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Un écolo rejeté par le Parti vert pour ses convictions souverainistes

La cheffe du Parti vert refuse la candidature de l’ex-bloquiste et directeur général de Nature Québec, Christian Simard

Christian Simard souhaitait se présenter pour le Parti vert du Canada, mais il a été refroidi par la cheffe Annamie Paul. On le voit ici lors d’un point de presse en novembre 2013 alors qu’il était directeur général de Nature Québec.
Photo d'archives Christian Simard souhaitait se présenter pour le Parti vert du Canada, mais il a été refroidi par la cheffe Annamie Paul. On le voit ici lors d’un point de presse en novembre 2013 alors qu’il était directeur général de Nature Québec.

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L’écologiste Christian Simard, qui a été de toutes les grandes luttes environnementales au Québec, ne pourra pas se présenter pour le Parti vert aux prochaines élections fédérales, car il est trop souverainiste au goût de la cheffe.

« Les personnes qui cherchent à nous représenter doivent représenter une vision fédérale », tranche la cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, en entrevue avec Le Journal.

Mme Paul est inflexible sur le sujet, si bien qu’elle a refusé de rencontrer l’ex-directeur général de Nature Québec, Christian Simard, qui avait enfin accepté la main tendue de l’aile québécoise des verts après des années de maraudage.

« Je ne comprends pas ce blocage. J’ai été déçu, confie M. Simard en entrevue exclusive au Journal. Je pensais que le parti était plus uni, mais j’ai senti que c’était dysfonctionnel. »

Le Parti vert fait face à une crise sans précédent depuis que l'une de ses trois députés l’a quitté pour les libéraux. Les deux élus restants, dont l’ex-cheffe Elizabeth May, ont attribué cette défection crève-cœur à Mme Paul.

Celle-ci menace maintenant de poursuivre le conseil fédéral de son parti s’il persiste à vouloir la forcer à s’excuser publiquement sous peine de la soumettre à un vote de destitution le mois prochain.

« La collaboration et la collégialité ne signifient pas s’incliner. Cela ne signifie pas être mis au pas », s’est-elle défendue cette semaine, se disant victime d’une fronde raciste et sexiste de la part d’un « petit groupe » de conseillers en fin de mandat et non élus.

Expérience politique

M. Simard a vu la tempête venir et a retiré son offre de candidature quelques semaines avant :

« Ça prend des chefs rassembleurs, capables de représenter une alternative solide et de mettre les différences de côté pour se concentrer sur l’essentiel. Ce n’est pas ce que je vois », dit-il.

M. Simard est un des rares écologistes d’ici à avoir siégé à la Chambre des communes, à Ottawa. Il a représenté la circonscription de Beauport pour le Bloc québécois entre 2004 et 2006. Au même moment, son frère l’ex-ministre péquiste Sylvain Simard siégeait à l’Assemblée nationale, à Québec.

Quinze ans plus tard, M. Simard souhaitait non pas lutter pour un pays, mais poursuivre le combat qu’il a mené à la tête de Nature Québec, un organisme écologiste membre de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

« Le bureau de Mme Paul m’a demandé si j’étais toujours souverainiste, explique M. Simard. J’ai dit “oui, mais il y a une urgence climatique, c’est ma priorité”. » Après cet échange par courriel : silence radio.

Débâcle au Québec

L’écologiste a conclu qu’il n’était pas le bienvenu. Le Parti, qui n’a jamais fait élire un seul député en sol québécois et n’y compte pour le moment que deux candidats, a ainsi perdu des prospects partout dans la province ces dernières semaines, confie une source interne qui craint que le pire soit encore à venir pour la petite formation politique.

« Les verts au Québec et au Canada sont orphelins politiquement. C’est épouvantable avec la crise climatique qu’on vit, qu’il n’y ait pas de force politique pour les représenter », se désole M. Simard, reprenant une réflexion de Pierre Nantel, ancien député néodémocrate qui a été défait sous la bannière verte en 2019.

Les verts ont réussi à attirer plus de membres québécois que jamais entre 2019 et 2020. Ils représentent maintenant 10 % de l’ensemble des membres du parti, du jamais vu. Mais beaucoup grincent des dents devant le manque de sensibilité de la cheffe pour les enjeux qui touchent la province, indique une autre source interne.

Tout en se disant « toujours ouverte à travailler avec l’aile québécoise », la cheffe torontoise est sourde à toutes ses demandes. Elle s’est par exemple prononcée cette semaine contre la motion du Bloc québécois visant à faire reconnaître que le Québec peut changer seul sa section de la Constitution.

Selon nos sources à l’intérieur du parti, Mme Paul craindrait qu’appuyer le Québec nuise aux chances de son parti ailleurs au pays, en particulier à Toronto, où elle espère elle-même se faire élire.

Chronologie d’une débâcle 

3 octobre

Annamie Paul, avocate en droit international parfaitement bilingue, devient la première femme noire et juive élue à la tête d’un parti fédéral. Elle l’emporte de peu devant l’avocat montréalais écosocialiste, Dimitri Lascaris. La course au leadership vert a été marquée par une âpre lutte entre l’aile activiste radicale et les partisans de l’approche pragmatique centriste.

7 avril

Un proche conseiller de la cheffe, Sean Yo, déclare que des dirigeants verts tentent de la saboter. Il dévoile des conflits financiers entre Mme Paul et le parti. Il laisse entendre que la race, le genre et la religion n’y sont pas étrangers.

11 mai

Mme Paul appelle au « dialogue pacifique et inclusif » afin de résoudre le conflit israélo-palestinien. La députée verte de Fredericton, Jenica Atwin, juge la déclaration inappropriée et appelle à la « fin de l’apartheid » israélien en Palestine.

14 mai

Un proche conseiller de Mme Paul, Noah Zatzman, accuse différents politiciens, y compris des verts, d’antisémitisme, et promet de travailler pour les battre aux prochaines élections. Dans les coulisses, le caucus demande à la cheffe de le sanctionner, mais elle garde le silence. Le contrat de M. Zatzman est résilié par le comité exécutif du parti.

10 juin

Jenica Atwin se joint au Parti libéral du Canada et tempère peu après ses propos sur Israël. Le ministre Dominic LeBlanc, qui connaît la famille de la jeune députée du Nouveau-Brunswick, révélera ensuite qu’il a approché la jeune femme un mois plus tôt. L’aile québécoise réclame la démission de Mme Paul.

15 juin

Cinq membres du conseil fédéral du parti contre quatre adoptent une motion demandant que la cheffe répudie Noah Zaztman publiquement et appuie son caucus, sinon elle sera soumise à une motion de destitution mi-juillet. Le conseil compte 18 postes, 5 sont vacants. 9 conseillers devront voter contre Mme Paul pour que les membres soient consultés en assemblée fin août.

16 juin

La cheffe verte convoque la presse pour dénoncer « un petit groupe de conseillers » qui réclame sa tête sur la base d’allégations racistes et sexistes. Elle reproche aussi à Justin Trudeau de lui mettre des bâtons dans les roues. Deux jours plus tard, elle adresse, par l’entremise de son avocat, une mise en demeure au conseil fédéral.