/world/america
Navigation

Président du Pérou, un fauteuil éjectable qui peut mener en prison

Président par intérim depuis novembre, Francisco Sagasti semble être en mesure de terminer sans encombre son mandat avant le scrutin de dimanche.
Photo AFP Président par intérim depuis novembre, Francisco Sagasti semble être en mesure de terminer sans encombre son mandat avant le scrutin de dimanche.

Coup d'oeil sur cet article

Corruption des élites, pouvoir du Parlement: le fauteuil de président du Pérou s’apparente souvent à un siège éjectable, qui peut mener en prison ou même à la mort.

Sur les 10 présidents qu’a connus le pays depuis la fin du régime militaire en 1980, sept ont été condamnés ou font l'objet d'une enquête pour des scandales de corruption.

Seuls Fernando Belaunde Terry (1963-1968 et 1980-1985) et Valentin Paniagua (huit mois en 2000-2001) en sont sortis indemnes.

Président par intérim depuis novembre, Francisco Sagasti semble en mesure de terminer sans encombre son mandat avant le scrutin de dimanche qui désignera son successeur, soit Keiko Fujimori ou Pedro Castillo.

Scandale Odebrecht

Le scandale de corruption Odebrecht, du nom du géant du BTP brésilien qui a éclaboussé ces dernières années la classe politique latino-américaine, a terni le mandat de quatre ex-présidents péruviens. Odebrecht a reconnu avoir versé à la classe politique péruvienne 29 millions de dollars en pots-de-vin entre 2005 et 2014.

Soupçonné d'avoir versé des pots-de-vin et blanchi de l'argent, Alan Garcia, président à deux reprises (1985-1990 et 2006-2011) se suicide le 17 avril 2019 avant son arrestation dans cette affaire.

Alejandro Toledo (2001-2006), soupçonné d’avoir perçu 20 millions de dollars d’Odebrecht pour le marché de construction d’une autoroute, a été arrêté en 2019 aux États-Unis puis placé en résidence surveillée après sept mois de prison dans l’attente d’une possible extradition.

Ollanta Humala (2011-2016), premier président de gauche péruvien depuis 36 ans, fait l'objet d'une enquête et pourrait être renvoyé devant un tribunal. L’ancien président a passé neuf mois en détention provisoire entre 2017 et 2018 pour corruption dans l’affaire Odebrecht.

Pedro Pablo Kuczynski, élu en 2016, démissionne en mars 2018 à la veille d’un probable vote du parlement pour le destituer, lui aussi visé par une enquête pour blanchiment d’argent en lien avec Odebrecht. M. Kuczynski a été placé en détention provisoire, puis en résidence surveillée.

Destitutions à répétition

Le 21 novembre 2000, après un scandale de corruption, le Parlement destitue pour «incapacité morale» Alberto Fujimori, président depuis 1990, qui a présenté la veille sa démission depuis le Japon, où il a fui.

Extradé, il est condamné en 2009 à 25 ans de prison pour corruption et crime contre l’humanité.

Vingt ans plus tard, le 9 novembre 2020, moins de deux mois après une première tentative, l’«incapacité morale» est invoquée par le Parlement pour destituer le président Martin Vizcarra (2018-2020), sur fond d’accusation de pots-de-vin présumés reçus en tant que gouverneur en 2014. Des accusations niées par le populaire chef de l’État qui avait fait de la lutte contre la corruption son principal cheval de bataille.

Il est remplacé le 10 novembre 2020 par le chef du Parlement, l’opposant Manuel Merino. Des manifestations dénonçant un «coup d’État parlementaire» sont violemment réprimées. Sous la pression de la rue et de la classe politique, M. Merino démissionne cinq jours plus tard.

Le 16 novembre, Francisco Sagasti, un député de 76 ans, est élu président du Parlement par les députés, devenant automatiquement chef de l’État par intérim jusqu’à la prestation de serment du vainqueur du second tour dimanche.