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Les placements «exotiques» de la Caisse

Le bas de laine des Québécois étend progressivement ses tentacules aux quatre coins du monde

La Caisse de dépôt et placement du Québec compte pas moins de 175 employés dans 10 bureaux à l’étranger et confie des milliards de dollars en investissement hors Canada à des fonds externes.
Infographie, Le Journal La Caisse de dépôt et placement du Québec compte pas moins de 175 employés dans 10 bureaux à l’étranger et confie des milliards de dollars en investissement hors Canada à des fonds externes.

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La Caisse de dépôt et placement doit aller de plus en plus loin pour investir ses milliards, ce qui l’amène parfois à réaliser des transactions inusitées.

« Le Canada, c’est merveilleux, mais on doit aussi se diversifier à l’international pour être sûrs d’avoir accès à des occasions d’investissement qui nous permettent de déployer de plus grandes sommes d’argent », affirme au Journal Emmanuel Jaclot, chef des infrastructures à la Caisse.

En 2010, 64 % des actifs de l’institution se trouvaient au Canada (24 % au Québec). L’an dernier, cette proportion avait fondu de moitié, reculant à 32 % (19 % au Québec). Le poids des États-Unis dans son portefeuille a doublé, progressant de 17 à 35 %, tout comme celui de l’Asie-Pacifique, qui est passé de 6 à 12 %.

« Ça abaisse le risque global de la Caisse de se diversifier », précise M. Jaclot.

  • Écoutez la chronique économique d’Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal, sur QUB radio:

Le dirigeant reconnaît toutefois que les investissements dans des pays émergents peuvent être plus risqués que ceux dans des pays industrialisés. La Caisse compense ce risque en fixant des cibles de rendement plus élevées pour les placements faits en territoires moins familiers.

« On ne va pas chercher le même rendement parce que le niveau de risque n’est pas le même que si on fait quelque chose aux États-Unis ou au Québec, évidemment », note-t-il.

La Caisse a récemment repoussé ses propres frontières en faisant ses premiers pas en Indonésie, un pays de 270 millions d’habitants. Après avoir échoué à y boucler des transactions en 2019, elle a récemment fait part de son intention d’investir dans un port et dans des autoroutes à péage.

« On a identifié l’Indonésie comme un pays qui méritait d’y passer du temps en raison de sa démographie, de ses paramètres ESG (environnement, questions sociales et gouvernance) et du fait que c’est un État de droit », explique Emmanuel Jaclot.

Sous-traitance à des fonds externes

Même si elle compte 175 employés dans 10 bureaux à l’étranger, la Caisse confie des milliards de dollars en investissements hors Canada à des fonds externes dont la gestion est le plus souvent opaque.

« On veut avoir des relations [avec les fonds]. Ce n’est pas juste “merci beaucoup, voici votre chèque”. Les discussions [avec les gestionnaires] sont constantes, de façon ouverte et transparente, pour créer une optimisation des rendements », assure le chef des placements privés, Martin Laguerre, qui est en poste à New York.

« On peut investir avec eux, apprendre, et après ça, commencer à se bâtir une équipe à l’interne quand on voit qu’un secteur est porteur », ajoute-t-il.

Les capitaux que la Caisse investit à l’étranger ne permettent pas de contribuer directement au développement économique du Québec, mais les Québécois finissent par en bénéficier, assure l’institution.

« Tous les gouvernements ne sont pas ravis qu’on aille investir chez eux, révèle M. Jaclot. On va dans des pays qui nous accueillent, évidemment, mais d’une certaine manière, c’est vrai qu’on va générer à l’étranger des rendements qui seront rapatriés au Québec. Il faut qu’on ait des équipes à proximité de ces marchés pour être capables de faire ça. »

INDONÉSIE

Un port et des autoroutes

La Caisse vient d’être choisie par le gouvernement indonésien pour participer au rachat d’autoroutes à péage en compagnie des fonds APG des Pays-Bas et ADIA d’Abou Dhabi. En mars, la Caisse avait annoncé un partenariat avec la firme émiratie DP World et le groupe indonésien Maspion pour construire un port de conteneurs et un parc logistique de 1,2 milliard $ US dans la province du Java oriental. 

