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Des Québécois se «débaptisent» en raison des pensionnats autochtones

Daniel Thibault
Daniel Thibault

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Des catholiques du Québec ont décidé de tourner le dos à l’Église en déposant une demande d’apostasie dans la foulée du scandale des pensionnats autochtones, ce qui leur permet de quitter la religion pour de bon.

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Selon l’Association humaniste du Québec (AHQ), le nombre de personnes qui ont recours aux services de l'organisme pour entreprendre une démarche d’apostasie – dans le but d’être «débaptisées» – a bondi ce mois-ci. 

«Normalement, c’est moins de six appels par année qu’on reçoit pour ce type de requêtes. Mais là, on parle d’environ deux appels par jour depuis plus d’une semaine. [...] C’est la première fois qu’on a autant de demandes et de questions à ce sujet», témoigne Michel Virard, porte-parole de l’AHQ. 

M. Virard mentionne aussi que son association est l'une des seules dans la province à fournir de l’aide aux Québécois qui veulent remplir un «formulaire d’apostasie» et transmettre le tout à leur diocèse. 

«Chaque fois qu’il y a un scandale avec l’Église catholique, comme avec des prêtres pédophiles, par exemple, on voit une vague de personnes qui font les démarches d’apostasie. Par contre, jamais on n’a reçu autant de demandes qu’en ce moment», soutient M. Virard. 

Rappelons que près d’un millier de sépultures ont été trouvées sur les terrains de deux pensionnats autochtones, en Colombie-Britannique et en Saskatchewan, depuis le mois dernier. Cette macabre découverte est venue rappeler l’horreur de ces écoles religieuses visant à effacer l’identité des jeunes autochtones au Canada. 

GOUTTE DE TROP

Daniel Thibault, un résident de Saint-Sauveur, dans les Laurentides, est l'un des nombreux internautes qui, ce mois-ci, sur les réseaux sociaux, ont invité les Québécois à retirer leur nom des registres de l’Église. 

Daniel Thibault
MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL

«C’est quelque chose que j’avais en tête depuis longtemps. J’ai fait une première demande la semaine dernière. On peut dire que la situation avec les pensionnats autochtones, ç’a été la goutte de trop. C’est historiquement très troublant», confie M. Thibault, âgé de 63 ans. 

«Ces événements ont ravivé mon désir de quitter la religion. J’attendais aussi que mes parents meurent avant de le faire. Mais je suis certain qu’ils approuveraient ma décision aujourd’hui», ajoute l’enseignant du primaire à la retraite.

HAUSSE DES DÉMARCHES À QUÉBEC

Le diocèse de Québec confirme d’ailleurs au Journal avoir enregistré une légère augmentation des demandes d'apostasie ce mois-ci. 

«On en reçoit entre trois et cinq par mois durant la dernière année. Depuis deux semaines, il en est entré huit, parmi lesquelles trois mentionnent les pensionnats», indique Valérie Roberge-Dion, directrice des communications de l’Église catholique de Québec (ECDQ). 

  • Écoutez l'entrevue avec Michel Virard, porte-parole de l’Association humaniste du Québec (AHQ) sur QUB radio:

De son côté, le diocèse de Montréal «n’a constaté aucune variation relativement aux demandes d’apostasie au cours du dernier mois». Toutefois, celui-ci n’a pas été en mesure de fournir des statistiques au Journal pour appuyer ses dires. 

«Je partage leur peine immense devant le terrible sort des enfants des pensionnats autochtones et de leur famille. Nos valeurs sont profondément heurtées lorsque l’intégrité des familles et le respect de la personne humaine sont ainsi bafoués. L’Église s’est ici dramatiquement éloignée de Jésus-Christ», a commenté par courriel Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal.

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