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Le défi du déconfinement

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Je me méfie des gens qui banalisent ces quinze longs mois de confinement que l’on vient de traverser. Il y a ceux qui lancent à la cantonade : « Y a rien là ». Ce sont des têtes folles, que le déconfinement va heurter de plein fouet.

D’autres estiment qu’après quelques semaines d’adoption, ce sera « retour à la normale ». Or la normalité d’hier ne se congèle pas. Elle n’existe plus. Il faut donc faire preuve de lucidité. Coupés radicalement de notre manière de vivre et éloignés de nos proches, y compris ceux qu’on croyait nos amis et qui se sont révélés si distants, voire perturbés, nous nous apprêtons à une longue reconstruction de nos repères, de nos routines et de nos relations sociales.

Ces semaines interminables, ces mois d’hiver où le thermomètre indiquait -27 °C, où la noirceur nous tombait dessus à 15 h, où le téléphone ne sonnait plus, où les vidéos d’internet supposément drôles nous accablaient davantage qu’ils ne nous réjouissaient, ces milliers d’heures ont réussi à altérer notre humeur, notre vitalité, notre humour et notre curiosité.

Nombreux sont ceux qui se sont engourdis devant les Netflix et autres supports technologiques qui faisaient entrer le meilleur, mais aussi le pire de la vie désormais théâtralisée qui était la nôtre.

Emprisonnement

Au fil des mois, le goût de sortir, de reprendre les conversations là où on les avait laissées en mars 2020 devenait de moins en moins vif. Appelons-le le syndrome de la fatigue culturelle et amicale. Le confinement est devenu l’emprisonnement, et la coupure avec les êtres humains hors nos demeures s’élargissait.

La vie, à vrai dire, n’avait plus de goût même si on demeurait à l’abri de la COVID-19, dont le symptôme le plus cruel est la perte d’odorat.

Certes, certaines personnes se déconfineront avec excitation et exubérance — grand bien leur fasse — mais la majorité des gens demeurent inquiets devant les mois à venir.

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Non seulement nous avons changé, mais même les petits enfants demeureront marqués par le choc qu’ils ont subi. Ils ont été perméables à nos angoisses, nos craintes, nos irritabilités et nos fatigues individuelles et collectives.

Adaptation

Parmi les gens sensibles et habités par le doute, rares sont ceux qui se réjouissent bruyamment de la sortie de cette épreuve. Non pas parce qu’ils sont victimes du syndrome de Stockholm, ou qu’ils souhaitent vivre sous l’autorité sanitaire sans égard à la violation de quelques droits qu’on connaît depuis quinze mois, mais parce qu’ils sont conscients de l’adaptation que cela va exiger.

Nous retrouverons des amis comme nous en aurons perdu d’autres, ceux qui ont basculé par exemple dans le délire complotiste. Ou dans une attirance vers l’autoritarisme qui sévit dans les pays occidentaux, à droite comme à gauche, d’ailleurs.

Parmi les responsables sanitaires, on trouve des scientifiques qui semblent avoir opté pour une approche trop prudente. L’on doit impérativement lutter contre eux. Ces acteurs médicaux se sont laissé griser par un pouvoir et une visibilité auxquels ils n’étaient pas préparés. Ce sont les responsables politiques qui doivent nous sortir de cette crise, car le risque zéro de COVID-19 n’est qu’une statistique, non une réalité sociale.