INDE

Une pharmacie en ligne

La Caisse est sur le point d’accroître sa participation dans PharmEasy, une pharmacie en ligne indienne. L’entreprise fondée en 2015 vient d’acquérir sa principale rivale, Medlife, et entrera bientôt en Bourse. Des géants comme Amazon, Tata et Reliance sont également présents dans ce secteur en forte croissance.

ÎLE MAURICE

Des parcs solaires

La Caisse détient un investissement de 1,3 milliard $ qui lui donne une participation de 50,5 % dans le producteur d’énergie renouvelable Azure Power, qui exploite plusieurs parcs solaires en Inde. Même si l’entreprise est dirigée depuis Delhi, son siège social est situé à l’île Maurice pour des raisons de « gouvernance », a indiqué la Caisse sans donner plus de précisions.

SUISSE

Des puces pour animaux

En 2017, la Caisse a investi environ 200 millions $ pour acquérir 65 % de l’entreprise suisse Datamars. Celle-ci est l’un des leaders mondiaux de l’identification des animaux et des textiles. Datamars commercialise notamment des étiquettes RFID qui permettent de faire le suivi du bétail grâce aux radiofréquences.

ROYAUME-UNI

Une start-up de l’assurance

L’automne dernier, la Caisse a contribué à la naissance d’un nouvel assureur à Londres. L’institution a investi plus de 200 millions $ pour une participation de 24 % dans Inigo, un projet lancé par un vétéran de l’industrie. Inigo offre notamment de l’assurance commerciale et contre les risques liés au terrorisme.

NEW YORK

Le siège du Wall Street Journal

En 2013, la filiale immobilière de la Caisse a acquis 51 % du prestigieux immeuble sis au 1211, Avenue of the Americas à New York, pour 850 millions $ US. Elle est aujourd’hui propriétaire à 100 % de la tour de 45 étages de style international qui abrite notamment les bureaux du Wall Street Journal, de News Corp et de Fox. Selon le rôle foncier, la propriété vaut aujourd’hui à peine 1 milliard $ US.

MISSOURI

Une chaîne de supermarchés en déroute

Depuis l’an dernier, la Caisse détient 29 % de la chaîne de supermarchés à bas prix Save A Lot, qui compte plus de 1000 magasins aux États-Unis. L’institution a obtenu cette participation en échange de ses prêts à l’entreprise après que celle-ci soit devenue insolvable, au début de 2020. La Caisse a délégué un dirigeant de GardaWorld, Stéphane Gonthier, au conseil d’administration de Save A Lot.

FLORIDE

Des tours cellulaires

La Caisse a investi plus de 1 milliard $ dans Vertical Bridge, le plus important exploitant indépendant de tours cellulaires aux États-Unis. Elle détient 35 % de l’entreprise floridienne, laquelle exploite des dizaines de milliers de tours dans les 50 États du pays.

ÎLES CAÏMANS

Une firme financière

En 2018, la Caisse a investi 2 milliards $ dans FNZ, ce qui lui a conféré des intérêts de 72 % dans la firme britannique de services financiers. La Caisse soutient régulièrement qu’elle fait des efforts pour convaincre ses partenaires d’éviter les paradis fiscaux, mais FNZ est constituée aux îles Caïmans en dépit de la participation majoritaire de l’institution québécoise.

BRÉSIL

Un réseau de fibre optique

La Caisse entend investir jusqu’à 400 millions $ dans la mise sur pied de FiBrasil, un réseau de télécommunications par fibre optique, en partenariat avec le géant espagnol Telefónica. L’objectif est de connecter jusqu’à 5,5 millions de foyers brésiliens d’ici quatre ans.

« On construit des choses qui sont, à mon sens, vraiment utiles », s’enthousiasme Emmanuel Jaclot.

 

La Caisse de dépôt et placement du Québec en bref   

  • Actifs : 366 milliards $  
  • Employés : 1391  
  • Rendement en 2020 : 7,7 %  
  • Fondation : 1965