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Nos routes en déroute: pas d’argent pour ce désastre

Carignan traîne la patte pour réparer ce chemin surtout utilisé par les gens de Saint-Jean-sur-Richelieu

Dossier pires routes du Québec
Photo Pierre-Paul Poulin Richard Nadeau, Maite Biurrarena, Nathalie Chouinard et Jacques Meilleur, résidents de l’île Sainte-Thérèse, ont voté pour que le chemin de la Grande Ligne, à Carignan, obtienne le titre de la pire route du Québec.

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Pour ceux qui empruntent le chemin de la Grande-Ligne, entre Carignan et Saint-Jean-sur-Richelieu, c’est sans grande surprise que cette route « qui pose problème depuis 10 ans » a été nommée pire route du Québec.

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« Cette route, c’est vraiment comme une course à obstacles. J’ai une technique maintenant pour éviter de croiser les voitures qui viennent en face à la même hauteur que les cratères et les bords de route », lance Isabelle Croteau, une résidente de Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie. Selon le sondage annuel de CAA-Québec, cette route d’un peu plus d’un kilomètre se place en tête pour la première fois.

Pour Mme Croteau, comme pour plusieurs citoyens de la région, le résultat est loin d’être surprenant.

« Ça fait plus de 10 ans que cette route pose problème, dit Nathalie Chouinard, qui vit depuis 16 ans sur l’île Sainte-Thérèse, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Mais là, depuis plusieurs années, il y a de nouveaux développements qui se sont faits, et résultat : il y a plus de trafic, donc, ça devient de plus en plus dangereux ».

Aujourd’hui, elle n’hésite pas à faire un détour de plusieurs kilomètres pour éviter ce chemin.

Initiatives citoyennes

Fatiguée d’attendre que la Ville de Carignan améliore la situation, Mme Chouinard a mis des cônes de circulation dans des cratères. Xavier Lavoie-Beauregard, propriétaire de l’entreprise Piscine Aqua Nova, est allé mettre de la peinture de marquage autour de certains nids-de-poule pour en signaler la présence.

Un cône posé par Nathalie Chouinard dans un des nids-de-poule sur cette route.
Photo courtoisie, Nathalie Chouinard
Un cône posé par Nathalie Chouinard dans un des nids-de-poule sur cette route.

Avec un autre entrepreneur de la région, René Labrecque, de la Clinique de piscine, est aussi allé colmater un nid-de-poule particulièrement dangereux il y a un mois.

« Avec notre emploi, on circule facilement deux-trois fois par jour. Comme personne ne fait rien, on s’est dit qu’on allait réparer ça », explique M. Lavoie-Beauregard.

Deux entrepreneurs ont colmaté une crevasse que la Ville de Carignan ne réparait pas.
Photo courtoisie, René Labrecque
Deux entrepreneurs ont colmaté une crevasse que la Ville de Carignan ne réparait pas.

Une vidéo, une action

Ils ont mis une vidéo sur les réseaux sociaux, ce qui a activé la ville, qui est venue boucher plusieurs trous, explique M. Labrecque.

Dans un courriel envoyé à Mme Croteau par la Ville de Carignan et consulté par Le Journal, la municipalité évoque des difficultés à trouver le financement pour la réparation de la route.

Pour Maryline Charbonneau, conseillère municipale à Saint-Jean-sur-Richelieu, étant donné que 80 % des passages sont faits par des Johannais, la réparation de la route n’est pas une priorité pour Carignan.

« Ça fait plusieurs mois qu’on essaie de les convaincre de faire des réparations parce qu’il y a vraiment des enjeux de sécurité majeurs. Dernièrement, ils nous ont transmis une offre pour que les coûts des travaux soient divisés 50-50 », affirme Mme Charbonneau. 

Finalement, lors de la dernière réunion du conseil municipal de Saint-Jean-sur-Richelieu, neuf élus sur 13 ont voté en défaveur de l’offre faite par Carignan.

Patrick Marquès, maire de la Ville de Carignan, n’a pas donné suite à nos multiples demandes d’entrevue. 

Montréal est pour une fois absente du triste palmarès  

Après cinq années dans le top, la métropole a réussi à sortir du classement

L’avenue Papineau, qui avait trôné à la 10e place du palmarès des pires routes du Québec en 2015, a eu certains de ces tronçons complètement refaits dans les dernières années, comme on peut le voir ici entre les rues Rachel et Sherbrooke.
Photo Pierre-Paul Poulin
L’avenue Papineau, qui avait trôné à la 10e place du palmarès des pires routes du Québec en 2015, a eu certains de ces tronçons complètement refaits dans les dernières années, comme on peut le voir ici entre les rues Rachel et Sherbrooke.

