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Loi 96: c’est arrangé avec le gars des vues

POL-LEGAULT-BILAN
Capture d’écran, TVA nouvelles Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette

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La Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée nationale vient de publier la liste des individus et groupes invités pour faire des présentations sur le projet de loi n° 96, Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français.

C’est un exercice important. Exit les prises de position purement partisanes. C’est l’heure de la vérité. On veut savoir l’état des lieux sans parti pris quant à l’état du français au Québec. Les Québécois souhaitent des analyses solides et impartiales tant juridiques que démographiques et linguistiques. Donc, on ouvre les portes très grandes et on fait ça visière levée, n’est-ce pas ? 

AUDIENCES TRUQUÉES 

La bonne vieille expression « arrangé avec le gars des vues » vient immédiatement à l’esprit lorsqu’on lit la liste des intervenants choisis. Ici, le gars des vues, c’est Simon Jolin-Barrette, le ministre de la Justice, et il veut juste des acteurs qui ont lu et mémorisé son scénario. 

Fini l’image de la justice, les yeux bandés et balance à la main pour soupeser en toute impartialité les preuves. Jolin-Barrette a un coin du bandeau levé, et il est en train de faire un clin d’œil les deux pouces en l’air à sa propre gang. C’est gênant de voir à quel point il a choisi presque exclusivement des gens qui vont venir lui dire ce qu’il veut entendre. 

Il y a des enjeux majeurs avec ce projet de loi. Un des plus importants est sa constitutionnalité. La CAQ a acheté la thèse, hautement contestable, que le Québec peut modifier la Constitution canadienne unilatéralement, même si l’égalité linguistique en matière de justice est compromise. 

Mais à lire la liste des intervenants, dont les positions sont bien connues d’avance, il n’y aura pas vraiment de débat là-dessus. 

Il y a d’éminents professeurs qui ne sont pas de cet avis, mais vous chercherez en vain leurs noms sur la liste des invités. 

MANQUE DE RIGUEUR

Ayant suivi de près le dossier linguistique depuis plus de quarante ans, j’anticipais ces audiences avec un grand intérêt. J’ai eu l’incroyable chance de côtoyer le Dr Camille Laurin, le père de la loi 101, et Claude Ryan, longtemps ministre responsable. 

Avec leur rigueur et leur honnêteté intellectuelle, ils ne fuyaient jamais le débat, ils l’accueillaient avec intérêt. 

Jolin-Barrette semble si insécure dans ses prises de position rarement bien étayées qu’il fait tout pour éviter un vrai débat. 

DROITS BAFOUÉS

L’exclusion des garanties offertes par les chartes des droits est devenue un réel problème avec le gouvernement de la CAQ. La loi 21 qui discrimine contre les minorités religieuses était le premier exemple. 

On récidive de manière encore plus systématique avec le projet de loi 96 qui contient des dispositions carrément absurdes en matière de saisie qui pourraient mener à la fouille de votre ordinateur personnel par un bureaucrate de la langue. 

Ça mériterait d’être étudié sérieusement. Ne retenez pas votre souffle. 

La protection et la promotion de la langue française sont vitales pour l’avenir du Québec. 

Quel dommage que cette commission parlementaire ne soit pas l’occasion de ratisser large et d’inclure toutes les voix qui ont droit au chapitre.