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«Beans» : Devoir de mémoire

Il s'agit d'un film important et nécessaire sur la crise d’Oka

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Avec son film Beans, qui revisite les événements de la crise d’Oka à travers les yeux d’une jeune fille de 12 ans, la cinéaste mohawk Tracey Deer dit avoir voulu « construire des ponts » afin d’encourager la compassion et la compréhension mutuelles. Alors que le Canada est plongé dans une profonde réflexion sur le sort des Autochtones, la sortie de ce drame émouvant et percutant arrive à point nommé. 

Kahnawake, juillet 1990. Beans, 12 ans, vient de terminer son année scolaire et espère pouvoir être admise à la rentrée dans un collège privé catholique. Mais alors que la chaleur estivale s’installe dans sa petite communauté de Kahnawake, la colère gronde autour de Beans et de sa famille. 

Pour s’opposer à un projet d’agrandissement d’un terrain de golf qui empiète sur un cimetière ancestral autochtone, des manifestants mohawks ont érigé des barricades dans la pinède d’Oka. Les tensions montent entre les Warriors et les policiers et, face à un climat qui se dégrade rapidement, l’armée est appelée en renfort. Le conflit s’envenime encore plus quand les Mohawks de Kahnawake décident de bloquer le pont Mercier en appui aux résidents de Kanesatake. À l’aube de l’adolescence, Beans assistera, révoltée et impuissante, à ces affrontements.

Récit initiatique

Kiawentiio Tarbell et Rainbow Dickerson dans une scène du film Beans, présentement à l’affiche.
Photo courtoisie
Kiawentiio Tarbell et Rainbow Dickerson dans une scène du film Beans, présentement à l’affiche.

Avec ce drame qui a été récompensé plus tôt cette année au prestigieux Festival de Berlin et au gala des prix Écrans canadiens, la scénariste et réalisatrice Tracey Deer (la série Mohawk Girls) fait le pari de raconter la tristement célèbre crise d’Oka du point de vue de l’adolescente de 12 ans qu’elle était à l’époque. 

Même si la cinéaste a mis beaucoup d’effort pour recréer avec minutie le déroulement de cet épisode sombre de notre histoire récente, c’est surtout le passage de l’enfance à l’adolescence du personnage de Beans (magnifiquement interprété par Kiawentiio Tarbell) qui sert de moteur à ce récit initiatique. Confrontée à la violence des hommes et au racisme d’une partie de la population blanche, Beans perdra peu à peu son innocence au contact notamment de nouveaux amis rebelles et plus âgés qu’elle. 

Certaines scènes de violence, filmées de façon très réaliste, donnent froid dans le dos. On pense notamment à cette séquence révoltante dans laquelle des femmes et des enfants mohawks se font lancer des pierres par des citoyens non autochtones alors qu’ils tentent de quitter la réserve en voiture. 

L’utilisation d’images d’archives provenant de véritables reportages réalisés à l’époque apporte une bonne dose de réalisme à l’ensemble. On pourrait, en revanche, reprocher à Tracey Deer d’avoir manqué un peu de nuance dans sa façon de présenter certains faits marquants du conflit armé. Premier long métrage de fiction à aborder de façon directe la crise d’Oka, Beans n’en demeure pas moins un film important et nécessaire.

Beans ★★★1/2  

Un film de Tracey Deer

Avec Kiawentiio Tarbell, Violah Beauvais et Rainbow Dickerson.

À l’affiche