/world/europe
Navigation

Irlande du Nord: dialogue de sourds entre Londres et Bruxelles

Irlande du Nord: dialogue de sourds entre Londres et Bruxelles
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Malgré les tensions qui agitent l'Irlande du Nord depuis le Brexit, le gouvernement britannique et l'Union européenne ne sont arrivés mercredi à aucune percée sur les dispositions commerciales qui fragilisent la paix dans la province britannique. 

• À lire aussi: Biden s’envole pour le Royaume-Uni, première étape de sa tournée européenne

• À lire aussi: Irlande du Nord: l'UE avertit d'une réaction ferme en cas de non-respect des dispositions post-Brexit

À deux jours d'un sommet du G7 pendant lequel Joe Biden, fier de ses origines irlandaises, devrait évoquer ce sujet, Londres et Bruxelles cherchaient à trouver un terrain d'entente concernant le « protocole nord-irlandais » négocié dans le cadre du Brexit, alors que la presse britannique s'attend à une prochaine « guerre de la saucisse ».

« Il n'y a eu aucune avancée. Il n'y a pas eu de rupture non plus et nous allons continuer à discuter », a déclaré le ministre britannique chargé du Brexit David Frost à la presse après trois heures et demi de discussions « franches et honnêtes » avec le vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic.

Dans un communiqué, le gouvernement britannique a assuré qu'il « continuera à travailler activement pour trouver des solutions », mais a averti qu'il examinera « toutes les options disponibles pour préserver la paix, la prospérité et la stabilité en Irlande du Nord ».

Une menace pas du goût de l'UE, qui ripostera « rapidement » et « fermement » en cas d'action « unilatérale » de Londres, a mis en garde Maros Sefcovic.

« Nous sommes à la croisée des chemins dans notre relation avec le Royaume-Uni. La confiance, qui devrait être au cœur de tout partenariat, doit être restaurée », a-t-il estimé.

Effectif depuis le 1er janvier, le protocole nord-irlandais maintient la province britannique d'Irlande du Nord dans le marché unique et l'union douanière européens pour les marchandises, en prévoyant des contrôles douaniers sur les biens arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne.

Il s'agit d'éviter le retour d'une frontière physique entre la province britannique et la République d'Irlande, membre de l'UE, afin de préserver la paix conclue en 1998 avec l'accord du Vendredi saint, après trois décennies sanglantes entre unionistes favorables au maintien sous la couronne britannique et républicains favorables à la réunification de l'île.

Mais le protocole provoque le mécontentement des unionistes, qui dénoncent l'introduction de fait d'une frontière en mer d'Irlande, au sein du Royaume-Uni. Après plusieurs soirs de violences début avril, les craintes de nouveaux heurts cet été augmentent.

« Intégrité du pays »

Selon le journal The Telegraph, Londres envisage une extension de la période de grâce pour la viande réfrigérée, censée s'achever le 30 juin: les importations de viande sont normalement interdites depuis un pays hors UE. Si rien n'est fait, saucisses et nuggets de poulets britanniques risquent de disparaître des supermarchés nord-irlandais, un signe de l'absurdité de ces mesures selon le gouvernement de Boris Johnson.

Pour Bruxelles, Londres doit tenir parole après avoir signé le protocole en connaissance de cause.

Face à la grogne des unionistes, le gouvernement britannique avait déjà repoussé unilatéralement la période d'adaptation pour certains contrôles, notamment pour l'agroalimentaire. Cette décision avait poussé la Commission européenne à engager une procédure d'infraction contre le Royaume-Uni. 

Lors de la séance hebdomadaire de questions au chef du gouvernement mercredi, au Parlement, Boris Johnson a expliqué que sa priorité était de donner « aux habitants d'Irlande du Nord un accès libre et sans interruption aux biens et services de l'ensemble du Royaume-Uni » et de « protéger l'intégrité territoriale et économique de notre pays ».

Les tensions autour de l'Irlande du Nord devraient figurer au menu des discussions entre le président américain Joe Biden et Boris Johnson qui se rencontrent jeudi avant le sommet des chefs d'État et gouvernement du G7 sous présidence britannique en Cornouailles (sud-ouest de l'Angleterre).

Joe Biden a prévenu qu'une absence de solution risquerait de compromettre les chances de succès de l'accord de libre-échange entre les deux pays, que recherche ardemment Boris Johnson.