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Dette de 245 000$ du Beachclub

L’entreprise doit depuis deux ans cette somme à la police locale qui a assuré la sécurité pour ses événements

Daddy Yankee
Photo Stéphane Sinclair La sécurité au Beachclub a été assurée par la police locale lors d’événements qui pouvaient ressembler à ce spectacle de Daddy Yankee, en 2018.

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Le célèbre Beachclub de Pointe-Calumet traîne depuis 2019 une dette de 245 000 $ envers la police locale, un dossier épineux qui crée des tensions entre les élus de la région, révèlent des courriels obtenus par notre Bureau d’enquête.

Il y a une dizaine de jours, le propriétaire du Beachclub, Olivier Primeau, affichait fièrement sur les réseaux sociaux sa nouvelle acquisition, affirmant s’être « gate [sic] pour vrai » : une voiture McLaren 540C d’une valeur d’au moins 200 000 $.

Olivier Primeau a récemment affiché fièrement sur les réseaux sociaux sa nouvelle McLaren 540C d’une valeur d’au moins 200 000 $.
Capture d’écran tirée d’Instagram
Olivier Primeau a récemment affiché fièrement sur les réseaux sociaux sa nouvelle McLaren 540C d’une valeur d’au moins 200 000 $.

Au même moment, son avocat négociait avec celui de la Régie de police du Lac des Deux-Montagnes (RPLDM), cette dernière tentant depuis des mois d’obtenir le paiement d’une dette de 245 000 $ datant de 2019 pour des services de surveillance et d’encadrement des activités du Beachclub.

Bisbille chez les maires

La situation crée des tensions entre les quatre maires des Laurentides qui siègent au conseil d’administration de la RPLDM.

Les échanges que nous avons consultés révèlent qu’en avril dernier, le Beachclub aurait offert une somme de 100 000 $ pour régler sa dette, une proposition qui a été rejetée par la Régie.

Or, la mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, membre du conseil d’administration, voulait accepter l’offre de règlement.

Dans un courriel du 21 avril adressé à ses collègues du CA, Sonia Paulus plaide que les interventions des policiers au Beachclub génèrent plusieurs amendes et donc des revenus pour la Régie. 

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« Ainsi, vous comprendrez que je trouvais l’offre de règlement au montant de 100 000 $ tout à fait satisfaisante, et ce, alors que nous n’aurions pas de frais d’avocats à assumer », écrit-elle.  

La mairesse fait même un rapprochement entre le recouvrement de la dette et une plainte formulée par la police auprès de la Régie des alcools, des courses et des jeux, en 2018, à la suite de laquelle le Beachclub avait écopé d’une suspension de 20 jours de son permis d’alcool.

« Je comprends que le service de police a formulé une plainte auprès de la Régie [...], et ce, dans l’unique but de récupérer cette créance. [La police veut] atteindre cette corporation par tous les moyens, et ce, même si cette entreprise génère des revenus pour notre région », blâme-t-elle aussi dans le même courriel.

La commission municipale alertée

Olivier Primeau, propriétaire du Beachclub, lors d’une entrevue en février dernier.
Photo Agence QMI, Alejandra Carranza
Olivier Primeau, propriétaire du Beachclub, lors d’une entrevue en février dernier.

Cette prise de position de Mme Paulus à l’endroit du Beachclub a créé du remous chez les maires, nous ont confirmé différentes sources. La situation a même été signalée à la Commission municipale du Québec.

« Je ne suis pas d’accord à ce que mes citoyens payent pour un service de sécurité pour une entreprise privée », a écrit notamment le maire de Deux-Montagnes, Denis Martin, en réponse à Mme Paulus.

« Les demandes répétées au sujet de la facturation 2019 pour le Beachclub [...] pourraient être très mal interprétées, aussi louable que soit votre intention. Je trouve cette situation extrêmement délicate. [...] Je conseille fortement de laisser l’administration de la Régie faire son boulot pour récupérer l’ensemble de la créance », poursuit-il.

Jointe par courriel, la mairesse Paulus a défendu ses interventions pour réduire la dette du Beachclub. 

« Je ne me suis aucunement positionnée en faveur d’un créancier de la Régie de police. Je me suis toujours positionnée dans l’intérêt de la Régie de police », a-t-elle indiqué, affirmant aussi devoir faire preuve de réserve dans ce dossier.

« Il est important de faire une analyse complète pour chaque dossier [...] et évidemment s’il y a judiciarisation, il faut prendre en considération les chances de succès et les frais légaux engendrés par une poursuite. Tout bon administrateur devrait faire cet exercice. » 

Un règlement sous peu ?

De son côté, Olivier Primeau jure que les négociations vont bon train. Son avocat, David Beaudoin, nous a indiqué être « optimiste » d’en arriver sous peu à un règlement. 

Selon M. Primeau, la Régie « avait chargé un peu cher » pour ses services.

« C’est une dette, ça fait longtemps, on est en négociation en ce moment. Ça fait déjà trois, quatre mois qu’on est là-dessus. [...] Ça va se régler, là. C’était vraiment un truc à cause de la COVID. [...] Ça ne se rendra pas en cour. On a une très bonne entente avec la police. La facture va être payée », a soutenu l’entrepreneur. 

– Avec Jean-François Cloutier