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Attaque la plus meurtrière au Burkina depuis 2015, l’ONU «indignée»

Dans cette photographie d'archives prise le 11 novembre 2019, un véhicule blindé de transport de troupes (APC) de l'armée française patrouille dans une zone rurale lors de l'opération Bourgou IV dans le nord du Burkina Faso le long de la frontière avec le Mali et le Niger. - Une centaine de civils ont été tués dans la nuit lors de l'attaque la plus meurtrière au Burkina Faso depuis que les violences djihadistes ont éclaté dans le pays en 2015, ont indiqué des sources sécuritaires et locales, le 5 juin 2021. L'attaque s'est produite dans la nuit de vendredi à samedi lorsque « des individus armés ont organisé un incursion" dans la ville septentrionale de Solhan, a indiqué une source sécuritaire.
AFP Dans cette photographie d'archives prise le 11 novembre 2019, un véhicule blindé de transport de troupes (APC) de l'armée française patrouille dans une zone rurale lors de l'opération Bourgou IV dans le nord du Burkina Faso le long de la frontière avec le Mali et le Niger. - Une centaine de civils ont été tués dans la nuit lors de l'attaque la plus meurtrière au Burkina Faso depuis que les violences djihadistes ont éclaté dans le pays en 2015, ont indiqué des sources sécuritaires et locales, le 5 juin 2021. L'attaque s'est produite dans la nuit de vendredi à samedi lorsque « des individus armés ont organisé un incursion" dans la ville septentrionale de Solhan, a indiqué une source sécuritaire.

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Le Nord du Burkina Faso a été frappé dans la nuit de vendredi à samedi par deux attaques dont l’une a fait au moins 138 morts, la plus meurtrière dans ce pays depuis le début des violences jihadistes en 2015, le Secrétaire général de l’ONU se déclarant «indigné».

• À lire aussi: Une trentaine de morts lors d’une nouvelle attaque dans l’Est du Burkina

Le Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres «est indigné par l’assassinat, tôt ce matin, de plus de cent civils, dont sept enfants, lors d’une attaque perpétrée par des assaillants non identifiés contre un village de la province de Yagha, dans la région du Sahel au Burkina Faso», a déclaré son porte-parole Stéphane Dujarric dans un communiqué.

M. Guterres «condamne vivement cette attaque horrible et souligne la nécessité urgente que la communauté internationale renforce son soutien à l’un de ses membres dans son combat contre la violence extrémiste et son bilan humain inacceptable».

Ces attaques ont été commises dans la zone dite «des trois frontières» entre Burkina, Mali et Niger, régulièrement ciblée par des assauts meurtriers de jihadistes présumés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique contre des civils et des militaires.

«Dans la nuit de vendredi à samedi, des individus armés ont mené une incursion meurtrière à Solhan, dans la province du Yagha. Le bilan, toujours provisoire, est d’une centaine de personnes tuées, des hommes et femmes», a indiqué à l’AFP une source sécuritaire.

«Plusieurs blessés ont succombé à leurs blessures et de nouveaux corps ont été retrouvés. Le bilan toujours provisoire, est de 138 morts», a déclaré samedi soir un élu local en précisant que «les corps ont été enterrés dans des fosses communes». Selon cet élu, «il y a plusieurs dizaines de blessés».

Les victimes sont des «civils sans distinction d’âge, tués par les terroristes», a précisé le gouvernement dans un communiqué, ajoutant que «plusieurs habitations et le marché (de Solhan) ont été incendiés».

«Face à cette tragédie des forces obscures, un deuil national de 72 heures, à compter de ce jour 5 juin à 00H00 au lundi 7 juin à 23H59, est décrété», ajoute le gouvernement selon lequel «les forces de défense et de sécurité sont à pied d’œuvre pour neutraliser ces terroristes».

Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré a dénoncé «cette attaque barbare» et «ignoble», appelant à «rester unis et soudés contre ces forces obscurantistes».

«Le massacre doit cesser»

Le chef de l’opposition du Burkina, Eddie Komboigo, a estimé que le massacre des populations «doit cesser sans condition».

Selon une source locale, «l’attaque, qui été signalée aux environs de 02H00 (locales et GMT), a d’abord visé le poste des Volontaires pour la défense de la Patrie», les VDP, des supplétifs civils de l’armée, et «les assaillants ont ensuite visité les concessions (maisons) et procédé à des exécutions».