Malgré le festival du cône orange qui perdure dans la métropole, aucune route montréalaise ne figure dans le palmarès des pires routes du Québec pour la première fois.

« On voit que tous les chantiers qu’il y a eus dans les dernières années, tous les programmes qui ont été mis en place, ça commence à être rentable et ça commence à être rentable parce qu’il y a moins de nids-de-poule à réparer au printemps, donc moins de chaussées qu’on doit réparer dans l’urgence », explique Sylvain Ouellet, responsable des infrastructures de la Ville de Montréal.

Depuis la création du palmarès par CAA Québec en 2015, Montréal a toujours figuré dans le classement. 

C’est d’abord l’avenue Papineau et la rue de la Savane qui s’étaient placées en 10e et 11e position en 2015. L’année suivante, le boulevard Gouin a fait son entrée dans le classement et y est resté pendant quatre ans, dont deux à la première place.

« C’est sûr qu’on ne peut pas garantir que Montréal ne reviendra pas dans le classement, parce qu’il y aura toujours des tronçons qui vont être maganés, mais je ne pense pas qu’on va revoir une rue comme Gouin, puisque là, c’était vraiment un problème de géométrie », soutient M. Ouellet.

Auscultation minutieuse

Selon lui, c’est aussi grâce à une auscultation assidue et minutieuse du réseau routier que Montréal tire son épingle du jeu.

« On fait passer tous les quatre ans un véhicule sur l’ensemble de la chaussée qui va, avec un laser et des caméras embarquées, être capable de déterminer quels sont les tronçons les plus maganés en surface », affirme M. Ouellet. 

Étant donné que le même genre d’examen est réalisé sur les réseaux d’égouts et d’aqueducs, on peut mieux planifier les travaux et donc mieux les coordonner.

Pour Michel Vaillancourt, professeur à l’École de technologie supérieure et notamment spécialiste de la conception et la réhabilitation de chaussées, il est clair que Montréal a pris un grand virage pour s’occuper de ses routes.

« Il y a 10-15 ans, ils ont mis en place, à Montréal, des systèmes d’évaluation des routes pour faire un programme d’entretien et ils priorisent les interventions. Ils font beaucoup de travaux, il y en a beaucoup à faire, mais on voit que la qualité globale s’améliore », soutient M. Vaillancourt.

Selon lui, c’est probablement grâce à cela qu’aucune route de la métropole ne se place dans le classement.

Étirer la vie des routes

Et si certaines rues de la métropole particulièrement abîmées ne se font pas tout de suite réparer, c’est parce qu’on veut étirer sa vie au maximum pour faire de grosses réparations qui nécessiteront de plus importants travaux, précise Sylvain Ouellet. 

La pandémie a eu peu d’effet sur l’état des routes  

L’hiver plus doux aurait davantage contribué à garder le réseau routier québécois en meilleur état que la baisse marquée de l’achalandage due à la pandémie, pensent des experts.

Malgré la baisse marquée de l’achalandage de véhicules pendant une certaine période, il ne faut pas penser que cela fera finalement une grosse différence sur la dégradation de la chaussée, soutient Gilles Payer, porte-parole du ministère des Transports.

« Lorsqu’une voie [comme le pont de l’A14 reliant Montréal et Laval] reçoit 151 000 véhicules en moyenne par jour en 2021 ou “seulement” 132 000 en 2020, cela ne fait pas nécessairement en soi une différence absolue. »

Hiver doux

Michel Vaillancourt, spécialiste de la conception et la réhabilitation de chaussées, abonde dans le même sens.

« C’est sûr qu’une chaussée est construite pour un nombre prédéterminé de voitures, donc à partir du moment où une route a été moins sollicitée, ça peut augmenter sa durée de vie. Ce qui endommage principalement les routes, ce sont les poids lourds et eux n’ont pas tant diminué pendant la pandémie », explique-t-il.

Les températures douces que le Québec a eues aux mois de décembre et janvier ont pour leur part contribué à ce qu’on ait moins de nids-de-poule cette année.

« On a eu un hiver plus doux que la normale. Il y a peut-être eu moins de cycles de gel et de dégel, donc ça pourrait avoir une incidence », explique-t-il.