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Tombes anonymes retrouvées: enquête réclamée pour ce «génocide»

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Une enquête complète a été réclamée jeudi par les leaders autochtones après l’annonce de la découverte de 751 tombes anonymes sur le site d’un ancien pensionnat en Saskatchewan. 

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«C’est juste le début et nous ne nous arrêterons pas avant de les avoir tous trouvés», a soutenu jeudi au cours d’un point de presse le chef de la Fédération des nations autochtones souveraines (FSIN), Bobby Cameron, qui a demandé une enquête sur ce qu’il a qualifié de «génocide».

«Il s’agit d'un crime contre l'humanité, d'une agression contre les peuples des Premières Nations. Le seul crime que nous avons commis étant enfants a été d'être nés autochtones», a-t-il ajouté.

Qualifiant les pensionnats de «camps de concentration», il a tenu à dire que le Canada et les Premières nations «devaient travailler ensemble dans un esprit de réconciliation».

«Nous espérons et demandons une enquête publique complètement indépendante pour ce génocide, a-t-il précisé. Nous devons vérifier la cause de la mort.»

La veille, son organisation a créé une onde de choc au Canada et même dans le monde en annonçant que des centaines de corps avaient été retrouvés sur le site de l'ancien pensionnat de Marieval, en activité de 1899 à 1997.

C’est au début du mois que des recherches avec des géoradars ont commencé sur le site de l’institution fréquentée par les membres de la Première Nation de Cowessess et même du Manitoba. Quelque 44 000 mètres carrés ont été analysés notamment par des équipes de la Saskatchewan Polytechnic dans cette première phase.

«Il y a sans doute plus de 600 personnes qui sont ensevelies», a fait savoir le chef de la communauté de Cowessess, Cadmus Delorme, précisant qu’une meilleure estimation sera faite au cours des prochaines semaines. Il a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas de fosse commune.

Ce dernier a dit que 751 tombes anonymes ont été trouvées sur le site, précisant qu'il n’était pas possible de confirmer si toutes les tombes anonymes sont pour les enfants.

«Nous considérons le site comme une scène de crime pour le moment», a-t-il déclaré.

«Un jour il y aura un monument [sur le site]», a-t-il soutenu.

«Le pape doit s’excuser»

Selon le chef Delorme, les représentants de l’Église catholique ont enlevé des pierres tombales dans les années 60, ce qui fait en sorte que plusieurs des tombes sont anonymes. «Nous allons identifier toutes les personnes que nous pourrons», a-t-il toutefois assuré.

Une des survivantes de cette époque, Florence Sparvier, 80 ans, a expliqué que les parents qui n’envoyaient pas leur enfant au pensionnat allaient en prison. «Ils nous rabaissaient en tant que peuple, alors nous avons appris à ne pas aimer qui nous étions», a-t-elle témoigné jeudi.

Le chef Delorme a aussi clairement fait savoir que «le pape doit s’excuser», soutenant que «les excuses représentent une des étapes dans le processus de guérison».

Quant au chef Cameron de la FSIN, qui représente 74 Premières Nations de la Saskatchewan, il a réclamé des changements. «Notre peuple mérite plus que des excuses et de la sympathie. Notre peuple mérite la justice.»

Son collègue Cadmus Delorme a soutenu que le Canada n’intervenait que superficiellement sur de nombreuses blessures, critiquant au passage la lourdeur bureaucratique au sein des gouvernements fédéral et provincial.

Il a plaidé pour une plus grande autonomie des Premières Nations. «Nous sommes assez intelligents pour faire les choses par nous-mêmes. Nous en avons assez qu’on nous dise quoi faire et comment faire».

Réactions politiques

La nouvelle a suscité de fortes réactions du côté des dirigeants politiques.

«Ils nous ont quittés, mais nous allons honorer leur mémoire et dire la vérité sur ces injustices», a soutenu le premier ministre Justin Trudeau.

«Aucun enfant n’aurait dû passer ses derniers instants dans un endroit où il vivait dans la peur, sans jamais revoir ses proches. Et aucune famille n’aurait dû être privée des rires et de la joie de ses enfants qui s’amusent, et de la fierté de les voir grandir au sein de leur communauté», a-t-il ajouté.

Rappelons qu’en mai dernier, ce sont 215 enfants qui ont été retrouvés sur le site d’un autre ancien pensionnat, près de Kamloops, en Colombie-Britannique.

