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CrossFit Games: plus fort que tout

Michel Jean
Photo courtoisie Dans sa quête de ses objectifs, Michel Jean peut profiter des équipements du centre d’entraînement L’Usine de Terrebonne.

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Déterminé à repousser ses limites et à vivre son rêve malgré sa maladie chronique, le jeune Michel Jean réalisera l’un de ses plus chers vœux sportifs à la fin du mois de juillet. Il participera au grand championnat mondial des CrossFit Games en représentant le Canada dans sa catégorie.

Un véritable tour de force en considérant que le jeune athlète de 17 ans doit conjuguer avec le diabète de type 1 depuis près de trois ans. 

Michel Jean
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Dans une discipline athlétique aussi intense exigeant endurance, force et vitesse, pour ne nommer que ces aptitudes cruciales à la réussite, le contrôle de la glycémie est primordial. 

Bien que l’activité physique augmente l’efficacité de l’insuline, les muscles consomment du glucose, ce qui fait baisser le taux de sucre dans le sang. 

Les sportifs doivent donc constamment surveiller et contrôler leur glycémie. 

Michel Jean
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Gestion complexe

Dans le cas de Michel Jean, un jeune homme de Terrebonne, sa dépense énergétique est si intense et importante qu’il doit fréquemment s’injecter de l’insuline. Même durant ses entraînements.

« Mon taux de sucre doit rester bas. Mais je dois aussi veiller à ce qu’il ne baisse pas trop, car ce n’est pas mieux. Je dois aussi le gérer en surveillant mon alimentation et l’adapter au programme qui m’attend », a relaté le solide gaillard en entrevue avec Le Journal de Montréal

Car la pratique du crossfit n’est pas répétitive. Chaque jour, le programme est modifié. Il combine plusieurs activités physiques et sportives différentes comme l’haltérophilie, la gymnastique et tout sport d’endurance. Donc, Jean doit prévoir l’imprévisible. Quotidiennement, il peut dépasser les cinq injections d’insuline. 

« Ça dépend du style de vie et des activités. Maintenant, je comprends mieux les manières de contrôler ma glycémie. Mais c’est sournois. Parfois, il m’est impossible de m’entraîner, car elle est trop basse. La complexité de la gestion de la glycémie peut expliquer pourquoi il y a beaucoup de diabétiques qui ne pratiquent pas de sport », a expliqué celui qui joue aussi au football. Il joindra d’ailleurs les rangs du Phénix du Collège André-Grasset l’automne prochain.

Pourtant, selon le conseil professionnel de la santé de l’organisme Diabète Québec, l’activité physique est bénéfique. 

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Fonceur 

Alors qu’il n’était âgé que de 15 ans lors du diagnostic, le « petit » bonhomme ne s’est pas laissé abattre. Au contraire, il a foncé vers ses rêves en vivant avec sa nouvelle maladie.

« Les médecins m’avaient gardé à l’hôpital durant trois jours pour qu’on m’explique et que je comprenne ma nouvelle réalité. Au début, je ne pouvais pas faire de sport pendant deux mois. Mais je n’ai pas attendu. Je suis retourné au gymnase la semaine suivante. 

« La maladie ne m’a pas freiné, elle m’a motivé, a précisé avec aplomb celui qui carbure au dépassement de soi. Je voulais devenir le premier à faire du sport parmi l’élite. » 

Michel Jean
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Réalisation d’un rêve 

Il a tenu parole, car en se qualifiant pour les Cross Fit Games, il sera non seulement l’unique représentant canadien dans la catégorie des garçons âgés de 16-17 ans, mais il sera l’unique adolescent atteint du diabète de type 1. 

Il en ressent une immense fierté puisqu’il a traversé avec panache les étapes qualificatives. 

Lors de la première phase, il a terminé au 21e rang parmi les quelque 2000 athlètes à travers le monde tentant l’expérience. Et lors de la seconde phase, il a pris le 13e échelon. Seuls 20 des 200 obtenaient leur ticket vers les « Games ». 

« C’est énormément de travail. Chaque jour, je m’entraînais. Parfois, je faisais même deux programmes par jour. Je suis vraiment heureux de m’être rendu jusqu’au bout. J’avais essayé à quelques reprises par le passé. Là, mes efforts ont donné des résultats. Je n’ai pas travaillé pour rien. »

Le crossfit n’exige pas que des aptitudes physiques et vasculaires quasi herculéennes pour se tailler une place parmi l’élite mondiale, ça requiert aussi une discipline à toute épreuve, une nutrition adéquate et un état de santé de fer, notamment le sommeil (voir plus bas). 

Michel Jean a appris à vivre pour son sport, sa passion. 

C’est ce qui lui permettra de débarquer au Centre Alliant Energy de Madison, au Wisconsin, dans la semaine du 26 juillet pour participer à la plus grande compétition internationale. Il suivra ainsi les traces de son idole, le Canadien Matthew Fraser, quintuple champion du monde. 

Les CrossFit Games  

  • 14e édition 
  • 27 juillet au 1er août 
  • Madison, Wisconsin, États-Unis 
  • Hommes et femmes âgés/es de 14 à plus de 65 ans 
  • Programmes inconnus pour conserver la surprise 
  • Mouvements fonctionnels à haute intensité : gymnastique, haltérophilie, course, rame, etc. 
  • Épaulé, soulevé de terre, grimpe de corde, grimpe d’obstacles, soulevé d’objets. 
  • Objectifs : tester les aptitudes, l’endurance cardiovasculaire, les capacités athlétiques et la détermination   

Michel Jean 

17 ans | 5 pi 9 po | 195 livres 

  • Terrebonne 
  • Collège André-Grasset 
  • Pratique le crossfit depuis six ans 
  • Diabétique de type 1 depuis près de 3 ans 
  • Autre sport: football   

Le diabète de type 1*  

  • Apparaît généralement chez les personnes de moins de 20 ans 
  • Touche environ 10 % des personnes vivant avec le diabète 
  • Pour vivre, la personne dépend d’injections quotidiennes d’insuline 
  • Environ 880 000 diabétiques au Québec   

Défi majeur 

Le docteur Rémi Rabasa-Lhoret, un endocrinologue spécialisé dans le diabète de type 1, estime que Michel Jean relève un défi majeur au quotidien. 

