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Photo courtoisie Le tout premier ministre du Canada, John Alexander Macdonald, orchestra le système des « pensionnats indiens ».

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C’est le nombre des restes d’innocentes jeunes victimes du suprémacisme britannique découverts à Kamloops, dans l’Ouest canadien. 215 preuves tangibles de ce qu’on savait déjà... Irréparable. 

« Les enfants indiens devraient être retirés le plus possible de l’influence de leurs parents, et la seule manière d’y arriver est de les placer dans des écoles industrielles où ils acquerront les habitudes et les pratiques des Blancs. » – John Alexander Macdonald (Chambre des Communes, le 9 mai 1883)

John Alexander Macdonald

Né en 1815 à Glasgow, au Royaume-Uni, il était juriste de formation. Figure politique emblématique canadienne, il fut membre du Parti libéral-conservateur et le tout premier ministre du Canada, de 1867 à 1873 et de 1878 à 1891. 

Dans l’histoire canadienne, il est considéré comme l’un des principaux Pères de la Confédération. À la lumière des faits révélés depuis le rapport de la Commission de vérité et réconciliation, il devrait également être reconnu comme sinon le Père, du moins l’un des architectes d’un génocide contre les Premiers Peuples du Canada.

Les assimiler et éradiquer leur culture : telle fut la clé de voûte de ses ambitions hégémoniques au Canada. Ainsi, s’appuyant sur les recommandations du rapport Davin, John Alexander Macdonald orchestra la mise en place d’une « machine de prédation » dont l’objectif était de « tuer l’Indien dans l’enfant ». Le système d’horreurs dit de « pensionnats indiens ».

Ceux-ci étaient opérés par des communautés religieuses et financés à même les fonds publics entre la fin du 19e siècle et 1996. Ainsi, ce sont plus de 150 000 enfants autochtones arrachés à leurs foyers qui se sont trouvés, de force, placés dans ces pensionnats. 3200 enfants y trouveront la mort.

À l’évidence, le clergé n’est pas le seul responsable. 

Des injustices en héritage

Celles et ceux qui ont commis ces crimes n’ont eu de comptes à rendre à personne. Nous sommes aujourd’hui collectivement héritières et héritiers de leurs crimes impunis.

Objectivement, s’il y a procès, ce serait celui, dans son ensemble, d’un système colonial de prédation dont les conséquences, aujourd’hui, s’avèrent ingérables. 

Rien au monde ne ramènera à la vie les 215 jeunes victimes de Kamloops ni celles qui restent à découvrir... Même pas des milliards de dollars de réparation. Il est cependant impératif de trouver le moyen de rendre justice à leur mémoire et, par ricochet, d’apaiser les âmes des vivants et des survivants. 

Alors, pour éclairer, informer et éduquer, pourquoi ne pas adopter une loi mettant sur pied un tribunal dit de l’Histoire ? Un tribunal permettant de juger des actes criminels de personnes qui ne sont physiquement plus parmi nous ? 

Reconnus coupables, les « prévenus » et leurs complices seraient condamnés à titre posthume ; les statues, noms de lieux et places qui honorent leurs faits d’armes et leur mémoire, encagés et requalifiés.

C’est l’une des avenues que je privilégierais dans les circonstances pour dire la vérité sur l’Histoire des Premiers Peuples, et non celle, biaisée, que les suprémacistes ont écrite à notre intention ni celle des conquis-asservis.

La pénombre de nos ignorances collectives a jusqu’à présent faussé notre perception des choses et des Êtres... Notre vision du monde.