/opinion/columnists
Navigation

L'héritage religieux éclaboussé

TOPSHOT-CANADA-INDIGENOUS-SCHOOL-GRAVES
Photo AFP Des révélations qui jugent l’Histoire.

Coup d'oeil sur cet article

Les communautés religieuses du Québec ne sont plus composées que de vieillards dont la mémoire est plus ou moins vacillante. Et leurs dirigeants plus jeunes ont depuis longtemps perdu de leur superbe.

Et voilà que, dans le contexte de la tragédie des pensionnats autochtones, une lumière crue est jetée sur le rôle et les réalisations des communautés religieuses francophones. Comme si la société québécoise ne devait éprouver qu’accablements, reproches et dénonciations à leur endroit.

Précisons aussi qu’il faut distinguer entre l’histoire et ce que la mémoire en retient. Des autochtones enfermés dans ces pensionnats de l’Ouest canadien feraient le lien entre leurs tortionnaires et la langue française dans laquelle s’exprimaient les missionnaires venus du Québec, et de France et de Belgique dans le cas des Oblats.

Dans le passé, le Canada a vilipendé le français et a interdit l’apprentissage de la langue dans les communautés francophones de l’Ouest, et voilà qu’on essaie maintenant d’associer le français à l’exploitation sexuelle des enfants, par ailleurs maltraités physiquement et sous-alimentés par les religieux qui leur enseignaient.

L’anglais

Pourquoi donc, en conséquence de la directive fédérale du début du XXe siècle obligeant ces derniers à instruire les petits autochtones en anglais, cette langue ne répugne-t-elle pas également les autochtones ?

Il est devenu impossible d’évaluer le rôle des communautés religieuses et plus largement l’action de l’Église catholique sans les dissocier des scandales qui les ont impliquées. Et ce, partout où elles se sont implantées.

La raison en est simple. Les institutions religieuses ont imposé une morale dont elles étaient les défenseurs acharnés. 

Or, il est intolérable de ne pas prêcher par l’exemple. Intolérable, aussi, au nom d’un réflexe clanique et tribal de garder le silence durant des siècles sur des abominations commises par des représentants de Dieu sacralisés par leur statut. 

Comment peut-on condamner le pécheur, le vouer à l’enfer tout en vivant dans la débauche et le mépris de ses prochains ?

Aujourd’hui, dans l’Ouest canadien, les églises brûlent et des statues des reines Victoria et Élisabeth II, ces cheffes de l’Église anglicane, sont renversées. 

Ces actions ne sont que l’expression extrême d’un malaise plus grave face au modèle civilisationnel du christianisme maintenant en décadence.

Archives

Mais la mémoire ne peut effacer l’Histoire. Il faudra accéder à toutes les archives des communautés religieuses et à celles de l’Église pour connaître les faits. Si tant est qu’on puisse les interpréter.

Dans un tout autre ordre d’idées, au Québec, l’on se doit de reconnaître les faits. Il faut rendre justice aux institutions religieuses dont le dévouement et la passion pour l’éducation et l’amour de la langue française ont permis à des générations de Québécois d’apprendre à lire et à écrire.

Il faut aussi reconnaître que la majorité des religieux n’étaient ni des abuseurs d’enfants ni des sadiques qui battaient les jeunes qui leur étaient confiés. 

Les dizaines de millions de dollars sortis des coffres des communautés pour dédommager les enfants victimes des clercs ne pèsent pas lourd dans le jugement que l’on porte aujourd’hui.

Les autochtones, ces Premières Nations, entrent désormais dans leur histoire indissociable de la nôtre. Cela s’appelle une victoire.