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La touche magique du tailleur des jeunes du CH

Un passionné de mode et de hockey crée des coupes adaptées aux athlètes

Jean-François Bédard
Photo Chantal Poirier Jean-François Bédard, propriétaire de la boutique Glorius et fabricant de costards sur mesure.

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Les plus observateurs auront remarqué que la belle jeunesse qui anime le Canadien de Montréal lors de ces séries éliminatoires se fait très classe avec de nouveaux costumes qui en mettent plein la vue. Mais ils ne sont pas que chics, ces habits. Ils sont aussi chanceux, assure avec entrain le tailleur qui les a conçus sur mesure « de A à Z ». 

« Depuis que Nick Suzuki et Cole Caufield portent mes complets, l’équipe ne perd plus », s’enorgueillit Jean-François Bédard, propriétaire de la boutique Glorius, située dans le centre-ville de Sherbrooke. Ce « passionné de mode et de hockey » compte aussi Phillip Danault et Jonathan Drouin, deux autres joueurs du CH, parmi ses clients. 

L’habit chanceux, c’est un peu la marque de commerce de Glorius. Si le fondateur de la boutique de prêt-à-porter et de sur-mesure est un autodidacte en matière de couture, il a étudié en marketing à l’université, et ça paraît. Pour le reste, il a tout appris lui-même.

« J’ai développé une façon de faire exprès pour les joueurs de hockey, qui ont une physionomie particulière avec de grosses cuisses, de grosses fesses et de gros mollets. Mes fits sont parfaits pour eux », débite-t-il à toute allure. 

Depuis quatre ans, Jean-François a accumulé plus de 60 clients dans la Ligue nationale de hockey (LNH), notamment un des meilleurs joueurs au monde, Sydney Crosby. « Il y a eu tout un bouche-à-oreille dans la ligue au sujet de mes habits », dit fièrement le tailleur, dont les coupes sont aussi portées par Kristopher Letang. 

Le défenseur des Penguins de Pittsburgh est le premier joueur de la LNH à qui il a confectionné un habit, en 2017. « Kris est reconnu dans la ligue pour s’habiller avec soin, ça allait de soi que ce soit lui mon premier », rigole l’entrepreneur. De fil en aiguille, il a obtenu d’autres contrats avec des membres des Penguins, si bien qu’aujourd’hui il compte 16 clients dans l’équipe. 

Depuis, il a fait une percée dans d’autres organisations de la LNH, notamment le Lightining de Tampa Bay et les Blues de St. Louis. 

Son objectif, en 2021, était d’ajouter des membres du CH parmi sa liste de clients prestigieux. Grâce à la transformation de son condo de l’île des Sœurs, à Montréal, en salle d’exposition, il peut dire mission accomplie. 

C’est là qu’il a reçu, en tout respect du strict protocole sanitaire auquel sont soumis les joueurs de la LNH, Suzuki et Caufield, en plus de l’entraîneur du CH, Dominique Ducharme, qui possède quatre complets signés Glorius. 

Le jeune Jesperi Kotkaniemi est le prochain sur la liste. « Suzuki l’a convaincu », lance le sympathique tailleur, qui, hier, s’en allait prendre les mesures du jeune Finlandais. 

« Je connais assez de joueurs de la LNH pour savoir à quel point ils sont superstitieux, je joue un peu là-dessus », avoue Jean-François. 

D’autres sports bientôt

Quand il a lancé sa boutique il y a 15 ans, il ne connaissait pourtant pas grand-chose à la couture. « Je me suis vraiment beaucoup éduqué. Il fallait que je sois ferré, il y a du monde qui font ça depuis 25 ans ! »

Aujourd’hui, il fait de la magie avec ses coupes uniques. « Quand Sidney Crosby a essayé son pantalon la première fois, il m’a dit qu’il n’avait jamais été aussi bien dans un habit », s’enthousiasme-t-il. 

Jean-François Bédard a aussi un pied dans la porte de la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Chez les Olympiques de Gatineau, l’entraîneur Louis Robitaille est un de ses clients, tout comme les quatre choix de première ronde de l’équipe au repêchage de 2020, dont le tout premier choix, Thomas Luneau. Patrick Roy, l’entraîneur des Remparts de Québec et ex-gardien étoile de la LNH, possède aussi quelques complets Glorius. 

Et l’aventure se poursuivra bientôt dans d’autres ligues professionnelles. NBA ? NFL ? « Je ne peux rien dire pour le moment, je suis presque aussi superstitieux que les joueurs de hockey », s’amuse le propriétaire de Glorius.

Les complets chanceux de Suzuki et Caufield  

Cole Caufield et Nick Suzuki portant des habits de la boutique Glorius de Sherbrooke.
Capture d’écran, Instagram CHV
Cole Caufield et Nick Suzuki portant des habits de la boutique Glorius de Sherbrooke.

Pas question pour Nick Suzuki de changer d’habit. Pour le reste des séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey (LNH), le jeune attaquant vedette du Canadien de Montréal va se présenter à l’aréna avec les mêmes vêtements. 

L’histoire commence à Toronto, lors du premier match des séries entre les Maple Leafs et le Canadien. Le joueur de centre de 21 ans arrive au Scotiabank Arena sapé de son tout nouveau complet mauve signé Glorius. Surprise, le Canadien gagne. 

Pour les matchs 2, 3 et 4, pas de signe du complet mauve. Le Canadien perd. Le jeune espoir du CH remet son nouvel habit au match 5. Il marque un but. L’équipe gagne. 

