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Kamala Harris critiquée après sa première mission internationale

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AFP

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WASHINGTON | À peine de retour à Washington après son premier voyage international de vice-présidente, Kamala Harris était mercredi sous le feu des critiques de républicains qui l’accusent de ne pas prendre la «crise» migratoire suffisamment au sérieux, mais aussi de l’aile gauche de son parti.

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Ce voyage fut «une occasion manquée», déclarait mercredi dans les couloirs du Congrès le sénateur républicain John Cornyn à l’AFP.

Lundi au Guatemala puis mardi au Mexique, la numéro deux de Joe Biden a été épinglée pour des petites phrases qui ont éclipsé, au moins dans les médias conservateurs, l’objectif numéro un de son voyage:

Se pencher en «priorité» sur les causes --pauvreté, criminalité-- qui poussent des milliers de candidats à l’immigration depuis le Mexique et le «Triangle nord» (Guatemala, Honduras, Salvador) à arriver en nombre record depuis 15 ans à la frontière sud des États-Unis.

Chargée par le président démocrate dès mars de s’attaquer à cet épineux dossier, elle n’a pas présenté de grandes mesures au cours de sa tournée.

Avec le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, l’ex-sénatrice a signé un protocole d’accord destiné à «s’attaquer aux causes profondes» de l’immigration et aider les habitants «à retrouver l’espoir chez eux».

Mais à chaque étape, la même question est revenue: pourquoi la vice-présidente ne s’est-elle toujours pas rendue à la frontière sud, pour constater d’elle-même les conséquences de la «crise» que dénoncent sans relâche les républicains.

C’est Joe Biden qui, selon eux, a provoqué ces arrivées massives en promettant une politique migratoire «plus humaine» après Donald Trump et sa «tolérance zéro».

«Une blague»

Kamala Harris a répondu en qualifiant d’abord une hypothétique visite à la frontière de «gesticulation». Et visiblement agacée d’être questionnée sans cesse sur ce point, l’ex-sénatrice a plusieurs fois accompagné ses réponses de rires nerveux.

Puis elle a eu cette réplique étonnante sur NBC quand un journaliste lui redemandait pourquoi elle n’était pas allée à la frontière avec le Mexique: «Et je ne suis pas allée en Europe» non plus.

Autant de moments qui tournent depuis en boucle sur les chaînes et comptes Twitter des conservateurs.

Kamala Harris «pense que la crise à notre frontière sud-est une blague hilarante», ont taclé les républicains.

«Elle ne se rend pas sur la faille de notre système migratoire: la frontière», estime le sénateur Cornyn après quatre ans de mandat de Donald Trump centré, notamment, sur la promesse de construire un mur frontalier.

«Elle a littéralement survolé deux fois notre frontière sud» sans s’arrêter, a déploré, auprès de l’AFP, un autre sénateur républicain, James Lankford.

«Ne venez pas»

À Guatemala City, lundi, l’ancienne procureure avait eu un message clair pour ceux qui «songent à parcourir le chemin dangereux vers la frontière entre les États-Unis et le Mexique»: «Ne venez pas.»

Pas assez pour convaincre les républicains. Leurs «politiques ont dit le contraire», estime James Lankford.

Et ces mêmes mots ont indigné la gauche du parti démocrate.

«Décevant», a jugé la jeune élue de la Chambre Alexandria Ocasio-Cortez.

«Cette approche à la +restez ici et mourrez+ n’est pas la façon pour notre pays de promouvoir un système migratoire plus juste et humain», a tweeté sa collègue Rashida Tlaib.

La Maison-Blanche lui a offert son soutien...tiède. Kamala Harris fait «exactement ce que le président lui a demandé de faire», a répondu sa porte-parole Jen Psaki aux journalistes.

Joe Biden, vice-président de Barack Obama pendant huit ans, le sait bien: le poste de vice-président, souvent dans l’ombre, peut parfois être ingrat.

Lui aussi avait à l’époque était chargé du dossier sensible de l’immigration. Sa numéro deux affronte une tâche encore plus difficile, estiment les experts, avec des conditions économiques encore aggravées dans la région par la pandémie et les catastrophes naturelles.

Au Sénat, ses collègues démocrates offraient donc un diagnostic plus charitable mercredi.

«Je trouve que c’est une dirigeante forte et j’ai hâte de découvrir les conclusions» de son voyage, a déclaré à l’AFP, Sherrod Brown.

Et puis «elle fut procureure générale de la Californie», grand État frontalier du Mexique, a ajouté Tim Kaine.

«J’imagine qu’elle en sait bien plus sur la frontière que certaines des personnes qui la critiquent.»