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Ceci n’est pas une chronique nostalgique

Young students with teacher at desks at college or university, coronavirus concept.
Photo Adobe Stock

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Non, ceci n’est pas une chronique nostalgique.

Non, ceci n’est pas un plaidoyer pour un retour au « bon vieux temps ».

J’ai cependant la conviction que le passé peut nous apprendre des choses, et que tout changement n’est pas forcément un progrès. 

Tout

On parle beaucoup de la piètre qualité du français de nos enfants et des faiblesses de leur culture générale.

On multiplie les explications globalement justes : faiblesse des aspirants au métier d’enseignant, mauvaises méthodes, indifférence des gouvernements, etc.

Je concède aussi que la belle éducation classique de jadis était réservée à une élite.

Je soumets maintenant au débat une dimension qui me semble négligée.

Je repense à mon propre parcours scolaire.

Jusqu’au cégep, qu’est-ce qu’on m’enseignait à l’école ?

On m’enseignait à lire, à écrire, à compter.

On me donnait des bases de culture scientifique, historique et géographique, ainsi que de l’éducation physique.

Les matières étaient peu nombreuses. On avait le temps d’approfondir.

Regardez maintenant la tendance qui prévaut aujourd’hui.

La pollution est un problème ? Parlons-en à l’école.

Les autochtones vivent des situations dramatiques ? Parlons-en à l’école.

Nos enfants sont plongés dans une société hypersexualisée ? Parlons-en à l’école.

Le racisme demeure un fléau ? Parlons-en à l’école.

La diversité religieuse soulève des défis ? Parlons-en à l’école.

Les réseaux sociaux créent une dépendance toxique ? Parlons-en à l’école.

Nos jeunes gèrent mal leurs finances ? Parlons-en à l’école.

Vous comprenez l’idée.

Dans des sociétés de plus en plus complexes et confuses, on demande à l’école de traiter de tout ou presque.

Tout cela part d’une bonne intention, mais...

Comme le nombre d’heures est limité, tous ces nouveaux sujets reçoivent forcément des traitements superficiels.

D’où cette désagréable impression qu’on enseigne souvent à nos enfants non pas comment penser, mais quoi penser.

Éduquer demande du temps. Endoctriner est plus rapide puisque la « bonne réponse » est connue d’avance : il suffira à l’enfant de mémoriser la cassette.

Jadis, l’école m’enseignait la curiosité et la confiance.

Je suis frappé par le manque de curiosité et l’anxiété de beaucoup de jeunes d’aujourd’hui.

Jadis, l’école m’enseignait le doute.

Je suis frappé par les certitudes de beaucoup de jeunes... qui s’effritent après deux questions.

Jadis, l’école m’enseignait des savoirs objectifs, et mes parents se chargeaient des valeurs morales.

Je suis frappé par le contenu très idéologique et moralisateur de bien des cours actuels, comme ceux des curés d’avant ma jeunesse. 

Et forcément, plus on multiplie les sujets, moins il reste moins de temps pour la langue.

Éparpillement

Je sais, je sais, les temps ont changé.

Bien des parents se fient à l’école pour se décharger de leurs responsabilités.

Dans des sociétés complexes et diversifiées, il y a aussi de la confusion sur les savoirs de base à transmettre.

Un problème sans solution pleinement satisfaisante ? Peut-être.

Tout de même, se pourrait-il qu’un des problèmes de l’école moderne soit qu’en voulant parler de tout, souvent pour d’excellentes raisons, elle s’éparpille dans toutes les directions ?