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Pourquoi nous avons enquêté sur Amazon

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Capture d'écran Notre journaliste a travaillé incognito pendant cinq semaines chez Amazon.

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Neuf secondes. C’est le temps dont disposent les employés des nouveaux entrepôts d’Amazon au Québec pour récupérer un article sur un curieux chariot robotisé jaune qui s’amène devant eux. 

Ils doivent consulter un écran pour repérer dans quel casier du chariot se trouve l’article, parfois monter dans un escabeau ou se pencher, et récupérer l’article.

Et après, il faut recommencer ce manège avec un autre article dans les 9 secondes suivantes. Et ainsi de suite, toutes les 9 secondes.

Leurs collègues à l’emballage ont quant à eux moins d’une minute pour effectuer les opérations suivantes : scanner tous les articles d’une commande, récupérer la boîte appropriée, y placer les articles, mettre des matériaux de remplissage pour éviter que la marchandise soit endommagée pendant le transport, fermer la boîte avec du ruban adhésif.

Ils effectuent ces tâches debout, pendant des quarts de travail qui durent dix heures et demie, constamment surveillés par des caméras.

Tout est compté et calculé, et le patron observe la cadence de chacun en temps réel sur son écran.

Ça vous tente ? 

Vous avez de la chance, Amazon recrute, pour 2,50 $ de plus que le salaire horaire minimum.

Travailler incognito

Notre Bureau d’enquête peut aujourd’hui vous montrer tout ça parce que notre journaliste, Dominique Cambron-Goulet, a travaillé incognito pendant cinq semaines dans un de ces nouveaux entrepôts, à la fin 2020, muni d’une caméra cachée.

Aucune entrevue d’embauche n’était nécessaire. La seule fois où il a parlé à des êtres humains avant sa première journée de travail, c’était lors d’une rencontre de moins de deux minutes pour faire prendre sa photo et présenter son permis de conduire et sa carte d’assurance sociale. 

Il en témoigne dans des reportages que vous pourrez lire aujourd’hui, ainsi que demain et lundi. 

Je vous invite également à voir L’envers d’Amazon, un documentaire qui suit sa démarche, diffusé depuis peu sur Club illico.

La réalité sans filtre

L’intérêt public de notre reportage et de la méthode utilisée prend sa source dans les allégations qui se sont multipliées, notamment aux États-Unis, sur les conditions de travail et le traitement discutables que réserverait Amazon à ses employés. 

Amazon vient d’ouvrir ses deux premiers entrepôts au Québec, dans l’arrondissement Lachine de Montréal et à Saint-Hubert. Un troisième doit bientôt être en activité à Coteau-du-Lac, en Montérégie. Nous voulions savoir si l’entreprise allait adapter ses pratiques aux lois du travail plus sévères chez nous.

Si notre journaliste avait contacté Amazon en se présentant comme tel et en demandant des informations sur la réalité dans les nouveaux entrepôts, aurait-il eu droit à la même démonstration ?

Nous sommes convaincus que non.

Notons qu’Amazon a refusé notre demande d’entrevue pour réagir à nos trouvailles, se contentant de réponses laconiques par courriel voulant qu’elle respecte toutes les lois du Québec.

Le prix du commerce en ligne

La nouvelle économie du commerce en ligne, c’est à ce prix. Les articles que nous commandons confortablement assis sur le divan, et qui sont livrés à notre porte dans un délai maximal de 24 heures, c’est à ce prix aussi.

Au Québec, le taux de chômage diminue et se situe à un niveau remarquablement bas, malgré la pandémie dont on émerge à peine. Mais les nouveaux emplois ne sont pas tous des « jobs payants à 30 $ ou 40 $ l’heure », dont François Legault parle si souvent.

Il y a aussi les emplois chez Amazon. 

Jean-Louis Fortin
Directeur du Bureau d’enquête