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Retour au bureau: un modèle hybride encore très flou

Les lignes directrices présentées par le gouvernement du Québec laissent beaucoup place à l’interprétation

Télé-travail
Photo Adobe Stock

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Il y aura encore beaucoup de boulot-dodo, mais un peu plus de métro. Le télétravail est là pour rester encore des mois, voire des années. Toutefois, les règles du nouveau modèle hybride préconisé par Québec sont loin d’être claires pour tous.  

À partir de septembre, les employés de l’État pourront retourner graduellement dans les bureaux, une à deux journées en « présentiel », le restant en télétravail. Québec espère ainsi influencer le secteur privé, mais les directives ne sont pas contraignantes. 

« C’est une suggestion du gouvernement, ce n’est pas obligatoire. Les employeurs peuvent décider de suivre ou non les recommandations. Ça laisse place à beaucoup d’interprétations. Mais il est clair qu’ils devront prendre en compte la santé des travailleurs et le désir des employés de rester à la maison », assure Bernard Cliche, avocat émérite chez Morency Société d’avocats, lors d’une entrevue avec Le Journal

Employeurs et employés, deux visions

D’ailleurs, employeurs et employés ne semblent pas s’entendre sur la suite des choses. Selon un sondage de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA), 38 % des télétravailleurs souhaitent continuer le boulot à la maison à temps plein alors que le taux est de seulement 1 % des employeurs. 

« Il y a une disparité entre les deux. Certains employés pourraient refuser de revenir au travail. Et je crois que ce sera plus difficile pour les petites entreprises de mettre en place ce retour, car elles ont moins de ressources. Mais à un certain moment, tous les employeurs vont réussir à s’ajuster », croit-il. 

Outre le flou entourant les directives, M. Cliche croit aussi que les recommandations arrivent un peu tardivement, sont mal adaptées pour certains secteurs et pour les gens qui sont doublement vaccinés. 

« Le gouvernement n’est pas pressé. Ça fait quand même un an et demi que nous sommes en télétravail. On aurait pu aller plus vite pour annoncer un retour dans les bureaux. Et Québec devrait être plus clair au sujet de l’allégement des contraintes pour ceux qui ont eu deux doses comme on l’a vu dans d’autres juridictions », croit-il.   

Quatre questions à notre expert au sujet du télétravail et du retour dans les bureaux  

Un employeur peut-il demander la vaccination de ses employés pour retourner dans leur milieu de travail ?

En principe, non. Mais il le pourrait lors de situations exceptionnelles, notamment si cela met les autres travailleurs en danger, lorsqu’il y a une grande proximité comme dans les abattoirs où on a vu certaines éclosions. 


Est-ce qu’un patron pourrait demander des tests de COVID-19 à ses employés qui ne veulent pas être vaccinés ?

Difficilement. On peut faire un parallèle avec les tests de dépistage des drogues. L’employeur pourrait le faire, mais il devra avoir de très bonnes raisons. 


Si un employé a peur de retourner dans son milieu de travail, son employeur peut-il le forcer à revenir ?

Oui, il pourrait le faire. Mais encore là, il faut voir le contexte. Si le travailleur a des ennuis de santé physique ou mentale, il devrait en tenir compte. Il faudrait déterminer s’il y a des motifs raisonnables à cette peur. 


Est-ce que le télétravail pose des problèmes au niveau de la confidentialité des données ?

Dans les bureaux, la sécurité est extrême, tout est fermé à double tour. À la maison, c’est bien différent. Comment s’assurer que la parenté, des amis n’auront pas accès à des données confidentielles ? C’est sûr que les dangers sont plus élevés à la maison.