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Des poulets et des hommes

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Photo d'archives Un travail convenable avant la compassion pour les poulets.

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Le conflit de travail à l’abattoir Exceldor de Saint-Anselme est terminé. Toutefois, il ne faudrait pas croire que tout est pour le mieux dans l’usine. 

La proposition de règlement soumise par la médiatrice spéciale aux parties patronale et syndicale ne fait pas l’unanimité chez les syndiqués, considérant que seulement 60 % des travailleurs l’ont l’avalisée.

L’insistance médiatique, tout au long du conflit, portait plus sur le gaspillage alimentaire et l’euthanasie d’un million de poulets et faisait peu de cas des conditions abominables de travail dans les abattoirs. À croire que le sort des poulets est plus préoccupant que celui des hommes.

Pour ajouter à la pression négative sur les conditions de travail, les transformateurs d’œufs et de volailles appellent nos gouvernements à élargir le bassin de travailleurs étrangers.

Cette main-d’œuvre bon marché peut bien vivre dans son pays d’origine avec une rémunération québécoise minimale.

Cependant, les travailleurs d’ici sont condamnés à la pauvreté avec le salaire minimum !

On doit féliciter le ministre Jean Boulet pour sa contribution au dénouement des négociations chez Exceldor.

L’esclavage des temps modernes

Contrairement à d’autres collègues qui demeurent sur la ligne de touche quand ça chauffe, le ministre a assumé les risques de la critique en se montrant proactif dans le rapprochement des parties.

D’autre part, ce serait se raconter des histoires que de penser que ce règlement de conflit fera modèle dans le monde de l’agriculture.

En l’absence d’une économie planifiée et d’une certaine forme de protectionnisme, les consommateurs continueront de courir les aubaines.

Parallèlement, les transformateurs et les distributeurs feront pression sur les producteurs pour réduire le prix des denrées, ce qui se répercutera immanquablement sur les travailleurs d’ailleurs : main-d’œuvre docile qui craint de ne pouvoir revenir à la saison suivante.

Ainsi naissent les nouveaux négriers qui manifestent peu de considération pour l’étranger, si ce n’est son impact sur la réduction des coûts de production !

Perte d’influence

Face à des enjeux aussi fondamentaux et à la montée des inégalités, la réplique syndicale s’avère de plus en plus inadéquate.

La dernière ronde de négociations dans le secteur public illustre l’affaiblissement des syndicats après qu’ils se sont lancés en rangs dispersés aux tables de négociation.

La concurrence et leur corporatisme ont fragilisé la solidarité et leur engagement social. L’employeur en a profité pour régler d’abord avec des groupes numériquement moins importants et a fait avaler la pilule aux centrales syndicales.

Idéalement, le ministre du Travail devrait poursuivre la réflexion et mettre de l’avant des politiques qui assureront un travail convenable à tous les travailleurs. C’est utopique de croire qu’il procédera sans agitation extérieure.

Dans les années 1970, les centrales syndicales ont envisagé une fusion de leur organisation. Le projet n’a pas abouti. Au contraire, des désaffiliations massives se sont produites et l’influence a décru.

Elles devraient reprendre leurs réflexions sur les possibilités d’une fusion organique, car l’éparpillement des forces les a plutôt mal servies ces derniers temps !