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Le Canada en deuil de son image

Le Canada en deuil de son image
AFP

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Ce 1er juillet 2021, la fête du Canada ne sera pas comme les autres. Avec la découverte des restes de 215 enfants autochtones sur les terres de l’ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique, le Canada est trop honteux pour se fêter lui-même.  

S’y ajoutent 751 tombes non identifiées d’enfants autochtones trouvées à l’ancien pensionnat de Marieval en Saskatchewan. Et il y en aura d’autres, c’est certain. 

Le pays est en deuil de son image tronquée de nation immaculée. La seule au monde, se disait-on, où le racisme le plus vil n’aurait jamais sévi. 

Or, ces 139 pensionnats – payés par des fonds fédéraux et la plupart gérés par le clergé catholique – ont existé. Le dernier a fermé ses portes en 1996. Au Québec, le dernier de ses 12 pensionnats n’a fermé qu’en 1991.

On le savait pourtant déjà. En 2015, la Commission de vérité et réconciliation l’avait documenté. Au Canada, plus de 150 000 enfants autochtones avaient été arrachés à leurs familles pour « tuer l’Indien » en eux. 

Des filles et des garçons. Battus. Violés. Sous-alimentés. Rendus malades parce qu’entassés dans des baraquements insalubres et mal isolés. Des enfants déshumanisés. À qui, en plus, on interdisait de parler leur langue.  

Déshumanisés

Les survivants et leurs familles souffrent de graves séquelles. Les morts, par milliers, furent enterrés en catimini comme des sous-humains. L’image qu’on peut se faire de leurs bourreaux en soutane enterrant leurs propres victimes sans le moindre état d’âme est insoutenable. 

Le 1er juillet, les Canadiens seront appelés à assumer la réalité. Celle d’un pays avancé, mais dont l’histoire, encore récente, fut aussi marquée par des politiques racistes.  

Dans les décennies suivant l’adoption en 1876 de l’ignoble loi fédérale dite sur les Indiens, des politiques génocidaires ont visé les Premières Nations. En toute complicité d’une majorité de provinces et d’ordres religieux en « mission » pour « civiliser » ceux qu’on appelait les « Sauvages ». 

Le Canada voulait effacer les Premières Nations en effaçant leurs cultures. Leurs langues. Leurs économies. En précipitant leurs enfants dans ces camps de l’horreur nommés bien ironiquement « pensionnats ». 

Politique génocidaire

Le Canada est certes un pays parfaitement imparfait comme tant d’autres. Il n’en reste pas moins que dans ses « pensionnats » de la mort, on y a martyrisé des enfants pour l’unique raison qu’ils étaient autochtones.  

Le gouvernement fédéral s’en est excusé. Le pape s’y refuse. Sur cette planète, l’Église catholique, il faut le dire, aura fracassé les records en abus de toutes sortes contre les enfants, toutes origines confondues.  

Cette honte universelle, en plus de sa misogynie atavique, continue d’amener des catholiques à lui tourner le dos. Le Vatican n’est cependant pas une démocratie. C’est un empire qui ne répond à personne. Pas même à Dieu, semble-t-il. 

Le Canada, lui, est une démocratie. Il peut donc faire beaucoup pour tenter de réparer son rapport détraqué avec les Premières Nations. D’autant plus que celles-ci revendiquent depuis longtemps une véritable réconciliation par la vérité et des gestes réparateurs concrets. 

Le 1er juillet 2021, les dirigeants politiques de ce pays doivent s’y engager beaucoup plus clairement. Lorsqu’il a la moindre chance d’ouvrir vers un avenir meilleur, même le deuil peut être salvateur.