«Les découvertes faites à Marieval et à Kamloops font partie d’une tragédie plus vaste. Elles rappellent de manière honteuse le racisme, la discrimination et l’injustice systémiques auxquels les peuples autochtones ont été – et sont toujours – confrontés dans ce pays», a ajouté M. Trudeau, estimant qu’il fallait «tirer les leçons de notre passé et avancer sur le chemin commun de la réconciliation».

De son côté, le chef conservateur, Erin O’Toole, a assuré que «les conservateurs du Canada reconnaissent le profond chagrin et le deuil que vivent actuellement tous les peuples des Premières nations, ainsi que les survivants des pensionnats autochtones».

«Cette découverte est un sombre rappel qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour remédier aux effets dévastateurs et néfastes que les pensionnats autochtones ont provoqué chez de nombreux survivants», a-t-il ajouté dans un communiqué.

En entrevue à LCN, le chef néodémocrate Jagmeet Singh a plaidé pour la mise en oeuvre du plan d’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Il a aussi réclamé des actions concrètes, regrettant que le fédéral poursuive des batailles juridiques contre les enfants autochtones.

«La déjà trop longue séquence de découvertes si tristes, de deuils lourds et sombres, ne devra jamais émousser notre compassion, notre solidarité et notre désir de vérité et de justice. Mes pensées vont vers nos soeurs et nos frères autochtones de Marieval», a indiqué pour sa part le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

«C’est déchirant de penser qu’autant d’enfants ont perdu la vie après avoir été séparés de leur famille», a soutenu pour sa part le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, qui a dit avoir offert la collaboration de son administration à la communauté éplorée.

De son côté, le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a qualifié la nouvelle comme étant «absolument tragique, mais pas surprenante». Il a exhorté «tous les Canadiens à soutenir les Premières Nations en cette période extrêmement difficile et émouvante».

Pour rappel, quelque 150 000 enfants ont fréquenté les pensionnats autochtones à travers le pays. Certains de ces établissements servent aujourd’hui de lieux de mémoire et de célébration de la culture autochtone et de lieux d’éducation, mais plusieurs sont abandonnés.

Lundi, les élus de la Chambre des communes ont appuyé une motion du Bloc québécois exigeant que le gouvernement fédéral finance l’identification des sites de pensionnats autochtones et enquête sur la présence d’autres dépouilles d’enfants à travers le pays.

Si vous avez besoin d’aide:  

Une ligne d’écoute téléphonique offre un soutien aux anciens élèves des pensionnats autochtones, 7 jours sur 7: 1 866 925-4419.

Ce qu’ils ont dit:  

Justin Trudeau, chef du Parti libéral: «Aucun enfant n’aurait dû passer ses derniers instants dans un endroit où il vivait dans la peur, sans jamais revoir ses proches. Et aucune famille n’aurait dû être privée des rires et de la joie de ses enfants qui s’amusent, et de la fierté de les voir grandir au sein de leur communauté.»

François Legault, premier ministre du Québec: «Quelle nouvelle choquante et triste.»

Scott Moe, premier ministre de la Saskatchewan: «C’est déchirant de penser qu’autant d’enfants ont perdu la vie après avoir été séparés de leur famille.»

Valérie Plante, mairesse de la Ville de Montréal: «J’ai le cœur brisé. J’annonce que les drapeaux de l’Hôtel de Ville seront en berne dès demain.»

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur: «Les conservateurs du Canada reconnaissent le profond chagrin et le deuil que vivent actuellement tous les peuples des Premières nations, ainsi que les survivants des pensionnats autochtones.»

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois: «La déjà trop longue séquence de découvertes si tristes, de deuils lourds et sombres, ne devra jamais émousser notre compassion, notre solidarité et notre désir de vérité et de justice. Mes pensées vont vers nos soeurs et nos frères autochtones de Marieval.»

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique: «Les mots ne suffisent pas pour réagir à la nouvelle dévastatrice qui nous parvient aujourd’hui de la Première Nation de Cowessess. L’annonce du chef Cadmus Delorme selon laquelle 751 tombes anonymes ont été découvertes au pensionnat Marieval est déchirante et constitue une preuve supplémentaire du génocide perpétré contre les Autochtones de ce pays.»

Perry Bellegarde, chef de l’Assemblée des Premières Nations: «L’annonce de la découverte de centaines de tombes anonymes dans la Première Nation de Cowessess est absolument tragique, mais pas surprenante.»

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