C’est le principe de la malédiction. » 

  • Catherine Clément est romancière, philosophe, critique littéraire et essayiste.
  • Elle a publié une soixantaine de livres, parmi lesquels Éloge de la nuit (2010) et Faire l’amour avec Dieu (2017).
  • Elle travaille en ce moment sur son prochain roman, qui racontera l’histoire de sa mère.

EXTRAIT

Le musée des sorcières<br/>
Catherine Clément<br/>
Éditions Albin Michel<br/>
252 pages.
Photo courtoisie
Le musée des sorcières
Catherine Clément
Éditions Albin Michel
252 pages.

« Je ne suis pas entrée en sorcellerie par hasard. J’ai profondément aimé une sublime sorcière juive : Rivka Gornick, ma mère, pharmacienne russe, passionnée d’occultisme et de voyance. Disciplines contre lesquelles je me suis rebellée en choisissant la raison contre sa folie. »