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Cours d’été à distance pour les élèves en échec scolaire: Roberge n’est pas inquiet

Jean Francois Roberge
Photo d'archives, Agence QMI

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S’il préfère l’enseignement en classe, le ministre Jean-François Roberge n'est pas inquiet à l'idée que bon nombre d’élèves en échec scolaire devront suivre leurs cours d’été devant leur écran d’ordinateur.

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«Ça fait des années que ça se fait. La différence, c’est que, cette année, on va être mieux outillés pour le faire, parce qu’on a quadruplé le nombre d’ordinateurs, on a mieux formé nos profs pour l’enseignement à distance», a-t-il affirmé vendredi à l’Assemblée nationale.  

Les classes de rattrapage en présence durant la période estivale, avec un enseignant en chair et en os, ne sont pas légion, même si le Québec se déconfine. Forcés de suivre une partie de leurs cours à distance durant la dernière année en raison de la pandémie, beaucoup de jeunes devront se résigner à suivre aussi leurs cours d’été en ligne.  

L’offre des cours de rattrapage, qui permettent aux adolescents du secondaire ayant échoué de revoir la matière et de passer un nouvel examen, est très différente d’un centre de services scolaire à l’autre. La formule virtuelle est utilisée dans la grande région de Québec, alors que les jeunes des centres de services scolaires de Montréal et de la Pointe-de-l’Île auront la chance de suivre leurs cours sur les bancs d’école. 

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Le ministre de l’Éducation assure qu’il n’a pas donné au réseau la directive de prioriser l’enseignement en ligne pour le mois de juillet. «Je préfère l’enseignement en présence, mais l’enseignement à distance, pour les cours d’été, ce n’est pas nouveau», a-t-il insisté, en brève mêlée de presse, avant de se rendre au Salon bleu.  

«Illogique!»

Dans l’opposition, on est inquiet de la prépondérance de l’enseignement virtuel cet été. Selon la députée solidaire Christine Labrie, il est très malheureux que la réussite des élèves n’ait pas été priorisée dans cette décision.  

«On sait, aujourd'hui plus que jamais, que l'enseignement en ligne ne devrait être qu'un choix de dernier recours. Les cours d'été s'adressent aux élèves qui ont eu le plus de difficulté, ce sont eux qui ont le plus besoin d'être en présence des enseignants. Le choix du virtuel est tellement illogique!» plaide l’élue de Sherbrooke.  

Elle croit que la pénurie de personnel pourrait être à l’origine de la décision de plusieurs centres de services scolaires, d’opter pour les cours d’été en ligne. «La prochaine rentrée, c'est la rentrée de la dernière chance pour le ministre Roberge. On va le surveiller de près», a-t-elle insisté.  

La députée péquiste Véronique Hivon reproche au ministre Roberge son manque de leadership, encore une fois.  

«Être en présence, être avec un humain devant soi, ça fait un univers de différence, souligne-t-elle. On sait que ça a été une année extrêmement difficile pour les élèves, le taux d'échec a bondi. Donc, comment se fait-il qu'il n'y ait pas eu des directives claires et du soutien de donné pour qu'on puisse agir en présentiel?»

Offrir le choix

La députée libérale Marwah Rizqy ne comprend pas que le ministre de l’Éducation n’ait pas été en mesure de prévoir le coup. «Ça ne fait aucun sens. Les jeunes qui ont des cours d’été, c’est que probablement, ils en ont arraché toute l’année à faire des cours à distance. C’est une vrai blague».  

Alors que le virus s’essouffle et que les consignes sanitaires sont allégées, les centres de services scolaires ne peuvent se réfugier derrière la pandémie pour expliquer cette offre de cours d’été uniquement en virtuel.  

«Les élèves sont de retour en présence physique (à l’école), il n’y a aucune raison, ils ne peuvent pas dire c’est à cause de la pandémie, ce n’est pas vrai. Le minimum, c’est qu’ils donnent l’option, le choix aux parents et aux élèves, c’est à eux de savoir ce qui est le mieux pour eux», soutient la députée de Saint-Laurent.  

Plus d’abandons

Professeur à l’Université Laval et expert en matière de décrochage, Égide Royer craint que les jeunes en échec scolaire abandonnent plus facilement leurs cours d’été s’ils sont à distance. Et ceux qui réussiront à passer au niveau suivant pourraient être moins nombreux.  

«C’est une évidence comme le soleil se lève à l’Est : prenez 100 jeunes (...) qui ont échoué leur (cours de) mathématique de 3e secondaire et le reprennent à distance, et même pas en contact direct avec le prof, mais avec des cours préenregistrés, on doit émettre l’hypothèse que le taux d’échec va probablement être encore élevé», dit-il.  

Égide Royer estime que les cours de rattrapage devraient se donner en classe, surtout après une année scolaire hors normes. Et si un adolescent est contraint de suivre ses cours d’été en ligne, il faut prioriser la méthode «synchrone», c’est-à-dire en temps réel avec un enseignant qui donne la matière. Il recommande d’ailleurs que les jeunes en difficulté soient accompagnés d’un tuteur durant la période estivale.  

Avec la collaboration de Patrick Bellerose et Vincent Larin