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Sayona pourrait ne pas transformer le lithium au Québec avant 2031

Québec demeure actionnaire de NAL et prévoit des pénalités après cinq ans

North American Lithium
Photo courtoisie La mine North American Lithium, à La Corne, en Abitibi.

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Contrairement aux souhaits de François Legault, ce n’est pas de sitôt que le Québec pourra profiter de ses richesses en lithium. Les futurs propriétaires de North American Lithium (NAL) se sont engagés à transformer le minerai au Québec d’ici «six à dix ans», mais ils se verront imposer des pénalités s’ils n’y parvenaient pas au-delà de la cinquième année.

C’est là un des nombreux détails de l’entente entre Investissement Québec (IQ) et Sayona — entente tenue jalousement secrète jusqu’à présent — que l’entreprise australienne cotée au NASDAQ a divulgués mercredi dans un communiqué à l’intention des investisseurs. 

Cette entente a été ratifiée ce printemps, dans le cadre des négociations avec Québec pour le rachat des actifs de la mine North American Lithium (NAL), à La Corne, en Abitibi, sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies depuis 2019. Investissement Québec est l’un des deux créanciers garantis de la mine, avec un manque à gagner de 111,9 millions de dollars.

De cette créance, Québec recevra 36,9M$ de Sayona Québec, filiale à part entière de Sayona Mining. Pour compenser, la nouvelle entité émettra à IQ un total de 20 millions d’actions privilégiées de NAL, des «actions non participatives et sans droit de vote», nous précise-t-on à Québec, dont la valeur a été établie à 20M$.

Expédié aux États-Unis

Ainsi, selon les informations diffusées par Sayona — et non démenties par Québec —, les futurs propriétaires se sont engagés à convertir leur spodumène au Québec (en hydroxyde ou en carbonate de lithium) «entre le sixième et le dixième anniversaire de la clôture» de la transaction.

North American Lithium
Capture d'écran, TVA Nouvelles

Lors de l’annonce par Québec de l’entente pour le rachat de NAL, le 27 mai dernier, l’ex-ministre de l’Économie et de l’Innovation Pierre Fitzgibbon avait laissé entendre que Sayona disposait de cinq ans pour commencer la transformation au Québec, sans quoi elle s’exposerait à des pénalités.

En entrevue, Guy Laliberté, le chef de la direction de Sayona Québec, reconnaît aujourd’hui que l’entreprise s’est engagée à démarrer la transformation du spodumène en territoire québécois dans un délai de «six à dix ans». «Mon intention est de parvenir à le faire d’ici cinq ans, a-t-il fait valoir. Mais effectivement, après vérification, l’entreprise s’est engagée à le faire d’ici six à dix ans.»

Pénalité possible de 20M$

En attendant que s'amorce la transformation au Québec, M. Laliberté confirme que Sayona acheminera le spodumène, produit de l’exploitation de la mine abitibienne, à l’usine de transformation américaine de l’australienne Piedmont Lithium (propriétaire de 20% de Sayona Mining et de 25% de Sayona Québec), en Caroline du Nord.

En outre, cette future usine (puisqu’elle n’est pas encore construite) transformera le spodumène québécois en hydroxyde de lithium, cette matière prisée des manufacturiers de voitures électriques. Parmi les principaux clients de Piedmont Lithium figure la californienne Tesla, d’Elon Musk.

Par ailleurs, toujours selon les informations diffusées par Sayona, Québec a prévu que NAL soit tenue — advenant qu’elle ne puisse respecter ses engagements concernant la transformation en territoire québécois — de racheter «une certaine partie des 20 millions d’actions privilégiées d’IQ à un prix égal à leur valeur initiale, plus intérêts au taux minimum de 5% par an». 

Selon le PDG de Sayona Québec, ces pénalités seraient imposées par Québec annuellement, «de la cinquième année [...] à la dixième année, suivant la clôture de la transaction». À sa connaissance, aucune autre mine au Québec ne serait assujettie à un tel mécanisme de pénalité.

Silence à Québec

«Tout cela est bien bizarre, tant au niveau financier qu’au niveau des délais pour transformer localement, commente Benoit La Salle, de SRG Mining, qui aurait aussi souhaité prendre part à cette relance. Seulement 20M$ de pénalité pour décider de ne jamais faire de transformation au Québec [c’]est rien. C’est scandaleux.» 

Le nouveau ministre de l’Économie, Eric Girard, et le PDG d’IQ, Guy LeBlanc, ont refusé de s'exprimer cette semaine, promettant plus de détails lorsque l’acquisition aura obtenu l’approbation de toutes les autorités réglementaires requises. La clôture de la transaction est prévue pour le «troisième trimestre» de 2021.

Depuis le 27 mai, date de l’annonce de l’entente avec Québec sur la reprise des activités de North American Lithium, la valeur de l’action de Sayona Mining a grimpé de 58,2% à la Bourse australienne. Celle de Piedmont Lithium, de 19,8%.

CE QUE QUÉBEC REÇOIT DE SAYONA   

  • Remboursement de 36M$ sur les 111,9M$ de créances (premier rang et subalterne) d’IQ dans North American Lithium.     
  • Remboursement complet des 10,9M$ versés depuis 2019 pour maintenir la mine «ouverte».      
  • L’émission à IQ de 20M$ d’actions privilégiées de la nouvelle NAL, d’une valeur totale établie à 20M$.     

Source: Sayona Mining et Investissement Québec