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Pas de pause durant la pandémie pour les vétérinaires

Notre chroniqueur est allé prendre le pouls d’un hôpital pour animaux qui n’arrête pas pendant la pandémie

Préparation chirurgie hôpital vétérinaire centre-ville
Photo Louis-Philippe Messier Le vétérinaire Jérôme Benamou examine un chat sur lequel il procédera à une intervention chirurgicale.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Ma vieille chatte de 16 ans semblait moribonde lundi, et j’ai eu la chance de pouvoir la faire soigner d’urgence à sa clinique habituelle. J’aurais très bien pu être un de ces clients à la mine angoissée que j’aperçois aux abords de l’hôpital vétérinaire Centre-Ville Montréal où se retrouvent les petites bêtes refoulées ailleurs. 

« Tous les jours, j’ai quelqu’un en larmes au téléphone à qui je dois dire : non, on ne peut pas voir votre animal immédiatement », me confiait la réceptionniste de ma clinique.

La directrice de l’hôpital, Amélie Blackburn, s’habille en technicienne parce qu’elle doit souvent prêter main-forte.
Photo Louis-Philippe Messier
La directrice de l’hôpital, Amélie Blackburn, s’habille en technicienne parce qu’elle doit souvent prêter main-forte.

En revanche, à l’hôpital vétérinaire Centre-Ville, c’est le contraire : « Ici, on accepte tout le monde, nous sommes la dernière roue de secours », m’explique Amélie Blackburn, la directrice générale de l’hôpital vétérinaire qui compte une cinquantaine d’employés et qui ferme à 22 h.

Mme Blackburn n’a pas l’air d’une gestionnaire. Depuis la pandémie, il lui faut constamment prêter main-forte sur l’étage, surtout si un employé manque à l’appel.

Cette patronne s’habille donc en technicienne, prête pour l’action salissante !

« Je finissais par maganer mes beaux vêtements, alors j’y ai renoncé. »

J’y ai passé un après-midi afin de vivre le branle-bas perpétuel qui s’y passe.

« Les gens arrivent d’un coup, puis ça n’arrête plus », m’explique Frédérique Legrand, une réceptionniste. 

Une aide-technicienne va promener un bulldog pour ses besoins.
Photo Louis-Philippe Messier
Une aide-technicienne va promener un bulldog pour ses besoins.

Avant l’ouverture à 8 h, on voit une file de gens inquiets avec leurs animaux souffrants. Certains n’ont pas dormi de la nuit. La réceptionniste les accueille, tout en prenant les appels, nombreux. Elle écoute aussi les messages laissés durant la nuit. 

« J’ai déjà vu toutes nos cages pleines et une file d’attente qui tournait le coin de la rue à un moment où beaucoup de cliniciens prennent leurs vacances », se souvient Noémie Gauthier, la responsable des aides-techniciens.

Le dernier recours 

« Je me suis fait virer de bord à Anjou où on m’a expliqué que mes vétérinaires habituels étaient en vacances pour trois semaines et j’ai dû venir ici », me dit Patricia---, une résidente d’Ahuntsic.

Son chien, Oréo, un yorkshire-terrier, souffre de diarrhée depuis cinq jours et présente un pouls anormalement élevé. 

« J’aurais payé 5000 $ s’il avait fallu, alors le 180 $ d’ouverture de dossier, ça ne me dérange pas, je suis contente d’avoir vu quelqu’un. »

Puisque tout le monde ne peut pas dépenser plusieurs centaines de dollars, Mme Blackburn m’explique qu’il y a des organismes, dont la Fondation Animo pour la vie, qui aident les familles dans le besoin.

Plante empoisonnée

Sébastien Le Maréchal a payé environ 400 $ pour que son chat Paco puisse voir un vétérinaire d’urgence.
Photo Louis-Philippe Messier
Sébastien Le Maréchal a payé environ 400 $ pour que son chat Paco puisse voir un vétérinaire d’urgence.

« Ça m’a coûté environ 400 $ pour mon chat, Paco, qui vomissait depuis deux jours et que son vétérinaire habituel n’avait pas le temps de voir tout de suite », m’explique Sébastien Le Maréchal. 

Grand dégustateur de plantes du jardin, Paco s’était empoisonné avec l’une d’elles, selon son analyse sanguine. Quelques médicaments assureront sa rémission. 

M. Le Maréchal juge que le prix qu’il a payé reflète la réalité du marché.  

« Moi-même, qui suis installé au Québec depuis six ans, comme je n’ai toujours pas de médecin traitant, je suis obligé de payer au privé pour mon propre bilan de santé annuel, alors ça ne m’étonne pas qu’on me fasse payer pour mon chat » ajoute cet homme d’affaires d’origine bretonne de 47 ans.

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