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La poignée de main revient, tout doucement, après 16 mois de COVID

La poignée de main revient, tout doucement, après 16 mois de COVID
AFP

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Elle avait disparu durant la pandémie, mais avec la vaccination de masse et la levée progressive des restrictions, la poignée de main est de retour. Même si cette tradition, déjà en perte de vitesse, pourrait avoir pris du plomb dans l'aile.

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L'une des images les plus marquantes de la rencontre entre Vladimir Poutine et Joe Biden mercredi à Genève? Laeur poignée de main, pour sa dimension diplomatique, mais aussi sanitaire.

Quelques jours plus tôt, les invités du G7 en Cornouailles, dont le président américain, s'en étaient encore tenus au salut «coude-à-coude».

Des restrictions levées pour la plupart aux États-Unis, des recommandations sanitaires moins strictes, pas de directive spécifique dans les entreprises, chacun se fait désormais sa religion quant aux contacts physiques.

Technicien dans la téléphonie à New York, Jesse Green se refuse à serrer la main des clients qu'il croise, et limite le geste aux personnes connues, dont il sait qu'elles sont vaccinées.

«Avec la pandémie, les gens sont plus conscients de ce qu'ils font avec leurs mains», explique le trentenaire.

De plus en plus d'entreprises ou administrations américaines utilisent maintenant les bracelets de couleur pour permettre aux collaborateurs, clients ou visiteurs de signaler leur degré d'ouverture au contact: rouge, jaune ou vert, du plus méfiant au plus à l'aise.

Avocat sexagénaire, William Martin, lui, ne serre plus la main à personne, vaccin ou pas. Et continuera ainsi «jusqu'à ce que ce soit sûr», dit-il, laissant entendre que cela pourrait prendre des années.

Accolade ou «hug»

L'accolade ou «hug», fréquente chez les Américains, est, elle, encore moins pratiquée actuellement - sans parler de la bise qui n'a jamais été répandue aux États-Unis.

«Revenir aux anciens usages ne changera pas les taux d'infection», estime pourtant Jack Caravanos, professeur de santé publique à New York University (NYU), qui rappelle que les recherches ont montré que le virus «se transmettait mal par le contact» physique.

«Cela dit, on sait que le rhume, la grippe et de nombreuses autres infections circulent bien par le toucher», dit-il. «Donc éliminer la poignée de main aurait malgré tout un impact positif d'un point de vue de santé publique.»

Beaucoup voient désormais la poignée de main comme un risque sanitaire. «Je pense que nous ne devrions plus jamais serrer de mains, pour être honnêtes avec vous», lançait, début avril 2020, l'immunologue Anthony Fauci, conseiller à la Maison-Blanche.

«Il y a toujours eu des germophobes, qui ne veulent pas toucher les gens parce qu'ils voient la contagion partout», rappelle Allen Furr, professeur de sociologie à l'université d'Auburn. «On pourrait en avoir davantage» après la pandémie.

La méfiance pourrait même se banaliser chez les très jeunes. «Ce sont des années qui forment les enfants», explique Andy McCorkle, aide-soignant de 33 ans. «J'ai l'impression que ça va figer psychologiquement le besoin de garder ses distances.»

Serrer la main «est un rituel», appris aux enfants par les adultes, relève aussi Allen Furr. Mais après 16 mois traumatisants, dit-il, la transmission de cette tradition pourrait être remise en cause.

A l'effet COVID s'ajoute une tendance de fond à moins de formalisme dans les échanges, qui jouait déjà contre la poignée de main, souligne ce sociologue.

Fini, le coude à coude?

Coude à coude, poing contre poing, «namaste» à l'indienne (les deux paumes jointes), ou simple salut de la main, tous devenus incontournables avec la crise sanitaire, vont-ils progressivement enterrer le serrage de louche?

«On perdrait beaucoup» en abandonnant le «handshake», affirme Patricia Napier-Fitzpatrick, fondatrice de l'École d'étiquette de New York.

Depuis la nuit des temps avec ce geste, «vous montrez que vous avez confiance en l'autre», fait-elle valoir.

Autre intérêt, «vous comprenez beaucoup de quelqu'un à sa poignée de main», dit cette formatrice, pour qui le geste permet «de décoder leur langage corporel».

Progressivement, certains s'y remettent. Tel Richard Vaughn, employé dans la construction à New York, germophobe, mais rassuré par son gel hydroalcoolique, ou certains collègues de Domingo Ynoa, médecin dans le Bronx.

Aux États-Unis, où la pandémie a alimenté la polarisation, serrer la main est aussi «devenu quelque chose de politique», un signe de défiance envers les restrictions sanitaires, observe l'aide-soignant Andy McCorkle.

«Je pense qu'on continuera à se serrer la main», conclut Allen Furr, «mais il y aura plus de tolérance pour ceux qui ne sont pas à l'aise. C'est un rituel trop important dans notre culture.»

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