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Le monarque malmené par des masques

Une usine pourrait voir le jour à l’un des lieux de prédilection du papillon sur l’île de Montréal

papillon monarque
Photo courtoisie

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Les papillons monarques pourraient bientôt être privés d’un grand champ d’une plante vitale à leur survie, éliminé pour faire place à une usine de fabrication de tissu pour masques chirurgicaux à Montréal.

« C’est ridicule, je ne comprends pas leur entêtement à construire là. Il y a tellement d’espaces vacants dans Saint-Laurent », soupire Jim Harris, un citoyen membre du groupe TechnoparcOiseaux.

L’amoureux de la nature s’inquiète pour l’avenir du « champ des monarques », un ancien terrain de golf de neuf trous près de l’aéroport de Montréal qu’il visite assidument. 

Jim Harris, sur le terrain où pousse l’asclépiade, plante qu’adore le monarque, et où on projette la construction d’une usine.
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Jim Harris, sur le terrain où pousse l’asclépiade, plante qu’adore le monarque, et où on projette la construction d’une usine.

Avec le temps, le vert est devenu une friche où pousse à foison l’asclépiade, la plante préférée de ces papillons qui le fréquentent par centaines. 

L’entreprise Medicom l’a cependant dans sa mire pour construire une nouvelle usine et produire le matériau nécessaire à la fabrication de masques chirurgicaux et N95 au pays. 

L’annonce d’un investissement fédéral de près de 29 M$ dans ces installations a été faite jeudi.

Bien que la compagnie québécoise affirme ne pas avoir finalisé son choix, Aéroports de Montréal (ADM) confirme que la construction est envisagée sur un terrain qu’il loue au ministère des Transports. 

Perturbations importantes

Si le projet se concrétise, la perte de cet habitat des monarques sera irrémédiable. 

« On est en déficit d’asclépiades [à Mont-réal], alors chaque fois qu’on en détruit, ça fait mal au cœur », témoigne Annie-Ève Gagnon, présidente sortante de la Société d’entomologie du Québec.

La phase de la construction se révèlerait particulièrement néfaste pour le monarque, classée « préoccupante » en vertu de la Loi sur les espèces en péril. 

« Il y aura beaucoup de poussière sur les plantes hautes d’asclépiade. Le papillon va les survoler, et s’il n’arrive pas à les cibler, il peut passer à côté » ajoute l’entomologiste Étienne Normandin. 

Il croit que certains papillons pourraient se rabattre sur le parc-nature de l’Anse-à-l’Orme, dans l’ouest de l’île, ou sur un parc écologique de 19 hectares situé non loin et protégé par Aéroports de Montréal. 

ADM exclut néanmoins d’attribuer le même statut au « champ des monarques ». 

« Ce sont des terrains qui sont voués à du développement », réaffirme Anne
Marcotte, directrice des relations publiques.

Elle souligne que la friche se situe en bordure du parc industriel.  

Pour Jim Harris, la fragmentation d’un des derniers grands espaces verts du secteur est particulièrement préoccupante. 

« Ils grignotent l’espace un projet à la fois. Pendant ce temps-là, les monarques ont désespérément besoin de l’asclépiade sur le chemin de leur migration », soutient-il.

Les entomologistes suggèrent pour leur part de planter différentes espèces d’asclépiades dans les environs pour mitiger la destruction de ce champ spécifique. 

De son côté, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada recommande désormais de classer le monarque comme une espèce en voie de disparition, une proposition que le ministre de l’Environnement Jonathan Wilkinson étudie. 


La population de monarques a diminué de 50 % dans la dernière décennie.