Le fabricant du complet, Jean-François Bédard, envoie alors un petit texto à son nouveau client : « Je pense que tu as un lucky suit ! » Le joueur répond qu’il le pense aussi. « Même sa blonde est d’accord », dit en riant Jean-François. 

Nick Suzuki porte ce même habit depuis le match 5. Et le Canadien n’a plus perdu. Au tableau : six victoires. Les Montréalais ont envoyé les Leafs et les Jets de Winnipeg en vacances. 

« Je rentre dans leur tête, je sais qu’ils sont superstitieux », plaisante le propriétaire de Glorius. 

Il sait de quoi il parle : au cours des quatre dernières années, il a accumulé plus de 60 clients de la LNH. Ses habits voyagent partout. 

Cole Caufield participe également à la « magie » de Glorius. Le petit attaquant de 20 ans porte lui aussi un tout nouveau complet taillé sur mesure par Jean-François Bédard depuis le match 6 contre Toronto. Ce soir-là, il a d’ailleurs joué tout un match. Comme son coéquipier, il n’a aucunement l’intention de porter autre chose pour se rendre à l’aréna au cours des prochaines semaines. 

Si Crosby paye, tu payes

Lundi, le Canadien va poursuivre sa route en séries en affrontant les Golden Knights de Vegas. Une chose est sûre : les créations du Sherbrookois de 38 ans seront visibles à chaque match, puisque même l’entraîneur de l’équipe, Dominique Ducharme, est parmi ses clients.

Pourquoi, s’il est un tel porte-bonheur, ne compte-t-il pas plus de clients parmi les joueurs du CH ? 

« Le problème à Montréal, c’est que les gars aiment beaucoup la gratuité », avance le tailleur, avant d’ajouter que lui, dans la vie, « ne donne jamais rien de gratuit ». 

Si Sidney Crosby paye son complet, tout le monde le paye, se plaît-il à dire. 

« Si tu veux un suit gratuit, tu ne cognes pas à la bonne porte. Mais si tu veux un suit vraiment super, avec un service de fou pour ton joueur, je suis ton homme », enchaîne l’expert en mode. 

Éducation

Car Jean-François ne fait pas que prendre les mesures, concevoir le complet, le fabriquer et le livrer aux clients. Il offre aussi un « soutien mode ». 

« Je fais de l’éducation avec les gars. Je leur dis : “Quand tu vas à l’aréna, tu attaches le premier bouton de ton veston, ton cellulaire, tu ne le mets pas dans ta poche de pantalon et ton mouchoir de poche, voici comment le mettre” », raconte le passionné. 

La LNH est un terrain fertile pour un styliste dégourdi comme lui. 

« Disons qu’il y a beaucoup de gars qui ne savent pas comment s’habiller », conclut-il.


Glorius et Gloria  

Samuel Blais des Blues de St-Louis lors de la parade de la coupe Stanley en juillet 2019, à Montmagny près de Québec.
Photo d'archives
Samuel Blais des Blues de St-Louis lors de la parade de la coupe Stanley en juillet 2019, à Montmagny près de Québec.

L’équipe Cendrillon de 2019, les Blues, faisait jouer la chanson Gloria après chaque victoire à domicile. Ils étaient derniers au classement en janvier lorsque l’ailier droit québécois David Perron est arrivé dans la chambre habillé en Glorius. L’équipe s’est mise à accumuler les victoires et s’est rendue jusqu’à la coupe. « Glorius et Gloria, ça ne peut pas être une coïncidence », rigole Jean-François Bédard.


Superstitieux à l’os  

Jean-François Bédard
Photo Didier Debusschère

Jean-François Bébard compte parmi ses clients un des hockeyeurs les plus superstitieux de tous les temps : Patrick Roy. Dernier gardien du Canadien à avoir gagné la coupe Stanley, l’ex-numéro 33 était connu pour parler à ses poteaux, en route vers une carrière de 4 coupes Stanley et 3 trophées Vézina.


Sid et le 87  

Sidney Crosby avec l'habit de chez Glorius
Capture écran, Instagram
Sidney Crosby avec l'habit de chez Glorius

Jean-François Bédard pensait faire un bon coup quand il a brodé le numéro 87 porté par Sidney Crosby – né le 7 août 1987 (08/07/87, en anglais) et dont le salaire compte pour 8,7 M$ dans la masse salariale de l’équipe – à l’intérieur du veston de l’habit commandé par la grande vedette des Penguins. Erreur ! « Il l’a lui-même débrodé avec une lame de rasoir dès qu’il l’a reçu et je lui en ai tout de suite renvoyé un nouveau », raconte le tailleur. Superstitieux, le Sidney, vous dites ?


La folie des numéros  

Le défenseur étoile des Penguins de Pittsburgh, Kris Letang, porte un complet Glorius.
Photo courtoisie, Jean-François Bédard
Le défenseur étoile des Penguins de Pittsburgh, Kris Letang, porte un complet Glorius.

En matière de superstition, Kristopher Letang n’est pas en reste. Jean-François Bédard en a eu la preuve un matin où il prenait un café avec le défenseur québécois. Quand il a voulu régler l’addition, son client a insisté pour voir la facture. Le no 58 des Penguins voulait s’assurer que le montant à payer ne se terminait pas par la somme de 58 sous, car il était « obligé » de payer lui-même si c’était le cas !