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Il a tué ma mère

Geneviève Caumartin avec sa mère Francine Bissonnette, tuée par son conjoint en 2016.
Photo courtoisie Geneviève Caumartin avec sa mère Francine Bissonnette, tuée par son conjoint en 2016.

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Alors que le Québec apprenait avec stupéfaction qu’un 12e féminicide avait eu lieu, j’ai vu défiler sur ma page Facebook une publication de Geneviève Caumartin.

J’ai rencontré Geneviève autour de 2017. Je ne connais pas la famille de Lisette Corbeil, la victime de cette semaine. Mais je sais que ces gens-là ont une chose en commun avec Geneviève Caumartin : ils partagent la douleur d’avoir perdu une femme qu’ils aimaient au moment où celle-ci avait mis fin à une relation amoureuse.

Un contrôle absolu

Revenons à 2017. Geneviève Caumartin me raconte, assise à la table de sa cuisine, comment elle a peu à peu perdu sa mère, Francine Bissonnette, aux mains de Daniel Déry. Elle me parle de la jalousie maladive de l’homme et du contrôle coercitif qu’il exerçait sur sa mère, et ce, très tôt dans la relation. « Juste pour te donner une idée, à la fin, ma mère n’avait même plus le droit de passer devant les fenêtres de sa maison si les rideaux n’étaient pas fermés. »

Geneviève m’a ensuite expliqué tout ce qu’elle avait mis en œuvre pour sauver sa mère des griffes de Daniel Déry. Elle m’a raconté son sentiment d’impuissance, sa peur et sa colère. Une colère contre un système qui n’a pas pu empêcher le plus terrible de se produire le 5 juin 2016.

Quand les policiers sont venus lui annoncer que sa mère était décédée, Geneviève n’a pas pu s’empêcher de se dire que le pire, elle l’avait vu venir. « Comment tu penses que je me sentais ? C’était comme si mon pire cauchemar se réalisait. » Francine avait peur de Daniel. Lisette Corbeil, elle aussi, devait avoir des craintes. Une demande pour interdire à son ex-conjoint d’utiliser une arme à feu avait d’ailleurs été déposée à la cour. On connaît la suite.

Je reviens à la publication Facebook de Geneviève Caumartin. Avant même le début de son procès, le meurtrier de sa mère, à la suite d’une entente entre la Couronne et la défense, s’est vu imposer une peine de 12 ans de prison pour homicide involontaire.

Le système écarte les victimes

L’affaire, c’est que Daniel Déry va demander le 7 juillet prochain sa libération conditionnelle. Ce jour-là, Geneviève Caumartin devra à nouveau se plonger dans l’horreur et raconter son histoire, une histoire qui a eu des conséquences tragiques sur sa vie, mais aussi sur celle de sa petite fille. 

« Elle était très proche de sa mamie. » La révolte, l’impuissance et le dégoût face au système des libérations conditionnelles, c’est ça qu’elle est venue écrire sur Facebook.

Geneviève se demande, et avec raison, comment un assassin peut passer de meurtrier à « potentiellement en liberté » en un si court laps de temps. Mais Geneviève ne le saura pas. Nous non plus, d’ailleurs. Parce que le Service des libérations conditionnelles tient à ce que ce processus demeure confidentiel.

Le 5 juin 2016, après l’avoir terrorisée pendant des mois, Daniel Déry a étranglé Francine Bissonnette avec une ceinture, dans le lit conjugal. 

Homicide involontaire, je vous disais. Et le 7 juillet prochain, 5 ans à peine après le crime, on le laissera peut-être sortir de prison. 

« Comment tu penses que je me sens ? » m’a dit Geneviève.

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE 

Ligne québécoise de prévention du suicide 

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  • 1 866-APPELLE (277-3553)              

SOS violence conjugale