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Les Oblats et leurs écoles résidentielles...

Pensionnat Marieval
Photo courtoisie Le pensionnat Marieval

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J’ai passé les quatre premières années du cours classique au Juniorat des Oblats de Marie-Immaculée à Chambly-Bassin.

C’était l’époque où l’air que déplaçaient les nombreuses soutanes dans les couloirs n’arrivait même pas à évacuer la forte odeur de centaines d’étudiants n’ayant droit qu’à une douche par semaine.

C’était l’époque où le père Bazinet, préfet de discipline, gardait accrochée à l’intérieur de sa porte de chambre une large strap en cuir dont nous avions une peur bleue. L’époque aussi où les plus jeunes d’entre nous craignaient d’être appelés au bureau du père supérieur. Ce petit homme à la tête blanche et au sourire libidineux tentait chaque fois de déboutonner notre braguette pour y plonger ses mains moites. 

  • Écoutez l'entrevue de Guy Fournier avec Vincent Dessureasult sur QUB Radio:

Une fois ou deux par an, le père Victor Lelièvre, l’éternel vicaire de la paroisse Saint-Sauveur de Québec, venait nous parler du Sacré-Cœur. Il arrivait toujours le jeudi, jour de congé. Nous étions alors convoqués à la chapelle et pendant deux heures, parfois trois, il nous prédisait de sa voix tonitruante le feu éternel si nous n’avions pas la sage précaution de prier le Sacré-Cœur. 

Les nuits suivant sa venue, je faisais des cauchemars terribles. Je me voyais brûler en enfer, contemplant désespéré une grande horloge indiquant toujours la même heure, ou j’étais piétiné par des hordes de mécréants qui s’étaient laissés aller au vice solitaire sans avoir eu la chance de se repentir.

DE LA VISITE D’ALBERTA

Un jour que j’étais en classe de méthode, nous avions une fois de plus été convoqués d’urgence à la chapelle. Cette fois, ce n’était pas le vicaire ventripotent que les ouvriers de Saint-Sauveur avaient canonisé de son vivant, mais un vieux missionnaire arrivant d’Alberta. L’homme dont la longue barbe grise cachait le crucifix que tous les oblats portent à la ceinture avait connu personnellement le père Lacombe. Cet oblat célèbre avait construit la chapelle de Saint-Albert en 1861, avant même que l’Alberta devienne une province canadienne. 

Le missionnaire nous vanta fièrement les écoles résidentielles, dont plus d’une trentaine étaient dirigées par des oblats. C’était la première fois que nous entendions parler de ces pensionnats dont la mission était d’évangéliser les petits Autochtones que le père missionnaire appelait des « Indiens ». 

Il nous expliqua qu’en plus de leur enseigner le catéchisme, on leur apprenait à parler anglais ou français, selon le lieu où se trouvait le pensionnat. Il termina sa conférence par une phrase en cri ou en pied-noir, je ne sais trop, que personne ne comprit. « Vous voyez, dit-il, comme c’est important d’apprendre à ces petits païens au moins une langue que parlent les peuples civilisés ! »

LE PETIT HOMME LIBIDINEUX

Nous avons quitté le juniorat en versification, mon jumeau et moi. Maman, à qui nous avions raconté les agressions du père supérieur sur notre petit frère Jean-Pierre, qui avait commencé ses éléments latins, ne voulut pas nous croire. « Comme si un prêtre pouvait faire des saloperies pareilles, avait-elle dit, rouge de colère. Si vous voulez changer de collège, inventez une meilleure excuse ! »

Des années plus tard, j’appris que des parents moins naïfs que maman avaient enfin dénoncé le petit homme à la tête blanche et au sourire libidineux. La communauté l’exila dans l’Ouest canadien. Peut-être fut-il nommé à la direction de l’une des nombreuses écoles résidentielles dont la communauté avait la charge ! 

Jeudi, fête du Canada, nous aurons pour la première fois, mon jumeau, mon frère Jean-Pierre et moi, une pensée bien spéciale pour les victimes des écoles résidentielles.