Pratiquant à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et au CHUM, il s’intéresse particulièrement à l’activité physique chez les athlètes diabétiques. 

Dirigeant aussi la clinique du diabète et l’unité de recherche sur les maladies métaboliques de l’IRCM, il préside en parallèle le conseil professionnel de Diabète Québec.

Selon lui, les athlètes élites atteints du diabète de type 1 avancent chaque jour « dans le sable mouvant ». 

« C’est un défi constant de devoir contrôler la glycémie chez ces patients. Les effets des efforts physiques et l’intensité nécessitent beaucoup d’ajustement dans les doses d’insuline et l’alimentation », a expliqué celui qui traitait Max Domi lorsqu’il s’alignait avec le Canadien. 

« Cette gestion a un impact sur la concentration et les performances des athlètes atteints de ce type de diabète. Les risques sont nombreux, car non seulement ils ne doivent pas tomber en hypoglycémie, mais ils ne doivent pas plus tomber en hyperglycémie. Dans les deux cas, ce n’est pas la voie vers de bonnes performances. Elles peuvent aussi survenir bien après l’activité. » 

En ligne de compte

Dans les facteurs à gérer, Dr Rabasa-Lhoret compte le stress, la prise du dernier repas avant l’effort physique et le dosage de l’insuline à injecter. Celle-ci n’est évidemment pas la même que celle sécrétée par le pancréas.

« C’est une constante jonglerie, car il ne faut pas nuire aux performances », a-t-il ajouté à propos de cette maladie auto-immune dont la moitié des cas sont diagnostiqués à l’âge pédiatrique. 

Les percées technologiques ont grandement aidé à mieux gérer la glycémie en temps réel, mais il reste encore du chemin à faire.  

Un exploit grandiose  

S’il est parvenu à se tailler une place parmi l’élite mondiale dans le contexte pandémique particulier du Québec, c’est que Michel Jean n’a jamais lésiné sur les efforts et n’a jamais pesé sur pause en s’entraînant. 

De bonnes étoiles veillaient aussi à ce qu’il puisse toucher son rêve. Le propriétaire de son lieu d’entraînement, L’Usine, situé à Terrebonne, lui a ouvert ses portes. Le petit centre était tout à lui. 

« On a commencé par lui prêter de l’équipement quand nous étions fermés. Mais quand j’ai su qu’il tentait de se qualifier pour les CrossFit Games, je lui ai offert le centre. Sinon, c’était impossible qu’il puisse progresser. Il avait besoin de tout l’équipement, des installations et de l’espace, a raconté le proprio Daniel Laliberté, estomaqué par les performances de son protégé. 

Après l’école, avant les devoirs

« C’est grandiose ce qu’il a réussi à accomplir. Car il s’est entraîné seul en écoutant sa musique. Ce n’est vraiment pas la même chose quand on pense que l’entraînement en groupe est beaucoup plus motivant.»

Après l’école, M. Laliberté le voyait donc débarquer au gym. «Il restait pratiquement chaque jour jusqu’à 18 h 30, car son entraînement durait près de trois heures. Après, il allait faire ses devoirs. Cela prouve sa forte maturité et sa grande détermination, a-t-il insisté en racontant ses débuts. 

Michel Jean a plongé dans la discipline en suivant entre autres son paternel. Inscrit dans un groupe de jeunes, il n’y est pas resté très longtemps.

« Il poussait beaucoup trop fort. Il était devant tout le monde. On l’a donc placé chez les adultes. Il a donc appris plus rapidement», a expliqué l’homme qui a suivi sa progression. 

Responsabilité

Dans L’Usine, Nycolas Joyal a aussi veillé à son développement. Il est non seulement son entraîneur «personnel», mais aussi son «grand-frère» et son mentor.

Joyal visait le même rêve que son élève. À 27 ans, il cherche toujours à le vivre. La semaine dernière, il a terminé 14e lors de la dernière épreuve de qualification aux «Games». 14e au monde... Seuls les membres du top 5 obtenaient leur ticket vers le Wisconsin. 

Mais il se dit immensément fier de son «petit-frère» de 5 pi 9 po et 195 livres sculptés dans la pierre. 

« C’est son objectif depuis tant d’années. Il m’épate par son assiduité. C’est extrêmement rare qu’il trouve une excuse pour manquer un entraînement. Il est très constant et ne ménage jamais ses efforts, a signalé celui qui le connaît depuis maintenant six ans. 

« Quand j’ai appris son diagnostic de diabète, je n’ai jamais cru que ce serait la fin de son rêve. Je savais que ce serait plus difficile. La première chose que je lui ai dite, c’est qu’il était désormais responsable de son état. Il nous prouve clairement que tout est possible malgré ta condition. Surtout quand tu y mets tous les efforts possibles.» 

Selon lui, Michel se démarque par sa puissance et son endurance musculaire du bas du corps.

Sans se mettre trop de pression, son poulain vise un top 10. Bien évidemment, il souhaiterait grimper sur la plus haute marche du podium comme tout athlète. 

« Si j’ai réussi à me qualifier en prenant le 13e rang mondial, je ne suis pas très loin. Tout est possible », a rappelé avec raison le jeune homme.

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