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«Le rêve américain n’est pas un privilège. Il nous faut le créer» - Jon M. Chu

«Le rêve américain n’est pas un privilège. Il nous faut le créer» - Jon M. Chu

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À Broadway, la comédie musicale «D'où l'on vient», de Lin-Manuel Miranda, a été un triomphe. Plus d’une décennie plus tard, le réalisateur Jon M. Chu («Crazy Rich Asians») la porte au grand écran, permettant ainsi à un nouveau public de découvrir cette œuvre remplie de soleil, de joie de vivre et d’espoir. 

Le titre en version originale, « In the Heights », fait référence à Washington Heights, quartier new-yorkais au nord de l’île de Manhattan qui accueille désormais une majorité d’habitants d’origine dominicaine après avoir été, au fil des siècles, le lieu privilégié de résidence des communautés irlandaise, italienne et juive.

Le scénario s’articule autour de Usnavi (Anthony Ramos), narrateur du long métrage et propriétaire d’une «bodega», l’équivalent new-yorkais d’un dépanneur, qui rêve d’une vie meilleure. On croise Claudia (Olga Merediz), sa grand-mère d’Usnavi, Benny (Corey Hawkins), son meilleur ami, Nina (Leslie Grace) l’étudiante, ainsi que Vanessa (Melissa Barrera), qui se rêve couturière, et dont Usnavi est amoureux. Outre les chassés-croisés amoureux, l’intrigue s’articule autour d’un billet de loterie gagnant, vendu par Usnavi, et se déroule pendant une vague de chaleur et une longue coupure de courant dans tout le quartier.

Dès les premières scènes, le spectateur est plongé dans la réalité des immigrants. Travail, déchirement entre pays d’adoption (les États-Unis) et d’origine, questionnements quant à la responsabilité envers sa communauté, le tout enrobé de musique et de danses. Car, ne l’oublions pas, Jon M. Chu s’est fait connaître avec ses mises en scène de «Dansez dans les rues» (2008) et l’excellent «Dansez dans les rues 3D» (2010) dans lequel il faisait un usage impressionnant de la technologie de relief.

«Qui ne voudrait pas travailler avec Lin-Manuel? J’avais vu la comédie musicale sur Broadway à l’époque où je travaillais sur mon premier film, "Dansez dans les rues", parce que l’un de nos danseurs était de la distribution. J’ai été ébloui même si je ne suis ni de Washington Heights ni latino», s’est souvenu Jon M. Chu lors d’une entrevue avec l’Agence QMI.

Pas de politique!

«La comédie musicale racontait des choses que j’ai vécues en tant qu’enfant grandissant dans un restaurant chinois, en tant que première génération de la famille née ici, aux États-Unis, autant de choses que je ne parvenais pas à exprimer moi-même. Lin sait dire les choses pour les rendre réelles, personnelles. "In the Heights" est donc toujours restée dans mon cœur et dans ma tête. Lorsque les producteurs m’ont contacté il y a 10 ans, peut-être plus, en me demandant si je serais intéressé à réaliser la version cinématographique, j’ai sauté sur l’occasion.»

Le film est rempli de constats sur l’immigration et sur le racisme. On pourrait donc être tenter de le qualifier de «politique» en cette ère post-Trump, un adjectif dont le cinéaste s’est défendu d’user. «Non, ça n’a jamais été une question politique. Il a toujours été question, par contre, de faire un film humain, de montrer les combats et d’exprimer les émotions ressenties.»

«Nous ne nous sommes pas dit qu’il fallait inclure tel ou tel sujet dans le film. Par contre, nous étions conscients que la comédie musicale parlait de gentrification. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas du quartier. Il fallait donc que chaque personnage dispose d’un autre enjeu parce qu’il n’y a pas de méchant dans le film.»

Poète visuel, Jon M. Chu n’a jamais cherché à faire de «D’où l’on vient» un classique moderne. «Je ne renie pas mes influences, j’ai été élevé avec les comédies musicales classiques. J’ai donc voulu revenir aux sources des raisons pour lesquelles elles existent. C’est lorsque les mots ne sont pas suffisants que la musique doit arriver, car elle communique ce qu’un paragraphe de dialogues ne parvient pas à faire.»

«Nous avons pris chaque chanson de la comédie musicale et en avons scruté les paroles à la loupe. Il fallait presque que le public ne s’aperçoive pas que les acteurs chantent. Chaque pièce fait partie de leur mode de communication. C’est sur cela que nous nous sommes concentrés.»

«Nous avons donné à chaque personnage la permission de s’exprimer comme il le désire, a-t-il également souligné en faisant référence à une scène dans laquelle de gigantesques morceaux de tissu tombent des bâtiments. Pour Vanessa, je voulais traduire l’idée qu’elle veut courir, partir, sans nécessairement savoir où elle veut aller. Elle ne va pas pleurer, elle va courir, mais le tissu deviendra les larmes qui coulent sur ces bâtiments. Pour moi, c’est ça être prisonnier.»

L’espoir

«D’où l’on vient» est un film vibrant d’espoir, qui parle du triomphe sur l’adversité et de l’esprit de communauté. Est-ce à dire que Jon M. Chu est un optimiste de nature?

«L’optimisme est un mot qui n’est pas suffisant. Je crois fermement que les gens sont capables d’accomplir n’importe quoi. Ce que j’ai vu à Washington Heights, et partout dans le monde d’ailleurs, ce sont des gens qui se battent. La communauté en général, la famille également, les aident à s’en sortir, à passer au travers des difficultés. Pour moi, la vie n’est pas un conte de fées. Usnavi le dit bien: "un rêve n’est pas un cadeau. Il faut le faire se réaliser". Pour moi, après un an de confinement et de sentiment d’impuissance, cette leçon de résilience est d’autant plus belle.»

«Je crois aux lendemains qui chantent. Comment ne pas y croire, surtout en tant qu’enfant chinois qui a grandi dans un restaurant en rêvant de devenir réalisateur? Comment ne pas y croire lorsque Lin, qui ne trouvait pas de rôles, a décidé d’en écrire pour lui? Comment ne pas être optimiste? Comment ne pas croire que nous pouvons changer le monde et nous construire un chez-nous?»

«Le rêve américain n’est pas un privilège. Il nous faut le créer. Chaque génération crée son propre rêve américain, chacune le pousse un peu plus loin et le fait devenir réalité. Ce sont ces réflexions que m’inspire le film et le travail de Lin. J’espère que c’est ce que le public y trouvera.»

«D’où l’on vient» en quelques secrets de production...

  • La scène de la chanson «96 000» a été tournée en deux jours (frais) avec 500 figurants.
  • Celle pour «Carnaval del Barrio» comptait 60 danseurs qui ont travaillé pendant 14 heures lors d’une journée particulièrement torride.
  • Les scènes se déroulant en République dominicaine ont été tournées... à la plage de Long Island.
  • L’intérieur de la «bodega» ainsi que celui du salon de coiffure ont été construits sur des plateaux.
  • Seules quelques scènes n’ont pas été filmées à Washington Heights.
  • Aucun acteur n’a été doublé, ni pour les chansons ni pour les numéros de danse.
  • D’où l’on vient» répand harmonies et bonne humeur dans les salles de cinéma et en vidéo sur demande via illico et les autres plateformes numériques.