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Des immigrants à 56 000 $ par année? Louable, mais irréalisable, plaide des entreprises

Des immigrants à 56 000 $ par année? Louable, mais irréalisable, plaide des entreprises
Photo Jean-françois Desgagnés

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La volonté du premier ministre François Legault de privilégier les immigrants qui gagneraient plus de 56 000 $ par année est irréaliste, plaident des entreprises confrontées à un manque criant de main-d’œuvre qui ne peut être comblé qu’à l’aide de travailleurs étrangers. 

Laura Boivin, présidente des Fumoirs Grizzly, de Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, se prépare à partir au Danemark pour acheter de l’équipement destiné à la préparation du saumon.

«Si j’ai une fileteuse plus précise, par exemple, ça me prendra moins de personnel pour récupérer la chaire laissée par mon équipement actuel. Ces travailleurs-là, je vais pouvoir leur faire faire autre chose dans l’usine», a illustré Mme Boivin.

Laura Boivin
Photo d'archives, DIDIER DEBUSSCHERE
Laura Boivin

Malgré cette volonté d’automatisation, le besoin de main-d’oeuvre reste criant pour l’entreprise de Saint-Augustin qui compte 80 à 85 employés de neuf nationalités différentes. «On vient d’embaucher quinze étudiants pour l’été. Lorsqu’ils vont partir, on va devoir trouver 12 à 15 travailleurs de plus, et on ne sera pas de trop», a signalé l’entrepreneure qui vient d’amorcer le processus pour l’embauche de huit nouveaux travailleurs immigrants, un processus de près d’une année.

Quant aux vœux du premier ministre François Legault de faire entrer au Québec des immigrants à un salaire minimum de 56 000 $ par année, Laura Boivin aime l’idée, mais se dit incapable de satisfaire une pareille demande. «Une job à 56 000? J’aimerais ça. Mais je ne peux pas. C’est impossible dans mon domaine. La concurrence vient de partout dans le monde et toutes les entreprises n’ont pas les mêmes charges que nous à rencontrer», a-t-elle expliqué avant d’ajouter que le «consommateur final» dispose lui aussi d’une «capacité limitée de payer» pour un produit.

Cette dernière fait référence à une affirmation qu’a faite M. Legault devant le Conseil du patronat du Québec en mai. «À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne moins de 56 000, j’empire mon problème. À chaque fois que je rentre un immigrant qui gagne plus de 56 000, j’améliore ma situation», avait-il dit selon des propos dévoilés par Radio-Canada.

La directrice générale de l’Association des manufacturiers et exportateurs du Québec, Véronique Proulx, va dans le même sens que Mme Boivin. Selon elle, la demande du premier ministre Legault est tout simplement irréaliste. «Le salaire moyen [dans le secteur manufacturier] est de 28 $ l’heure, ça correspond à 56 000 $. Y a des gens qui sont au-dessous et y a des gens qui sont au-dessus. Ça nous prend cet échelon-là si on veut être capable de maintenir des emplois bien payés en région. On peut pas se permettre de payer des gens dans des postes d’entrée, partout à travers le Québec, à 56 000 $ par année.»

Véronique Proulx parcourt le Québec avec son équipe en ce moment. Son mandat est clair : démontrer à François Legault qu’il se trompe avec sa politique en matière d’immigration. «Nous allons mesurer combien de contrats nos entreprises ont dû refuser, combien de commandes elles ont acceptées, mais pour lesquelles une pénalité leur a été imposée en raison du retard dans la livraison, combien d’entreprises ont délocalisé leur production, tout ça parce qu’ils n’ont pas la main d’oeuvre pour faire rouler leur usine», a expliqué Mme Proulx.

Selon elle, ce sont des centaines de millions de dollars en contrats qui sont «laissés sur la table» en raison du manque de travailleurs.