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Le message courageux de Bruce Springsteen

Bruce Springsteen pub Jeep
Photo d’archives

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Bruce Springsteen a été très critiqué pour avoir accepté de participer à une pub de Jeep, qui a été diffusée lors du Super Bowl, en février dernier. 

« Hein ? Le Boss qui vend son image à un pollueur ? »

LES ÉTATS DÉSUNIS

Eh oui, le chanteur préféré de la gauche américaine a prêté sa voix à un fabricant de Jeep. 

Mais avez-vous entendu le message que Bruce véhiculait dans cette pub ?

Selon moi, c’est l’un des plus importants réquisitoires lancés par une vedette en 2021. 

Plus de quatre mois après la diffusion de cette pub devant des millions d’Américains, son message résonne encore. 

Bruce y fait l’apologie du centre.

Du milieu.

« The middle ».

  • Écoutez le commentaire de Richard Martineau au micro de Danny St Pierre sur QUB radio:

Il dit que le temps est venu pour les Américains de se rassembler, de se réunir, de se regrouper.

Autour de ce qu’ils ont en commun. 

Au lieu de se diviser et de se réfugier dans les extrêmes. 

Ce n’est plus Bruce le révolté qui parle, le gars qui sautait dans son char et laissait tout derrière lui, femme, enfants, boulot (Born to Run, Hungry Heart, etc.). 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Mais Bruce le septuagénaire.

L’homme aux cheveux gris et aux bottes défraîchies. 

Le Boss acoustique, et non électrique. 

Qui fixe l’horizon non pas avec rage et appétit. Mais avec inquiétude.

LA « TERRE DU MILIEU »

Certains ont certainement trouvé ce message gnangnan, bébête. 

Je l’ai trouvé quant à moi émouvant. Et courageux. 

Car, oui, il en faut du courage pour faire l’apologie du centre, en 2021. 

Le centre, c’est mou.

C’est tiède.

C’est plate.

« Les neutres sont pleutres », comme le veut l’expression populaire. 

Alors que les extrêmes – le mouvement woke à gauche, le trumpisme à droite – sont exaltants. 

Mais à un moment donné, à force de tirer sur les extrêmes, le tissu social finit par se déchirer. 

Et tu te retrouves avec un pays divisé en deux camps irréconciliables. 

Qui se regardent en chiens de faïence. 

Un goût de guerre civile plein la bouche. 

L’EXTRÊME CENTRE

Vous avez vu les résultats des dernières élections régionales en France ?

Les gens qui ont pris la peine d’aller voter ont boudé à la fois les écolos (qui, en France, sont campés à l’extrême gauche) et Marine Le Pen. 

Ils ont choisi le centre. 

C’est le retour des partis « traditionnels ».

Comme si ce qui s’est passé aux États-Unis avait refroidi les Français. 

Au Québec aussi, les extrêmes s’agitent. 

On les a vus manifester contre le vaccin et déboulonner des statues. 

Mais plus que la France et les États-Unis, le Québec résiste aux sirènes jusqu’au-boutistes.

Même Québec solidaire a mis ses crinqués au pas. 

Quant à Claire Samson, qui a quitté la CAQ pour le Parti conservateur du Québec, son choix (qui était plus un acte de vengeance qu’un véritable virage idéologique) n’a pas impressionné grand monde. 

« Ce qui constitue l’essence d’être un être humain, c’est de ne pas rechercher la perfection », disait George Orwell, l’auteur le plus cité ces dernières années. 

Or, c’est exactement ce que nous promettent les extrémistes : un régime parfait.

C’est-à-dire : inhumain. 

Bruce a raison. « Qui que tu sois, d’où que tu viennes, l’important est ce qui nous connecte les uns aux autres... »