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Les coupes dans un projet d’aire protégée sur l'île d'Anticosti sont dénoncées

Les partis d’opposition trouvent cela « scandaleux »

Coupe à blanc
Photo courtoisie, SNAP-Québec

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Les coupes forestières industrielles sont totalement incompatibles avec un projet d’aire protégée sur l’île d’Anticosti, dénoncent les partis d’opposition.

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« Je trouve ça inconcevable. On est en train de prendre un joyau qu’on considère pertinent pour le patrimoine de l’UNESCO, puis de le saborder de cette manière-là, sans considération, puis en essayant de jouer un peu à droite et à gauche, puis en essayant de protéger une partie, pas une autre... Je trouve ça scandaleux, très franchement », a déploré la cheffe libérale Dominique Anglade en point de presse mercredi matin. 

Québec a annoncé mardi un projet-pilote d’aire protégée d’utilisation durable de près de 5000 km2 sur l'île d'Anticosti. Le hic: des coupes forestières y ont lieu, comme le démontrent des photos publiées par Le Journal, prises par le directeur général de la Société canadienne pour la nature et les parcs du Québec (SNAP-Québec). « Les images parlent, et c’est criant: ce sont des coupes industrielles. Des coupes à blanc. J’ai vu la machinerie. Ce n’est pas beau, comme situation », a-t-il dit en entrevue.  

Pour la députée de Québec solidaire Émilise Lessard-Therrien, cela décrédibilise le concept d’aire protégée. « Si j’étais le ministre de l’Environnement, là, je serais mal dans mes shorts, à matin, en voyant la une du Journal de Montréal. [...] Et le ministère des Forêts n’est même pas capable [de dire] si, oui ou non, ça va s’arrêter, si, oui ou non, les coupes à blanc, c’est une utilisation durable d’une aire protégée », a-t-elle déploré.  

Petits génies

Elle flaire l’astuce de « petits génies du gouvernement » qui ont trouvé une solution: le concept d'« aire protégée d’utilisation durable », qui ne protège, en fait, « que les compagnies de bois et le ministre des Forêts ». 

En Chambre, le ministre de la Forêt Pierre Dufour a voulu « faire un peu d’éducation » : ce ne sont pas des coupes à blanc, mais des coupes en damier, a-t-il dit. Et elles sont nécessaires pour « naturellement protéger le cerf de Virginie [...] au niveau de sa biologie, c’est sa nourriture au niveau de l’arbre ». « On doit naturellement faire des actions forestières pour donner de la survie au cerf de Virginie », a-t-il ajouté. 

De son côté, le ministre de l’Environnement Benoît Charette a défendu sa « formidable annonce » : « On parle de 5000 km2. Si on considère les 30% qui sont protégés, c’est 90% de l’île d’Anticosti qui sera ultimement protégée », a-t-il lancé.  

Mais les coupes forestières se poursuivront-elles? M. Charette a rétorqué que « le milieu de l’île d’Anticosti » et Nature Québec vont participer à la création de « paramètres qui permettront une conservation durable, oui, mais le développement de la biodiversité, qui est d’une grande richesse sur l’île ».  

La critique libérale en matière d’environnement, Isabelle Melançon, maintient toutefois que des aires protégées d’utilisation durable ne sont tout simplement pas compatibles avec des coupes forestières industrielles. « Non, non, non, la réponse, c’est non. Je veux une définition de ce qui est permis et de ce qui n’est pas permis. Ça ne sent pas bon, on essaie de nous faire avaler du n’importe quoi et, malheureusement, le ministre endort les gens. Il nous endort volontairement, par son ton monocorde et par de la législation qui n’a plus de sens », a-t-elle lancé. 

Pour le biologiste Alain Branchaud, de la SNAP, il est clair que Québec veut avoir « le beurre, l’argent du beurre et le troupeau de vaches au grand complet ». « On veut continuer à opérer une foresterie industrielle, à maintenir le cheptel de cerfs de Virginie à des nombres élevés et, en plus, à faire reconnaître ce territoire d’aménagement comme une aire protégée », explique-t-il. 

« Une aire protégée d’utilisation durable est mise en place pour maintenir les fonctions écologiques d’un écosystème par des interventions ciblées, pas pour maintenir artificiellement une surpopulation de cerfs de Virginie », laisse-t-il tomber.

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