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En Chine, c’est l'heure du grand effacement

0605 MONDE - chronique Loic
Photo courtoisie Une vue générale montre le square Victoria désert à Hong Kong, hier, après que la police a fermé le lieu pour éviter des rassemblements.

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La Chine communiste veut effacer le massacre de Tian'anmen de son histoire. Les habitants de Hong Kong se cramponnent à sa mémoire. Depuis le 4 juin 1989, les Hongkongais se rendent chaque année au centre de leur ville, au square Victoria, pour commémorer l’écrasement brutal de la démocratie en Chine. L’année dernière, selon les organisateurs de l’événement, ils étaient 180 000. 

Mais cette année, personne n’est allé au square Victoria. Pékin a envoyé 7000 policiers et soldats pour le fermer. En Chine, presque personne de moins de 40 ans ne connaît le massacre de la place Tian'anmen. Le grand effacement lancé par le Parti communiste chinois se poursuit. 

1. Quels sont les précédents?

Effacer les faits et les opinions qui dérangent est une vieille habitude en Chine. Vers -200, le premier empereur, Qin Shi Huang, avait fait brûler à travers son royaume tous les livres qui lui déplaisaient. Entre 1966 et 1972, pendant la révolution culturelle de Mao Zedong, les librairies ne vendaient plus que des livres de quelques auteurs cautionnés par le pouvoir. De nos jours, Xi Jinping fait vider les bibliothèques et les librairies des ouvrages qui lui déplaisent. Dans certaines régions, des livres désormais interdits ont été brûlés. 

2. Comment effacer la mémoire des institutions?

Effacer la mémoire des Hongkongais est devenu une priorité nationale. Depuis que la loi sur la Sécurité nationale a été votée, plusieurs institutions publiques élaguent leur bibliothèque. Même la chaîne publique de télévision de Hong Kong a commencé à retirer des archives en ligne divers documentaires ainsi que des émissions d’humour qui se moquaient des dirigeants communistes. En effet, rien n’est plus terrible que l’humour pour dénoncer les travers des dirigeants politiques. Et Xi Jinping n’est pas connu pour son sens de l’humour. 

3. Comment effacer la mémoire en profondeur?

Mais détruire les livres et les archives ne suffit pas. Tout comme bloquer dans le réseau internet chinois les sujets et les informations que le gouvernement chinois désire cacher est insuffisant pour procurer l’oubli. C’est que les souvenirs sont tenaces. Le gouvernement chinois de Xi Jinping vient de lancer une nouvelle offensive dans les milieux de l’éducation. Cette fois, ce sont les écoles privées qui sont touchées. Elles regroupent 35 % des enfants de 16 ans et moins. Aux yeux de Xi Jinping, elles répandaient une déplorable éducation occidentale. La solution de Xi ? À partir de septembre prochain, les manuels occidentaux seront interdits dans les écoles. Les professeurs devront tous subir une formation de 20 heures sur la sécurité nationale. Enfin, les conseils d’administration des établissements d’enseignement devront obligatoirement être composés de Chinois et de membres du Parti communiste. 

4. Comment encourager l’effacement?

Pour bien motiver la population, le gouvernement de Xi Jinping entretient dans les médias — et en particulier dans les médias sociaux — un anti-occidentalisme de plus en plus affirmé. Il peut ainsi culpabiliser et ostraciser ceux qui d’aventure voudraient réintroduire dans l’histoire et dans des débats quelques faits et quelques perspectives non approuvés par son gouvernement.

5. Pourquoi effacer la mémoire?

La société chinoise s’enfonce ainsi dans un nouvel obscurantisme. Elle le fait au nom du maintien de la sécurité en Chine. Mais en réalité, cette sécurité vise au maintien du Parti communiste au pouvoir, et tout particulièrement au maintien de Xi Jinping et de sa bande au sommet de la pyramide. Le grand effacement touche Hong Kong parce que la mémoire est ennemie de Xi.