/weekend
Navigation

L’enfant prodige des comics

WE 0626 BD
Photo courtoisie Steve Murray, alias Chip Zdarsky

Coup d'oeil sur cet article

Steve Murray, alias Chip Zdarsky, est un cas unique dans l’univers du 9e art. Ayant collaboré une décennie au National Post en ces qualités de chroniqueur humoristique avant de faire le grand saut du côté du comics américain, il en est rapidement devenu le seigneur de sa génération.

Œuvrant tant pour Marvel et DC Comics que pour différents éditeurs indépendants (Dark Horse, Image, etc.), Chip Zdarsky transforme en or tout ce qu’il touche. S’il a fait une entrée plus que remarquée dans le milieu en tant qu’illustrateur par le truchement de l’inénarrable série Sex Criminals, c’est depuis comme scénariste qu’il brille. « J’ai absolument tout appris de Matt Fraction de notre temps passé ensemble sur Sex Criminals. Non seulement quant au langage même de la bande dessinée, mais comment rythmer les scènes, et, espérons-le, écrire des personnages avec lesquels vous pouvez éprouver de la sympathie », explique l’artiste canadien. « Il est le meilleur de notre génération. Il est incroyablement réfléchi dans ses scénarios, même lorsqu’ils sont truffés de blagues douteuses. »  

L’élève est en voie de surpasser son maître. Car Zdarsky, outre son délectable humour qui le caractérise, insuffle un supplément d’âme à tout ce qu’il fait. On n’a qu’à penser à son incandescent passage sur Peter Parker : The Spectacular Spider-Man, alors qu’il livre deux des meilleures histoires des 70 dernières années (le repas en tête à tête avec J. Jonah Jameson et son numéro d’adieu, qu’il illustre pour l’occasion) ou encore à son passage actuel sur Daredevil. Un personnage qui fut servi par les plus grands, dont Frank Miller, Ann Nocenti, Mark Waid. Se sent-il redevable à ces légendes et les lecteurs ? « Je sais que cela peut sembler étrange, mais je ne me sens pas vraiment redevable envers les créateurs qui m’ont précédé sur les différentes propriétés de Marvel et DC Comics. Rien de ce que j’écris ne peut effacer ce travail. Je peux par exemple révéler que Matt Murdock (Daredevil) a été un extraterrestre tout ce temps, et cela n’entachera en rien ce qui fut fait avant. Personne ne relira Born Again de Frank Miller en se disant : “Ce n’est pas aussi bien maintenant que je sais qu’il est un extraterrestre”. Par contre, je me fais un devoir de ne pas complètement bousiller leurs contributions dans l’éventualité d’une adaptation au cinéma ou à la télévision, ce qui leur rapportera de l’argent. Je me soucie plus de leur compte bancaire que des personnages eux-mêmes. Quant aux lecteurs, j’essaie de leur offrir des histoires divertissantes. »

Briller

S’il anime avec verve les différentes franchises, il brille aussi à titre de créateur d’univers, comme c’est le cas pour l’excellente série Stillwater, en nomination aux prestigieux prix Eisner dans la catégorie Meilleure série en cours de parution aux côtés de Daredevil, dont il signe les scénarios. « J’adore faire des comics mensuels. Être capable de raconter des histoires avec ce genre d’élan, voir vos mots prendre vie à travers l’art de certains des plus grands artistes du monde ? Il n’y a rien de mieux. » Est-ce que le dessin lui manque ? « Oui. Ou du moins, avoir le total contrôle de l’approche artistique. Je jongle avec l’idée d’un projet que je pourrais dessiner bientôt, et cela m’excite. J’ai juré après la fin de Sex Criminals que je ne dessinerais plus jamais de série, mais la bande dessinée consiste essentiellement à avoir la mémoire courte. » 

Chose certaine, il laissera une trace indélébile sur le médium, prouvant qu’il est possible d’aborder pareille industrie pécuniaire avec cœur, éloquence et esprit.


Pour suivre Chip Zdarsky

Inscrivez-vous à son hilarante infolettre

https://zdars.co

À lire aussi 

WANTED LUCKY LUKE

<b><i>Wanted Lucky Luke</i></b><br>
Matthieu Bonhomme<br>
ED. Lucky Comics
Photo courtoisie
Wanted Lucky Luke
Matthieu Bonhomme
ED. Lucky Comics

Après le retentissant succès de L’homme qui tua Lucky Luke, Matthieu Bonhomme remonte en selle pour notre plus grand bonheur. Alors que notre héros trotte en direction du soleil couchant, l’Aventure ne lui laisse aucun répit. Sa tête mise à prix, notre justicier ayant tronqué la cigarette pour le brin d’herbe croise sur son chemin un trio de Cowgirls à qui il tente en vain de porter secours, des chasseurs de prime, un cousin des Dalton, des Indiens, la cavalerie. Car au fond, la plus grande faille du cowboy solitaire n’est-elle pas la fréquentation des autres humains ? Puisant tant dans le théâtre de Marivaux que chez Morris, Bonhomme nous livre une brillante réinterprétation du justicier iconique, porté par un souffle tonique et un trait sublimé.


IMBATTABLE, VOLUME 3

<b><i>Imbattable</i></b><br>
<b><i>Volume 3</i></b><br>
Pascal Jousselin<br>
ED. Dupuis
Photo courtoisie
Imbattable
Volume 3
Pascal Jousselin
ED. Dupuis

Il n’a pas la dégaine ni le physique de l’emploi, et pourtant, Imbattable est le plus puissant des superhéros. Son pouvoir ? Il contrôle la page sur laquelle il se trouve, d’où son nom. Champion incontesté de la méta-BD, chacune de ses brèves aventures est un pur joyau d’inventivité, qui nous chatouille tant les zygomatiques que les synapses. Avec cette troisième livraison composée d’une dizaine de récits, Pascal Jousselin réussit non seulement à repousser une fois de plus les limites de l’expérimentation formelle, il consolide aussi les bases de son univers de papier, nous offrant au passage une émouvante histoire sur le deuil.


J’AI TUÉ LE SOLEIL

<b><i>J’ai tué le soleil</i></b><br>
Winshluss<br>
ED. Gallimard
Photo courtoisie
J’ai tué le soleil
Winshluss
ED. Gallimard

Lui qui nous avait habitués à un inimitable humour noir (Monsieur Feraille, Pinocchio, In God We Trust, Wizz et Buzz) désarçonne avec ce brutal récit postapocalyptique. Un homme qui fomente l’assassinat de son entourage, poussé à bout par notre époque qui nous confine au consumérisme, à l’héliocentrisme, au complotisme et la détestation des autres se retrouve au cœur d’une pandémie mondiale qui éradique l’espèce humaine. Aussi bien flinguer Galarneau, seul agresseur survivant. Flirtant avec l’esthétique de Wil Eisner et Robert Crumb, Winshluss se soumet aux codes du genre avec l’incommensurable talent qu’on lui connaît. J’ai tué le soleil est une fable philosophique où la violence graphique n’est jamais gratuite.