Solhan est une petite localité située à une quinzaine de kilomètres de Sebba, chef-lieu de la province du Yagha qui a enregistré de nombreuses attaques attribuées à jihadistes ces dernières années.

«Depuis ce matin, on assiste à des flux de déplacés internes qui fuient vers Sebba», selon l’élu local. «Ces déplacements ont également occasionné d’autres victimes car trois personnes sont mortes sur l’axe Solhan-Sebba, la charrette qui les transportait ayant sauté sur une mine artisanale».

Le 14 mai, le ministre de la Défense Chériff Sy, et des membres de la hiérarchie militaire s’étaient rendus à Sebba, assurant que la situation était revenue à la normale, après de nombreuses opérations militaires.

14 morts dans un autre village

Cette attaque massive en a suivi de près une autre, menée tard vendredi soir, sur un village de la même région, Tadaryat, au cours de laquelle au moins 14 personnes ont été tuées.

Ces attaques surviennent une semaine après deux autres attaques dans la même zone faisant quatre tués.

Les 17 et 18 mai, quinze villageois et un soldat avaient été tués lors de deux assauts contre un village et une patrouille dans le Nord-Est du pays.

Les forces de sécurité peinent à enrayer la spirale de violences jihadistes qui ont fait depuis 2015 plus de 1 400 morts et déplacé plus d’un million de personnes, fuyant les zones de violences.Les principales attaques jihadistes depuis 2015  

La nouvelle attaque qui a fait une centaine de morts au Burkina Faso dans la nuit de vendredi à samedi est la plus meurtrière depuis 2015, année qui a marqué le début d’une multiplication des violences jihadistes dans le pays.

Souvent entremêlées à des conflits intercommunautaires, ces violences ont fait plus de 1 400 morts et plus d’un million de déplacés. Des pans entiers du territoire sont inaccessibles.

2016 : la capitale frappée

Le 15 janvier 2016, 30 personnes, majoritairement des Occidentaux, sont tuées et 71 blessées lors d’un raid jihadiste contre l’hôtel Splendid et le restaurant Cappuccino à Ouagadougou.

L’attentat, premier de ce type dans le pays, est revendiqué par le groupe jihadiste Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui l’attribue au groupe Al-Mourabitoune de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar.

2018 : état-major et ambassade de France visées

Le 2 mars 2018, des attaques simultanées visent l’état-major des armées burkinabè, en plein centre-ville, et l’ambassade de France. Huit militaires sont tués et 85 personnes blessées.

L’attentat est revendiqué par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda. Pour la première fois, les assaillants ont utilisé une voiture piégée.  

2019 : bases militaires et mine d’or

Le 19 août 2019, 24 soldats sont tués dans l’attaque d’une base militaire à Koutougou (Nord), près du Mali.

Le 6 novembre, au moins 38 personnes sont tuées et 63 blessées dans l’attaque d’un convoi transportant des employés de la mine d’or de Boungo, exploitée par une société canadienne dans l’Est.

Le 24 décembre 2019, 200 individus lourdement armés attaquent la base militaire et la ville d’Arbinda, près de la frontière malienne. L’attaque jihadiste fait 42 morts, 35 civils et sept militaires.

2020 : massacre du village de Silgadji

Le 25 janvier 2020, un massacre fait 39 morts sur un marché du village de Silgadji (Nord), où des hommes sont exécutés après avoir été séparés des femmes.

Ce massacre intervient moins d’une semaine après l’attaque des villages de Nagraogo et Alamou (province de Sanmatenga), où les assaillants ont tué 36 civils. 

2021 : journalistes européens et civils

Le 26 avril 2021, deux journalistes espagnols et le patron irlandais d’une ONG sont exécutés alors qu’ils se trouvaient avec une patrouille antibraconnage attaquée dans l’Est.

Le 3 mai, au moins 25 civils sont tués dans l’attaque du village de Kodyel, dans la commune de Foutouri (est).

Dans la nuit du 4 au 5 juin, une centaine de civils sont tués à Solhan (Nord) par des jihadistes présumés, lors de l’attaque la plus meurtrière depuis 2015.