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Votre portefeuille se déconfine: profiter de la pandémie pour consommer autrement

Votre portefeuille se déconfine: profiter de la pandémie pour consommer autrement
Illustration Julie Verville

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La pandémie a changé beaucoup de choses dans nos vies, et nos habitudes de consommation n’y font pas exception.

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La pandémie était l’occasion parfaite pour que Charles-Alexandre, diplômé en administration des affaires depuis mai 2020, entreprenne un projet financier d’envergure en sacrifiant sa vie sociale pour le travail. 

Utilisant le confinement comme prétexte pour refuser des soirées entre amis et travailler davantage, il livrait des repas le soir, en plus d'être à l'emploi d'une agence gouvernementale le jour. Résultat: il a réussi à se débarrasser des quelque 4000$ de dettes d’étude qu’il traînait depuis quelques années. Il a aussi pu mettre de l'argent de côté dans un CELI pour s’acheter une propriété locative dans un avenir plus ou moins rapproché.

«Avec le nombre restreint d’activités que nous avions le droit de faire, j’ai décidé de travailler entre 60 et 70 heures par semaine en cumulant deux emplois. En l’espace de deux paies, j’ai pu rembourser mes dettes», relate-t-il.

Celui qui est désormais stagiaire dans un cabinet comptable a réduit au maximum ses dépenses, puis a établi une liste de priorités personnelles et d'objectifs financiers. 

Un retour des Années folles?  

À l’instar de Charles-Alexandre, de nombreux Québécois ont aussi changé leurs habitudes de dépenses durant la pandémie, note Fabien Durif, titulaire de l’Observatoire de la consommation responsable. 

«C’est une année complètement unique en termes de consommation. Il y a eu des périodes d’alternance entre confinement et déconfinement au cours desquelles les comportements étaient extrêmement contraints. Ce qui est intéressant depuis le premier confinement, c’est de voir comment ces comportements ont évolué.»

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Or, qui dit comportements contraints dit aussi relâchement des contraintes. Plusieurs pourraient être tentés de rattraper le temps perdu en ne se gênant pas pour sortir leur carte de débit à n’importe quelle occasion qui se présente. 

«On peut dresser un parallèle entre le confinement mis en place à cause de la pandémie et la Grande Dépression suivie de la Deuxième Guerre mondiale», illustre Benoit Duguay, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. «À l’époque, à cause de toutes les privations qu’on leur imposait, les gens en ont eu ras le pompon, alors ils se sont lancés dans la consommation. Aujourd’hui, ça fait un an et demi qu’on est en pandémie, et les gens en sont déjà fatigués.»

Alors que le Québec se déconfine, peut-on s’attendre à un retour en force des Années folles, édition 2021?

La réponse à cette question n’est pas simple. Tout comme les épidémiologistes ne peuvent pas prédire la tendance des cas pour l’automne prochain, les économistes ont bien de la difficulté à savoir quel sera le comportement des consommateurs une fois le Québec entièrement rouvert, souligne Benoit Duguay.

«On ne peut pas dire catégoriquement “Voici ce qui va se passer”. Il va y avoir des extrêmes: certains qui ont moins dépensé durant la pandémie vont se laisser aller, alors que d’autres préféreront recommencer à consommer plus doucement.»

Une étude de données réalisée par la firme Moneris démontre cependant que les dépenses des Québécois en restauration ont augmenté de 12% depuis la réouverture des terrasses de restaurants et de bars.

On peut s’attendre aussi à ce que les passionnés de voyage sautent dans un avion dès qu’ils auront le feu vert, note Fabien Durif. Il croit également que l’industrie de la mode pourrait connaître une recrudescence, alors que les travailleurs troquent leurs kits de «linge mou» pour des vêtements de bureau.

Consommer différemment  

Mais les gens se sont tout de même habitués à moins consommer ou à consommer différemment, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose, dit Fabien Durif. 

Si le commerce en ligne a connu une évolution de l’ordre de 5 à 10 ans en l’espace de 12 mois, favorisant au passage les géants du web comme Amazon, les Québécois ont aussi adopté une tendance locale et plus écoresponsable. 

«Il y a vraiment eu une volonté plus forte de "réancrage" de l’économie dans des modes de vie sur son territoire provincial, régional et local. Comme les gens étaient enfermés chez eux, leur quotidien et leurs achats se déroulaient tout près de leur maison», affirme Fabien Durif.

Les experts croient que les nouvelles habitudes acquises dans la dernière année changeront peu, un signe encourageant pour l’économie locale, que les consommateurs disent vouloir continuer d’encourager. D’autres, comme Charles-Alexandre, ne croient pas se lancer de nouveau dans les folles dépenses lorsque la vie reviendra à la normale.

«Les gens étaient habitués aux heures d’ouverture restreintes et à la fermeture des commerces non essentiels. Et ils avouaient que ça ne leur avait pas manqué tant que ça. Pour moi, c’est une première. Ça prouve qu’il y a une certaine évolution de la façon dont on consomme, pourquoi on consomme. Ça ne veut pas dire qu’on devient raisonnable, mais la crise nous a amenés à réfléchir, peut-être», conclut Fabien Durif.

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