/misc
Navigation

Annuler la fête du Canada?

Richer
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Ils étaient 215. Ils sont maintenant 966. Leur nombre ne cessera d’augmenter, tout au long de l’été. La fatalité d’un cruel passé qui revient hanter le Canada.

Kamloops en Colombie-Britannique. Marieval en Saskatchewan. Les fantômes des pensionnats autochtones, de ces enfants abusés en toute impunité habitent maintenant la conscience collective.

Le mythe canadien ne tient plus.

Mais est-ce que ça justifie d’annuler les célébrations de la fête du Canada ?

La « cancel culture » à l’œuvre ?

La découverte de ce millier de tombes non identifiées, recueillant les corps d’enfants dont on ignore le nom, ou même la cause du décès, viendrait ainsi faire basculer le Canada dans le camp des pays de la honte.

Plus personne donc ne mérite d’être fier de ce que le Canada a de mieux à offrir. Le poids de ce péché originel devrait être collectif.

Plusieurs villes au pays, de Victoria en Colombie-Britannique à Cap-Pelé au Nouveau-Brunswick, ont annulé leurs célébrations du 1er juillet en invoquant un geste de solidarité envers les communautés autochtones en deuil.

Ça se défendrait si c’était une rare exception.

Mais ce mouvement pour annuler la fête du Canada ne peut être dissocié de cette tendance de plus en plus répandue dans les cercles progressistes à vouloir réécrire l’histoire à coup de culpabilisations collectives.

Tourner le dos au 1er juillet devient ainsi l’ultime sanction contre le privilège blanc qui a mené aux abus dans les pensionnats autochtones.

Zones d’ombre

Entendons-nous, le génocide culturel, les crimes commis contre ces enfants ne peuvent connaître aucune fierté.

Mais l’histoire ne peut être réécrite.

Les États-Unis ont eu l’esclavage.

L’Afrique du Sud, l’apartheid.

Le Canada, les pensionnats autochtones.

Chaque pays a ses zones d’ombre, tragiques, cruelles.

Plutôt que d’annuler la fête du Canada, il faut accepter cette tache indélébile dans notre imaginaire collectif. L’encaisser, la digérer.

Fausse empathie

La douleur que ressentent les communautés autochtones face à la découverte de ces sépultures abandonnées ne sera jamais la nôtre.

Ce sont leurs enfants, leurs sœurs, leurs frères, leurs oncles, leurs tantes qui sont morts dans l’indignité.

Ce que nous leur devons, c’est de sortir de notre indifférence, d’essayer de comprendre.

Certes, annuler la fête du Canada permet de se donner bonne conscience. Et après ?

Souligner le 1er juillet dans cette ambiance de deuil et de tristesse me semble bien plus honnête. Une façon pour les Canadiens de cesser enfin de se draper dans le mythe du « plus meilleur pays du monde. »