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«J’aurais pu être la treizième»

«J’aurais pu être la treizième»
Photo courtoisie

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Le soir du 4 juin dernier, Stéphanie Gouin, une étudiante en psychoéducation de 25 ans, accepte l’invitation d’un ami. Cet « ami », c’est un homme qu’elle a fréquenté durant quelques mois. Un individu avec qui elle a gardé de bonnes relations malgré des épisodes de violence psychologique et physique à son endroit lors de leur relation. 

« Mais pourquoi t’es restée amie avec ? » je lui demande, au téléphone. « Mettons que ce genre de gars, j’aimais mieux l’avoir avec moi que contre moi. En plus, à cause de ma formation, quand j’étais avec lui, je pensais que j’allais être capable de l’aider. »    

Stéphanie est donc restée en relation avec un homme qui la malmenait, parce qu’elle avait peur de sa réaction et qu’en dehors de ses épisodes de violence, celui-ci semblait selon elle réaliser qu’il avait un problème. Il l’avait même aidée à traverser une nouvelle rupture amoureuse. « Je pensais vraiment qu’on était rendus ailleurs. » 

  • Écoutez le témoignage de Stéphanie Gouin au micro de Geneviève Pettersen à QUB radio

Si je parle à Stéphanie, c’est qu’elle a publié sur sa page Facebook un message qui a été vu et partagé des milliers de fois. Dans ce message, elle raconte ce qui s’est passé dans la nuit du 4 au 5 juin. Ce soir-là, l’homme en question, qu’on ne nommera pas parce que des procédures judiciaires sont en cours, insiste beaucoup pour la voir. À bout de nerfs et pour « acheter la paix », la jeune femme décide d’accepter de le suivre. Les deux se rendent chez lui, après que Stéphanie lui a clairement signifié qu’elle n’aurait pas de sexe avec lui.  

Tout se déroule normalement. Mais une fois dans la chambre, il l’agresse sexuellement. « Ç’a été très très violent. » Sous le choc, elle lui demande de la reconduire chez elle. Stéphanie Gouin vient de vivre un cauchemar, mais elle est loin de se douter qu’elle n’est pas au bout de ses peines.  

Une éternité 

« Dès que la voiture a démarré, il s’est mis à conduire de façon ultra dangereuse. Il brûlait les stops et zigzaguait. On allait à 200 km/h dans des routes de campagne. » Stéphanie avait beau hurler, crier qu’elle voulait descendre, rien à faire. « Plus je criais, plus il se fâchait ».  

À un moment, il se met à l’étrangler et à la battre. Son petit bouledogue français, qui l’accompagne partout, jappe et pleure. Quand il essaye de défendre sa maîtresse, le jeune homme s’en prend à l’animal. Il le frappe et le jette à l’arrière de la voiture. « J’avais peur qu’il le tire par la fenêtre comme il venait de le faire avec mon cellulaire quand il s’est rendu compte que je tentais de faire le 911. » 

«J’aurais pu être la treizième»
Photo tirée de Facebook

La violence et les menaces ont continué jusqu’à ce qu’il finisse, après ce qui est apparu comme une éternité, par débarquer Stéphanie devant chez elle. « Je n’arrivais pas y croire. J’étais figée et j’avais de la misère à avaler ma salive tellement il m’avait étranglée fort. »     

« Il faut que ça s’arrête »

Stéphanie Gouin reçoit alors l’aide de ses voisins. Elle part en ambulance. À l’hôpital, on lui fait passer une trousse médico-légale. C’est là qu’elle se saisit du téléphone de l’amie qui l’accompagne pour raconter ce qui vient de lui arriver sur les médias sociaux.  

Quand je lui demande pourquoi, pourquoi elle a décidé d’écrire tout ça, de montrer des photos de son corps plein de bleus et de me parler aujourd’hui, Stéphanie me répond que c’est à cause des autres filles. « Parce que je sais qu’il y en a d’autres qui ont vécu ça et qu’elles se taisent. Elles ont peur. Il faut que ça s’arrête. »  

«J’aurais pu être la treizième»
Photo tirée de Facebook

«J’aurais pu être la treizième»
Photo tirée de Facebook

Stéphanie ne voulait plus se taire. Elle voulait arrêter d’avoir peur. Elle a porté plainte contre son agresseur et elle compte aller jusqu’au bout du processus judiciaire, même si elle m’a confié trouver ça pénible.  

« Il faut que tu comprennes que j’étais certaine que j’allais mourir. Tout le long, j’ai pensé à ma vie, j’ai pensé à mes parents. » Cette nuit-là, alors qu’elle était prisonnière de la voiture d’un gars qu’elle croyait au départ bienveillant, Stéphanie Gouin a bien pensé qu’elle allait devenir la treizième. 

– Avec la collaboration de Maude Boutet

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