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Le Liban, toujours plus creux dans la misère

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Quand la Banque mondiale se penche sur un cas, c’est rarement parce qu’un pays roule sur l’or. La grande institution, basée à Washington, vient de rendre public un rapport qu’elle a intitulé « Le naufrage du Liban ». Ça fait mal aux yeux !

Partout dans le monde, l’activité économique annuelle se calcule en quelques pourcentages : 2,6 % de croissance, par exemple, au Québec en 2019 ou, à cause des circonstances exceptionnelles de la pandémie, une contraction d’environ 5 % au Canada l’an dernier.

Le Liban est plongé dans une crise économique d’une telle ampleur que son PIB a fondu, entre 2018 et 2020, de 30 % ! Imaginez que le tiers de tout ce qui est produit et des services offerts disparaisse, alors que la population reste la même et que les besoins quotidiens ne changent pas. La misère ! C’est justement où en sont les Libanais dont un sur deux maintenant vit sous le seuil de la pauvreté. 

DE MAL EN PIS

Comble de malchance, les planètes de l’infortune étaient récemment alignées pour le Liban : la pire crise économique et financière de son histoire, couplée aux contraintes et restrictions de la pandémie, puis aggravée par l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth en août l’an dernier qui, en plus de faire plus de 200 morts et 6000 blessés, a provoqué des dégâts évalués à plusieurs milliards de dollars.

Bref, tout va si mal au pays du cèdre que la Banque mondiale ne compare plus la situation avec ce qui se passe dans les pays voisins ou de taille comparable, mais fait un retour dans le temps et avance que la faillite libanaise s’inscrit dans le « top 3 des pires crises mondiales » depuis le milieu du 19e siècle. 170 ans !

« SAUVEZ-NOUS QUELQU’UN ! »

Une très bonne amie à moi vient de faire un aller-retour au Liban, question d’aller voir son père vieillissant et de lui apporter des médicaments dont la pénurie est criante. Je lui ai parlé tout juste avant qu’elle ne quitte Beyrouth pour vérifier si les statistiques et les constats étourdissants de la Banque mondiale collaient à la réalité.

« C’est très clair que les gens se sont appauvris. », a-t-elle reconnu sans hésiter. La dernière fois, en octobre 2019, elle avait passé un mois dans son pays natal. « La livre libanaise vaut presque dix fois moins qu’il y a un an et demi. Les salaires n’ont pas bougé, mais tous les prix ont augmenté. Pour les aliments, on parle d’une inflation de 400 %. Les gens peuvent à peine acheter de quoi manger. »

Pendant plus d’une demi-heure, elle m’a fait le récit d’une société de plus en plus inégalitaire et de Libanais frustrés, indignés par la corruption des politiciens. « C’est triste, parce que c’est un beau pays. Je te parle dans le jardin avec des odeurs de jasmin et les oliviers qui fleurissent. »

Sachant que j’allais l’appeler, elle a interrogé le physiothérapeute de son père : « S’il me demande : “Que peut-on faire ?” qu’est-ce que je lui dis ? » Sa réponse est à briser le cœur : « Qu’ils nous envoient des bateaux pour qu’on parte d’ici ! »  

Les Libanais à travers le monde 

Où ont-ils choisi de vivre ?  

  • 3,5 % Europe  
  • 1,7 % Pays arabes  
  • 0,2 % Afrique & Asie  
  • 3,6 % Océanie  
  • 21 % Amérique du Nord  
  • 70 % Amérique latine   

LIBAN, L’EFFONDREMENT COMPLET

De 2019 à 2020...

Recul du PIB 

  • Moins 6,7 % en 2019  
  • Moins 20,3 % en 2020  

Baisse... 

  • Des arrivées de touristes : 71,5 % 
  • Des permis de construction : 26,9 % 
  • Des livraisons de ciment : 44,7 %  

Hausse... 

  • Du taux de chômage : 40 % 
  • De l’inflation : 84,3 %   

DES LIBANAIS LÀ-BAS ET AILLEURS  

  • 4 à 5 millions de Libanais (le dernier recensement date de 1932) 
  • + 1,5 million de réfugiés : Palestiniens, Syriens, Irakiens 
  • Jusqu’à 14 millions de Libanais vivent à l’étranger 

Source : Observatoire économique du Liban, Banque mondiale. Printemps 2021