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À Paris, M. Macron, c’est en anglais que ça se passe

Le président de la France, Emmanuel Macron
Photo AFP Le président de la France, Emmanuel Macron

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En assumant la présidence de l’Europe en 2022, Paris veut faire du français la première langue de l’Union européenne, maintenant que la Grande-Bretagne a déguerpi.

Emmanuel Macron a présenté en 2018 une stratégie destinée à redonner à la langue française sa place et son rôle dans le monde. Avec ses 300 millions de locuteurs et son statut de langue officielle de 31 États, le français est la cinquième langue mondiale. L’Élysée ambitionne de faire du français l’une des trois plus grandes langues du 21e siècle. Bonne chance!

Il faudrait d’abord que le gouvernement français s’occupe de ce qui se passe chez lui. On se promène à Paris et pour ce qui est de l'anglais... on se croirait à Montréal!

De moins en moins d’entreprises françaises osent maintenant adopter une raison sociale dans une langue autre que l’anglais. On a l’impression que défendre la langue nationale en France, même tenter d’y affirmer la priorité du français, provoque l’embarras. Chaque fois que Macron parle de promouvoir le français, il se sent obligé de dire qu’il encourage aussi «le plurilinguisme».

La majorité des Français souhaitent-ils cette anglicisation progressive de leur pays? Peut-être comme les Québécois: pourvu que cela se fasse doucement, lentement.

Plusieurs entreprises en France fonctionnent en anglais. Tellement que des syndicats français ont déjà demandé l’aide de la FTQ pour voir comment ils pouvaient s’assurer que leurs travailleurs puissent travailler dans la langue nationale. En fait, il semble que des multinationales respectent moins la langue française en France qu’au Québec parce qu’il y a moins de dispositions légales pour la protéger. Et les politiciens français craignent d’intervenir et de se faire traiter de ringards attardés.

Y a-t-il quelque chose de plus pathétique que de voir comment des entreprises françaises tentent si désespérément de singer tout ce qui est américain ou anglo-saxon? Pris au hasard, quelques titres de «newsmagazines people» publiés en français à Paris: «Challenges», «Society», «Public», «The Good Life», «Black Beauty Celebrities». Le périodique CB News propose en couverture un article sur le «Live shopping» et IT for Business vous révèle tout sur les «data scientists». Peut-être préférez-vous consulter les sites «Live non-stop» de chaînes françaises d’infos continues. C-News offre aussi des «Replays». Suivez des balados sur RMCStory ou pour l’économie, allez sur BFMBusiness.

Je connais personnellement un ex-professeur des HEC qui a été recruté pour enseigner dans une institution universitaire française à la condition expresse que son cours soit donné en anglais. Non, il n’enseigne pas à la ESCP-Business School. ESCP cache École Supérieure de Commerce de Paris, mais la direction a sans doute honte de son nom et craint que s’afficher dans une langue désuète nuise à son image. Attention de ne pas confondre avec la récente Paris School of Economics, où vous pourrez obtenir un Master en Analysis and Policy in Economics. Quant au Sorbonne Center for Artifical Intelligence, il développe actuellement des projets de recherches avec l’Université Laval.

Le président de la France, Emmanuel Macron
Photo courtoisie

À l’Organisation internationale de la Francophonie, plusieurs de ses membres donnent priorité à l’anglais dans leurs relations internationales et dans leur système d’éducation. Ainsi le Rwanda est engagé dans une politique d’anglicisation accélérée. La secrétaire générale de l’OIF, la Rwandaise Louise Mushikiwabo, éduquée aux États-Unis, est très proche du président-dictateur Paul Kagamé, qui a imposé l’anglais comme langue officielle et a remplacé le français par l'anglais comme langue d'enseignement obligatoire à l'école. Lorsqu’elle a été considérée pour le poste, quatre ex-ministres français chargés de la Francophonie ont affirmé qu’elle «n’a pas sa place à la tête de la Francophonie».

D’autres exemples. Dans la liste des membres de l’Agence universitaire de la Francophonie figure le nouveau Danang International Institute of Technology. La France est parmi ses «sponsors». En 2019, l’École de gestion de l’UQTR a procédé à la remise de diplômes pour son programme de MBA à la Thuongmai University de Hanoï. Parmi les dignitaires présents à la «Graduation Ceremony» figuraient Tran Kieu Trang, de la Faculty of International training, et Dao The Son, vice-head, Department of External affair and communication. Un professeur retraité de l’UQTR, qui a requis l’anonymat, m’a confié que la formation s’était donnée en anglais. 

Plusieurs pays membres de la francophonie compteraient-ils sur le Québec, qui a une longue expérience dans le domaine, pour les aider dans leur transition vers l’anglais, langue de travail, d’enseignement et de promotion sociale?