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Rencontre au sommet

WE 0522 BD
Photo courtoisie Emmanuel Guibert, en bonne compagnie
Jacques Samson, Emmanuel Guibert
Éd. Les impressions nouvelles

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Le grand prix d’Angoulême Emmanuel Guibert (Le photographe, La guerre d’Alan, et plus récemment Le smartphone et le balayeur ainsi que le roman Mike) et Jacques Samson, enseignant à la retraite, auteur (Chris Ware, la bande dessinée réinventée) et médiateur de la bande dessinée entretiennent une amitié depuis de nombreuses années. Celle-çi fait l’objet d’un extraordinaire ouvrage intitulé Emmanuel Guibert, en bonne compagnie.

Bien qu’un océan les sépare, le lien qui unit les deux hommes est unique. Leurs conversations en témoignent avec éloquence. Car loin de la simple monographie d’usage ou de l’ouvrage d’entretiens, Emmanuel Guibert en bonne compagnie est un livre d’artiste atypique, hors norme. Composé de cinq segments (repères chronologiques et biographiques, présentation de dix amitiés de l’artiste, conversations, une analyse de Samson sur L’enfance d’Alan, un texte de Guibert sur la confection de pochettes d’albums de musique), le superbe objet – avec aux commandes le graphiste de renom Philippe Ghielmetti, rien de moins ! – fait la part belle au corpus de l’artiste polymorphe. Ces conversations sont à l’image de Guibert : sans demi-mesure, nullement passéistes, mais surtout, empreintes d’une fidélité rare.

Tel un grand vin, le projet passa un certain temps en gestation. « La genèse de ce livre a pu compter, en amont, sur des conversations à bâtons rompus menées avec Emmanuel Guibert au cours de flâneries répétées le long des berges de la Seine. Quelquefois, le Québécois que je suis s’est rendu exprès à Paris pour y tenir ces colloques particuliers. Le choix de marcher en sa compagnie était tout sauf banal et, dans les moments les mieux inspirés, les plus soutenus, la cadence de la déambulation faisait corps avec l’envie de converser et l’écoulement de la parole. Nous étions sous le charme et l’enivrement de nos causeries », raconte Samson en préface. « Au fil de ces rencontres, nous avons atteint une forme d’aisance, de confiance, de confidence même, sans lesquelles le projet d’un tel livre n’aurait pu voir le jour. Comme Emmanuel Guibert m’avait au départ confié ne pas avoir d’appétit pour un simple exercice de questions-réponses portant sur sa personne ou sur l’état de son travail, il fallait nous diriger autre part et concevoir quelque chose de différent. Sans surprise, les échanges retranscrits dans ce livre, menés en février 2014 et en mars 2018, ont finalement reposé sur la seule vertu de notre présence l’un à l’autre. Nous avons tiré le meilleur avantage du temps qui nous était à chaque fois imparti, en laissant les choses se mettre d’elles-mêmes en place et l’écriture prendre le relais de la parole... »

En cette ère de pandémie mondiale tristement flanquée de gestes barrières, de masques et de plexiglas qui tendent à nous protéger, mais surtout, à nous séparer, cette merveille d’orfèvrerie fait un bien fou. Guibert, incontestablement tourné vers l’autre, tant dans la création que dans la vie, braque même à un moment l’éclairage sur Samson, l’invitant à se confier à son tour. D’une grande émotion, ce passage témoigne de l’immense générosité, de l’élégance et de l’empathie qui caractérise son corpus. Dans lequel on souhaite d’ailleurs à nouveau se plonger au plus vite une fois la lecture de l’ouvrage terminée. 

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