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Nous sommes nés pour être insultés

Le Premier Ministre du Canada Justin Trudeau lors d'un dinner a
Photo d’archives Ô Canada, terre de quels aïeux ?

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Jadis on était nés pour un petit pain. Or, des Canadiens français ont brisé cet atavisme. Ils sont devenus riches. Certains, très riches, depuis 60 ans.

On était aussi nés ignorants. La Révolution tranquille, en démocratisant l’éducation, nous a permis d’accéder aux études supérieures. Le Journal de Montréal, jadis réservé aux « non-instruits », compte aujourd’hui quatre chroniqueurs permanents qui détiennent un doctorat. C’est plus que Le Devoir et La Presse réunis. Mais qu’on soit riches, hautement scolarisés et cultivés, le Canada anglais dans sa vaste majorité nous met tous dans le même panier quand il s’agit de nous décrire. Nous serions racistes et islamophobes.

Le premier ministre Justin Trudeau, peu instruit et cultivé contrairement à son père, a réussi à affirmer en même temps que la loi 21 n’encourageait pas la haine et la discrimination, mais que le port du masque en pandémie allait sans doute changer la perception des Québécois quant à la loi 21.

En termes plus clairs, les Québécois viennent de se réveiller. La majorité comprend que la loi sur la laïcité est discriminatoire, donc raciste.

La laïcité

Que cela soit proclamé d’un océan à l’autre, a mari usque ad mare. Tout attentat contre les musulmans au Canada anglais s’explique par l’isla-mophobie québécoise, rattachée au concept de la laïcité, qui déteint sur le temple de supériorité morale qu’est le Canada anglais.

Donc, le premier ministre, mais aussi, peu importe ce qu’il en dit, Jagmeet Singh, l’incarnation de la gauche glamour canadienne, considèrent la laïcité inscrite dans l’identité québécoise comme la menace à « leur » démocratie.

Les Québécois des générations passées ont accusé le coup de tous les mépris, insultes et rejets. La génération qui a traversé deux campagnes référendaires a perdu ses dernières illusions. Quelle douleur n’a pas été la nôtre de subir aussi les assauts et les insultes de Québécois francophones déchaînés contre les « péquisses », qu’ils abhorraient lors de rassemblements où les anglos faisaient profil bas. Il n’y avait rien de plus intolérable et de blessant que de voir les non-francophones se réjouir en laissant les « de souche » se déchirer.

Les jeunes francophones d’aujour-d’hui ne réagissent qu’à l’insulte personnelle. Car le multiculturalisme, cette idéologie diversitaire, alimenté par la culture woke, a laminé en eux l’indignation collective. La rupture des générations s’explique d’abord par l’absence de transmission de la mémoire historique.

Le Canada postnational

Quel vrai lien conservons-nous avec le Canada postnational, nous, les francophones d’un Québec détricoté ?

Avons-nous oublié la réaction médiatique du Canada anglais lors de la tragédie de la mosquée de Québec, qui se résume par ce genre de commentaire : « Évidemment, l’assassin est un Québécois francophone radical, nourri de la culture d’intolérance au Québec » ?

Dit-on de l’Ontarien qui a choisi de tuer des musulmans qu’il s’inscrit dans l’islamophobie canadienne-anglaise ? Au contraire, les médias anglophones tentent de rattacher son acte de barbarie à la loi 21.

Quel avenir pour le Québec, insulté dans cette période décadente, alors que sa population francophone est en voie de disparition ?